Band 
Tome premier.
Seite
41
JPEG-Download
 

AL

tout appartenir à ces hautes connaissances, aont leurstravaux ont agrandi le domaine. Sous un autre point devue , l’histoire de cette noble école se rattacherait en-core à l’enseignement supérieur de ces sciences, quandelle n’aurait eu que la seule gloire d’en conserver dansson sein le précieux dépôt durant des périodes funestesaux progrès de l’humanité.

La ville d’Alexandrie , située entre le lac Mareotis etla Méditer ranée, à l’extrémité de l’angle occidental del’Egypte, fut fondée par Alexandre-le-Grand vers la*' re année de la cxn c olympiade, environ l’an dumonde 3670 , et 334 ans avant Jésus-Christ . Alexandre,ce conquérant civilisateur, qui n’eut point d’enfance etn’arriva point jusqu’à l’âge mûr • cet homme prodigieux,dont la vaste pensée embrassait le monde, qu’il par-courut en triomphateur, voulait que la ville dont iltraça l’enceinte, servit pour ainsi dire de lien entrel’Orient et l’Occident . Cette noble idée qui rattachaitainsi à un avenir inconnu tout le passé de la terre desPha raons, ne finit point avec la vie et la puissance hu-maine de celui qui l’avait conçue, et participa ainsi dece caractère de durée qui défend contre le temps lesinspirations du génie. Alexandrie a rempli, en effet,sous plusieurs rapports, la destinée que lui avait assi-gnée son glorieux fondateur.

Après la mort d’Alexandre, le vaste empire que for-maient ses conquêtes, fut livré à d’effroyables déchire-mens. Chacun de ses capitaines prit une couronne. Celled’Egypte échut à Lagus, qui, respectant du moins la pen-sée de son maître, transporta à Alexandrie le siège deson autorité. Bientôt cette cité effaça, par la beauté et lenombre de ses monumens, la splendeur de ces villes an-tiques, berceau des orgueilleuses traditions de l’Egypte .La douceur du gouvernement de Lagus attira dans sesmurs les savans et les philosophes de la Grèce : les ar-tistes accoururent sur leurs pas , et la brillante civilisationd’Athènes , dont la gloire et la liberté venaient de mourir,transportée ainsi sous le beau ciel de l’Egypte , y jeta enpeu d’années de fécondes racines. C’est à cette époquequ’il faut placer l’établissement de l’école d’Alexandrie.Mais Ptolémée-Philadelphe, fils et successeur de Lagus,donna à cette institution naissante des marques si écla-tantes de sa protection, que la gloire de sa fondation luien est généralement attribuée. Il logea les savans et lesphilosophes, à qui l’école était ouverte, dans un magni-fique édifice attenant à son palais. ( Strabon , Géogr .lib. xiii. ) Il fournit libéralement à toutes les dépensesdes entreprises tentées dans le but des découvertes etdu perfectionnement des sciences, et commença enfin àrassembler à grands frais cette immense et célèbre biblio-thèque , où furent successivement déposés tous les livresde l’Égypte , et tous ceux que produisirent les progrèsdes connaissances humaines. La perte de cette collection

AL 41

unique est encore, après plus de mille ans, l’objet desregrets les plus justes et les plus douloureux.

Au premier rang des maîtres qui, sous le rapport dessciences mathématiques, vinrent dès son origine illustrerl’école d’Alexandrie, on doit placer le grand Euclide ,qu’il n’est plus permis aujourd’hui de confondre avecEuclide de Mégare , le philosophe, et le disciple de Socrate, mort un siècle avant l’époque du géomètre.Euclide rassembla toutes les vérités élémentaires de lagéométrie découvertes avant lui. Il apporta dans cetouvrage une méthode si certaine et si avancée, il mitentre ses propositions un enchaînement si précis et sirigoureux, que depuis lui, tous les efforts des géomètresont été itnpuissans pour réformer ses démonstrations,à l’évidence et à la force desquelles ils n’ont pu porteratteinte. Après plus de deux mille ans, les élémensd’Euclide n’ont pas cessé de former la base essentiellede la science, et nul bras n’a été assez fort pour briserla chaîne formée par l’ancien géomètre. Nous examine-rons avec plus de développemens les importaus tra-vaux d’Euclide à l’article biographique que nous luiconsacrerons. Il en sera de même des doctrines et desdécouvertes des savans que nous allons nommer dansle cours de cette notice , spécialement consacrée à l’en-semble des connaissances mathématiques que l’écoled’Alexandrie a répandues dans le monde.

Tandis qu’Euclide jetait ainsi les bases indestructiblesde l’arithmétique et de la géométrie, l’astronomie sor-tait, à Alexandrie , de l’état d’enfance où elle étaitencore plongée, et où l’avaient laissée les philosophesgrecs depuis Thalès. Aristille et Timocharis , dont nousne connaissons malheureusement les travaux que parcequ’ils ont été analysés dans l’almageste de Ptolémée ,cessaient de se livrer à de vaines conjectures, et com-mençaient à sentir la nécessité des observations aux-quelles on a dû le premier système d’astronomie, fondésur une comparaison réfléchie des phénomènes célestes,et propre à les représenter avec quelque vérité. Aristilleet Timocharis paraissent avoir été les premiers astro-nomes qui aient déterminé d’une manière approxima-tive la position des étoiles fixes par rapport au zodia-que , en marquant leurs longitudes et leurs latitudes.Un autre astronome, Dionysius, se faisait en mêmetemps remarquer à l’école d’Alexandrie par la produc-tion d’une ère particulière, où les noms des mois sontdérivés de ceux du zodiaque. A peu près à la mêmeépoque, l’école voyait fleurir Aristarque de Samos , dontles travaux astronomiques acquirent une grande célé-brité, car ils eurent pour objet le système de l’univers :il se rallia à l’opinion que l’école pythagoricienne avaitémise sur le mouvement de la terre, et fit de nombreuxefforts pour faire prévaloir cette hypothèse à Alexan-drie. Aristarque de Samos a composé divers écrits ma-