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Un million de faits : aide-mémoire universel des sciences, des arts et des lettres / par J. Acard ... [et al.]
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LITTERATURE.

ment s'empara de tout l'auditoire ; presquetout le monde se leva à moitié par un mou-vement involoniaire; le murmure d'accla-mation et de surprise Tnt si fort qu'il troublal'orateur, et ce trouble ne servit qu'à aug-menter le pathétique de ce morceau, queVoltaire oppose , avec confiance , aux plusbeaux traits d'éloquence connus :

« Je suppose que c'est ici votre dernièreheure et lu (in de l'univers; que les deuxvont s'ouvrir sur vos tètes, Jésus-Christ pa-raîtra dans sa gloire au milieu de ce temple,et que vous n'y êtes assemblés que pour l’ai-teiulre, et comme des criminels tremblants àqui l'on va prononcer, ou une sentence degrâce, ou uo arrêt de mort éternelle, etc. »

En comparant la dernière édition des Ser-mons de Massiilon, faite ne son vivant (de1745 à (7i8| aux éditions precedentes {(705,.(700, (714), on peut voir combien Massiilonretravaillait ses discours.

La France , qui répudia le protestant Sau-rin , a su du moins accueillir sa gloire ;elle le nomme immédiatement apres sespremiers orateurs sacrés. Parmi les nombreuxsermons de «taurin , d'un stylepaifois négligé,mais toujours fort d'tdees et de preuves, onvante surtout celui sur l'Aumôue, et celui surle Cantique de Siméon.

Après Sourin, on cite encore Cheminais,touchant, mais faible; l'abbé Poulie, abondant,pompeux, mais prolixe et sans variété ; l'abbede BuismonJ, élégant écrivain, mais orateurmaniéré, froid par conséqueut ; enliu Beau-vais, évêque de senez.

L’évèque de Senez, Beauvais , dans son ser-mon de la cène prêché le Jeudi-Saint devantle roi Louis XV , quarante jours avant la mortde ce priuce, s'éleva avec énergie contre lesscandales de la cour, et renouvela sans croire et88D8 vouloir être prophète lui-méme, l'ef-frayante prophétie de Jouas: «Encore quarantejours, et iN suive sera détruite. »

Entre plusieurs endroits remarquables del'oraisou funèbre de Louis XV , du même ora-teur, on a souvent cité cette phrase impo-sante : « Le peuple n'a pas sans doute le droitde murmurer; mais sans doute aussi il ale droit de se taire, et sou silence est la leçondes rois. »

Le cardinal Maury cite, d'un missionnaire,le Y. Bridaine , un admirable exorde, où il y aun mouvement digue d’être comparé aux plusbeaux transports de Bossuet .

On a du cardinal Maury lui-même deux mor«ceaux d'un rare mérite,le panégyrique de saintLouis et celui de saint Augustin. On admirabeaucoup dans ce (1er nier ouvrage un rappro-chement ingénieux et quiétait bien dansl'es-pruduiemps. L’orateur loue l'évêque d'Elip-pone d'avoir exigé que les soldats d'Uonoriussortissent de Cartilage avant d'entrer eu liceavec les évêques douatistes,et il se hâte d'ajon-ler:« Ainsi Fénelon ne voulut commencerses missions en Saintonge qu’après avoirfait éloigner de la province les légions deLouis-le-(lrand. » Ainsi ce prêtre qui devaitplus lard, dans l'Assemblée nationale, scanda-liser de son esprit rétrograde et impatienterl'audace de la génération révolutionnaire,avait dû sembler novateur et trop philosophedans la chaire évangélique aux vieillards quise souvenaient de Bossuet .

Au XVlll* siècle, l'éloquence avait oublié peuà peu le chemin de la chaire; elle ne savait pasencore bien celui du barreau; elle trouva unetribune dans les écrits de Jean-Jacques, elles'y tint et s'y fit applaudir

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Rousseau ((712-1778) fut inbuu autant qu'onpouvait l'être dans une monarchie ; peut-êtremême uo peu plus. Né à Geoeve, il était citoyende cette république qui avait bien deuxlieues de large, cutiiuie disait M. de Voltaire ,et il avait de oonne heure idolâtré Plutarque .Ce n’est qu’en (750 que son étrange, mais élo-quent Discours sur les sciences, couronné parl'Académie de Dijon, annonça un rival auxplus grands écrivains de son temps.

on sait avec quelle vigueur de dialectiqueet d'éloquence Itousseau défendit plus (ardl'Emile contre Se mandement de l'archevêquede Pans, Christophe de Beaumont M762). LaLettre à d’Alembert sur les Spectacles uVstpas moins éloquente, et elle est plus sincèreet plus vraie.

« Partout plus ou moins paradoxal, outré,inconséquent, mais partout échauffe par uusentiment vrai, partout réunissant daas sadiction l'originalité et le naturel, portant auplus haut degré l'heureux don de faire un seultout et presque une même chose de la dialec-tique et delà passion, J.-J. Rousseau prendplace parmi les sophistes les plus daugereuiet les plus parfaits écrivains. » M. A. Vinet.

lleverseaux, Degennes, Lenormantex Co-chin furent de leur temps l'ornement et la lu-mière du barreau français , et la lecture deleurs Mémoires est eucore une des études deleurs successeurs. Ces quatre excellents avo-cats, avec plus de mouvement et d'inisginationou peut-être >ie nos jours et du haut de la tri-bune politique, eussent eié orateurs.

Le barreau honorera toujours dans le célé-bré chancelier d 'Aguesseau ( (008-1751 ) unhomme qui tui-méuie honora la magistra-ture et les lettres françaises autant par sesvertus que par scs lumières- Déjà illustre sou»Louis XIV , d'Aguesseau le devint davantagepar sa disgrâce sous la régence. Ses écritsnobles et dignes, un peu apprêtés, sont encor*une source de satue instruction pour qui sedestine à l’étude des lois.

Il faut encore citer Servan, qui s'éleva tres-bautdans la défense d’une femme protestante;l.achaiotais et Mouclar, célèbres adversaire»des jésuites; Elie de Beaumont , I.oiseau deMnuieou, l'un et l'autre défeuseurs «les Galas;Dupaty pour son beau Mémoire en faveur detrois hommes condamnés à mort; Gerbier,dont les Mémoires imprimés ne peuvent don-ner qu'uue idée incomplète ; Bergasse , quidans une cause d'adultère approfondit unequestion de mor8le publique ; et ce Lally-Tol-lendal, pour qui toute la France prit paruquand il redemandait aux tribunaux l'hon-neur de son père.

Moins oraioires, les écrits de Voltaire en fa-veur des Calas et de Sirven n’en sont pusmoins dignes de leur auteur par l’élégantesimplicité du style et par la haute raison quiy règne comme par le sentiment qui les adictés.

Dans sa fameuse affaire avec Goèzman, con-seiller au parlement Maupeou , Beaumar-chais déploya avec uu talent prodigieux touil’an des avocats les plus consommés. Le parle-ment Maupeou était détesté, et l'ancien parle-ment regretléde tous. Beaumarchais s’attaquamoins à Goëzman rapporteur qu’àmembre du parlement Maupeou, et il niainsi le public dans sa cause. La France avasoif de liberté civile ; Beaumarchais se oncitoyen , il eut un succès d'enthousiasmeVoltaire lui-méme avait garde plus de nisure, et. eu écrivant pour d'autres des nemoires judiciaires, il avait cru devoir se s<»umettre aux formes de son temps. Le langag