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Un million de faits : aide-mémoire universel des sciences, des arts et des lettres / par J. Acard ... [et al.]
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1'OESIE El HEALX-ARTS.

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eut besoin de représenter des corps pour ex-primer des idées; en sorte que les liguresqu'il demanda aux arts du dessin , avecquelque habileté qu’elles fussent exécutées,durent toujours être pour lui des signes idéo-graphiques, plutôt que de véritables ligures. »Cet art, comme celui de l'antique Asie , euttoujours quelque chose de conventionnel quilui eût interdit l’entiere imitation de la na-ture, quand bien uième la religion ne l’eûtpas arrêté dans cette voie au point où il lutconvenait qu'il se fixât.

2® Libre de ce frein, le génie grec lut es-sentiellement imitatif, de telle 60 ite qu'il putporter la représentation exacte de chaque indi-vidu jusqu'au plus haut degré de la perfec-tion dont chaque espèce étau susceptible dansce pays de la beaute ; car, ce que nous appe-lons maintenant avec raison I'iYû/g:/ dans leschefs-d'œuvre éternellement admirables del'art grec était-il autre chose en tout genreque la réalité même dans son expression iaplus elevée ? La beauté physique est regnrdeecomme l'élément essentiel de cet art, et tout

fut, du-on, subordonné dans le choix connueans l'exécution du sujet. — La scieucc sacreede l'Egypte bâtissait brutalement de solidesmontagnes à force de bras esclaves ; le victo-rieux génie d’Alexundre voulait faire du montAtlios une belle statue d'homme libre.

3° L'art chrétien prit aussi la nature pourguide; mais s'exerçant sur des types toutdifferents, il tendit à intéresser le’sens mo-ral plus qu'à flatter le sens physique. Vuhomme-Dieu , une vierge-mère, des martyrsbeaux de leurs plaies, de saints solitaires ex-ténués par le jeûne et les macérations, maiscouronnés d'une céleste auréole, exprimèrenttout un monde de sentiments et d'idées au-dessus de la nature ; et en cela il est vrai dedire que la révolution opérée par le christia-nisme dans l'art ne fut ni moins profonde,ni moins universelle que celle qu'il opéradans le monde moral. Mais cet art, en met-tant de côté le vénérable prestige que luiprête ia foi, a-t-il produit dans sa naïvetéprimitive rien qu'on puisse opposer sérieuse-ment à l'art antique ?— Qui ne voit que l'es-prit du dogme chrétien,entendu dans toute sarigueur logique, eût été la négation même del'art? Qui ignore la grande querelle des Ico-noclastes qui partagea si long-temps (ouïel’Eglise ? (V. col 97ii.) —Si l’art chrétien a été,c'est par une heureuse inconséquence et parune sorte de concession faile par l'Eglise à tanature des choses, aux instincts de l'Italie , augénie des artistes; encore cette concessionn'a-t-elle été faiteque tard et imparfaitement.Vers Constantinople , la querelle des Icono-clastes se rattachait à toutes les habitudes del’imagination grecque. Quand l'orthodoxieiconoclaste avait fa 11 couper les mains ou ar-racher les yeux à uu pauvre moine coupabled'avoir peint une Vierge ou un Christ, le peu-ple racontaitque la Vierge elle-même était v« -nue rendre à ce moine les mains ou les yeux.

4° c’est à la Itenaissance que l’art chrétiena dû véritablement ses chefs-d'œuvre; ce n'estqu'a l'école des anciens qu'il est parvenu àréaliser sous une forme immortelle, égalésinon supérieure aux plus beaux monumentsde l'antiquité, les types du nouveau mondeidéal, depuis si long-temps enfanté par sondogme. I.e Dame est san- contredit le plusgrand poète du ebristiauisme. Or, le Dante estpresque contemporain de la Renaissance, etü’est-ce pas Virgile qu’il prend pour guidedans son voyage imaginaire à travers lemonde de la Foi? Raphaël est j»eut-être le

seul artiste véritablement digne d'être opposeaux Grecs, et ses vierges divines semblentn'ètre nées que pour faire dédaigoerà l'Europe les images retrouvées de la Diane antique.

• On peut étudier le genie de l'art chrétiendans ce qu'il eut tout à la fois de dissem-blable et decomnfuti avec celui de ('antiquité,en comparant par la pensée I ’Iliade, le Par-thénon d’Aihènes, le Lesché de Delphes, leThéâtre de .Sophocle, VEnéide, le Forum deTrajan et le Cotysée avec la Divine Comé-die du Dante, le Dôme d'Orvieto, le Cam-po-santo de Tise, ta Jérusalem Délivrée, leThéâtre de Racine, la Chapelle Sixtine eiles Loges du Vatican . » Voy. le Discourssur l'origine des types de l'art chrétien, parM. Raoul-Rochette (Taris, (834).

L'Idéalisme nous semble avoir été la reli-gion commune, et de l'art prétendu matéria-liste des Grecs et des grands artistes, en généraifort peu spiritualistes, de PEuropechrétienne.Même en supposant la religion des païens en-core plus matérialiste qu'on ne le fait vulgaire-ment, toujours sera-t-il vrai que l'art tendaitnécessairement chez eux, comme partout, àspiritualiser la matière; de même que plustard, et malgré l'esprit du christianisme, il aen quelque sorte continué de matérialiserl'esprit et de donner nn corps à sa pensée. Klcomment en serait-i) autrement ? L'art, ex-pression simple et spontanée de la vie, ne doit-il pas être, comme la vie, ce qu'il y a de pluscontinu et de plus identique, quelque chan-gement que puisse apporter dans sa physio-nomie la différence des temps et des lieux .'Les artistes grecs n'étaient-ils pas déjà chré-tiens à leur manière, et Raphaël ne se fit-ilpas en quelque sorte païen ?

Il semble qu'il n'y ait d'éternel en ce mond?que le géuie et la beauté. Les lois périssent,les mœurs s'effacent, les empires croulent, le*religions même succombent; mais un versd'Homère ou de Racine, un contour de Phi-dias , un trait de Raphaël sont impérissable*.

C'est pour n’avoir pas senti ce caractère dedurée et d'universalité qui appartient au:grandes œuvres de l’art, c'es^t pour avoir mé-connu ce privilège de vérité suprême que Paritient de sa nature même, ayant sa source viveau plus profond du cœur humain, qui estesqui persiste le plus dans l'incessante trans-formation du monde humain, que des esprits,d’ailleurs éminents, ont attaché une impor-tance 6i exagérée à cette superficielle divisionde genre classique et de genre romantiquequi semblait, a les en croire, devoir a jamaisdominer l’histoire et tout le domaine de l’Art.

Dans tous tes arts peut-être, excepté en mu-sique et en peinture, la souveraine perfectionde l'art grec domine encore l’Europe et lemonde. Il faut donc ne point se lasser d'étu-dier ses divins chefs-d'œuvres. mais non lesimiter servilement. Pour que notre art soupurement grec, vivons-nous sons le ciel de laGrèce? est-ce Périclès qui nous gouverne, elsommes-nous Grecs enfin ? Mais comment nepas reconnaître que si un peuple pouvait ré-gner a jamais sur la république des arts, reserait cette admirable race d'artistes placéepar les dieux au centre du monde entre I Asie,l’Afrique et l'Europe , dans le pays le plus■ çheridu dieu de la lumière , de ce soleil que Platon appelait le plus grand des peintres, aubord de cette mer où naquit Venus, et qugarde encore sur ses rivages l'empreinte ce.pas des héros et dans ses flots d'azur I imagede la déesse I ...

J.-J. Rousseau a-t-il raison lorsquil pré-sente l’ignorance et la rudesse primitive