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aussi une âme élevée et un cœur sensible et généreux.Après cet éloge mérité de d’Alembert, il nous sera sansdoute permis de dire que nous n’aurons point à nousoccuper de ses œuvres littéraires , et moins encore de sesprétendus travaux philosophiques. Entraîné par un espritvif et inquiet dans le mouvement qui a dominé sonsiècle, cet illustre écrivain a malheureusement adoptéet préconisé avec un remarquable talent les grossièreserreurs des réformateurs de son temps, parmi lesquelsil occupe du moins une place distinguée. A une autreépoque , et il est douloureux de le dire, dans un autrepays que la France , où la nouveauté et la hardiesse desidées exercent un empire plus facile et plus puissantque la vérité, il est permis de croire que d’Alembertaurait rempli une mission plus digne de son génie etplus utile à l’humanité.
Les heureuses dispositions que d’Alembert avait ma-nifestées dès l’enfance se développèrent rapidement aucollège, où il réalisa bientôt les espérances qu’il avaitfait concevoir à son premier maître. Il n’est pas inutilede remarquer que cet enfant studieux et mélancoliquesemblad’abord promettre un éloquent défenseur au chris-tianisme, dont il devait cependant contribuer à ébranlerles croyances. Ses professeurs jansénistes dirigèrent sespremières idées vers la théologie, et, émerveillés de sestravaux, crurent un moment que le collège Mazarin allaitvoir renaître Pascal, l’illustre solitaire de Port-Royal.En effet, dès Sa première année de philosophie, d’Alem-bert écrivit un remarquable commentaire sur l’épîlrede saint Paul aux Romains : ainsi, dit Condorcet, ilcommença comme Newton avait fini.
Ce fut néanmoins durant cette période de sa vie d’étu-diant que d’Alembert prit goût aux mathématiques,dont il poursuivit avec ardeur l’étude laborieuse et pé-nible. Il ne tarda pas à prendre une place élevée parmiles hommes dont les utiles travaux ont fait faire desprogrès à ces hautes sciences. Après avoir successivementétudié pour le barreau et la médecine, il débuta dansla carrière de son choix et objet de sa plus vive prédi-lection , par deux mémoires qu’il présenta à l’Académiedes sciences : le premier, sur le mouvement des corpssolides à travers un fluide; le second, sur le calcul inté-gral. Ces premiers travaux l’élevèrent tout à coup aurang des plus savans mathématiciens, et l’Académie les récompensa en ouvrant, dès 1741, ses portes à leurauteur.
En 1743, d’Alembert publia son Traite de dyna-mique. La méthode dont il se servit dans cet écrit ré-duit toutes les lois du mouvement des corps à celle deleur équilibre, et ramène conséquemment la dynamiqueà la statique. En rapportant ainsi, dit Lagrange , à uneméthode uniforme la mise en équation des problèmes dece genre, qu’on faisait dépendre de principes incohé-
rens, plutôt devinés que rencontrés, il mit fin auxespèces de défis que les géomètres s’adressaient sur cettematière.
Le Traité des fluides , suite nécessaire du Traite dedynamique, parut en 1 744 • D’Alembert fut encoreobligé, dans cet ouvrage, de s’astreindre aux hypothèsespar lesquelles Jean et Daniel Bernouilli étaient parve-nus à rendre le mouvement des fluides accessible aucalcul ; mais en appuyant ses solutions sur le principequ’il avait appliqué à la recherche du mouvement descorps solides, il rectifia quelques erreurs échappées à sesillustres devanciers, et mit du moins ce qu’ils avaienttrouvé d’exact à l’abri de toute difficulté.
Dans la môme année, d’Alembert publia le mémoiresurla Théorie des vents , qui remporta le prix proposé parl’Académie de Berlin . En 1748, il fit paraître ses Recher-ches sur les cordes vibrantes. Ce beau travail fixa l’at-tention des géomètres sur le calcul intégral aux diffé-rentielles partielles, dont la découverte est un des plusbeaux titres de gloire de d’Alembert.
Enfin, en 1749, parurent les Recherches sur la préces-sion des équinoxes. On trouve dans cet ouvrage impor-tant la première détermination générale du mouvementde rotation d’un corps de figure quelconque. Ces re-cherches font époque dans la dynamique aussi bien quedans l’astronomie physique.
D’Alembert consacra à des travaux purement litté-raires plusieurs années de sa vie; il est l’auteur du dis-cours d’introduction de l’Encyclopédie, et d'un grandnombre d’articles relatifs aux sciences mathématiquesinsérés dans cet ouvrage. Le 29 octobre 1783 , d’Alcm-bert mourut de la pierre, avant d’avoir été opéré, àl’âge de soixante-dix ans.
Voici l’ordre dans lequel on peut classer ses princi-pales œuvres mathématiques, qui ont rarement étéréunies dans les collections de scs écrits.
i°. Traité de dynamique , i vol, in- 4 ° , 1743, iy 58 .2° Traité de U équilibre et du mouvement des fluides,
1 vol. in-4°, 1740, 1770. 3 ° Réflexions sur la causegénérale des vents, in-4°, 1747. 4 ° Recherches sur laprécession des équinoxes et sur la mutation de l’axe dela terre, 1 vol. in- 4 °, « 749 - 5 ° Essai d’une nouvellethéorie sur la résistance des fluides, 1 vol. in-4°, 1752.6° Recherches sur différens points importuns du sys-tème du monde, 3 vol. in- 4 °, 1754 > 7 0 Opuscules
mathématiques, 8 vol. in-4°, publiés successivementen 1761,1764» >767» 1768, 1773, 1780.
ALEXANDRIE ( École d’ ). L’histoire de cette an-tique et célèbre institution est, sans doute, intimementliée à celle des lettres; mais les sciences mathématiquesdoivent à ses illustres disciples de si importantes décou-vertes et de si mémorables travaux, qu’elle semble sur*