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ses connaissances en histoire naturelle, et peuvent pa-raître curieux à ceux qui aiment à voir dans quelleserreurs s’est promené l’esprit humain. Jules Scaligers’attacha particulièrement Ji réfuter le traité De subtili-tale avec l’urbanité et la modération , dont ce célèbrecritique avait coutume d’user envers les malheureuxauteurs des livres qui avaient pu exciter son irritabilitépédantesque : il se vanta d’avoir tué à la fois Cardan etson livre par la vivacité et la force de sa critique. Aureste, la vie agitée de Cardan a trouvé en lui-même unjuge plus sévère que celui qu’auraient pu inspirer lahaine et les passions des nombreux ennemis que soncaractère lui avait attirés. Dans celui de ses ouvragesintitulé : De vila propria, et qu’on peut regardercomme des Mémoires d’une irréprochable authenticité,il a dépassé, en parlant de ses vices, toute la hardiesse dela calomnie. Il nous apprend dans ce livre, ajoute sonbiographe, que dans le monde il ne savait dire que cequi devait déplaire à ceux qui l’entouraient, et qu’ilpersévérait dans cette mauvaise disposition, quoiqu’ilen vît les effets ; qu’il recherchait les souffrances phy-siques, parce qu’elles le préservaient des orages quis’élevaient fréquemment dans son esprit en proie à unesombre mélancolie ; qu’il se procurait lui-même dessensations douloureuses dans cette vue, et pour jouir dela volupté qu’il éprouvait à leur cessation ; enfin, qu’ilemployait aussi ce moyen comme un remède ou commeun palliatif dans les grandes afflictions morales. Nousabrégeons ces tristes aveux d’un homme de génie lut-tant avec un inconcevable cynisme contre des souvenirsqui, sans doute, venaient troubler sa vieillesse. Degrandes infortunes l’avaient déjà puni de ses erreurs etde ses vices, dans tout ce que l’homme a de plus cheret de plus doux sur cette terre, les affections de famille.Son fils aîné, Jean-Baptiste Cardan, jeune homme de26 ans, qui s’était déjà acquis de la réputation dans lamédecine, fut convaincu d’avoir empoisonné sa femme,et eut la tète tranchée à Milan . Les désordres de sonsecond fils n’eurent pas un résultat aussi funeste, maiscausèrent à ce malheureux père d’inexprimables cha-grins qui peut-être troublèrent sa raison et lui occa-sionnèrent des accès de folie. C’est ainsi qu’ont penséde lui l’illustre Leibnitz et Naudé, et c’est sous ce rap-port seulement que Cardan peut être jugé avec quelqueindulgence.
Tel fut l’homme cependant qui a conservé destitres réels à la gloire et à la reconnaissance des savans,quoique ses découvertes en mathématiques se rattachentencore a une conduite peu délicate et peu scrupuleusede sa part, si l’on doit ajouter foi à l’opinion que sescontemporains en ont manifestée. Cardan était depuisjong-temps étroitement lié avec Nicola Tartalea ou Tar-taglia de Brescia , mathématicien, que son savoir et ses
productions avaient déjà rendu célèbre. L'algèbre étaitune connaissance pour ainsi dire au berceau, et qui,depuis sou introduction en Europe , n’avait guère étécultivée qu’en Italie. A l’époque où vivaient Cardan etTartalea, les recherches dont cette science était l’objetexcitaient une vive émulation entre les mathématiciensde ce pays. On était alors dans l’usage de proposer etd’accepter des défis publics dans les sciences aussi bien quedans les arts, et les graves géomètres, comme les musicienset les peintres, allaient de ville en ville exposer leursdécouvertes et leurs talens devant les curieux, qui seréunissaient dans les églises, où l’on jugeait du méritede ces rivaux de gloire et de savoir : c’étaient les tempschevaleresques de la science. Il paraît que Tartalea avaittriomphé plusieurs fois dans de semblables défis, aumoyen de la résolution des équations du troisième de-gré. Cardan conçut, dit-on, le vif désir de connaître laméthode qu’employait son ami pour obtenir un résultatsi important et si inutilement cherché par les géomètres.Comme ses premières sollicitations avaient été inutiles,et que Tartalea avait besoin de la protection d’un grand,suivant l’usage du temps, Cardan employa, pour déci-der son ami à se rendre à ses désirs, une étrange super-cherie. Il lui fit savoir que le marquis dcl Vasto dési-rait faire sa connaissance, et s’entretenir avec lui de sadécouverte. Tartalea se rendit avec empressement àcette invitation; mais Cardan se trouva seul dans l’hôteldu marquis, où le rendez-vous avait été indiqué. Ce futainsi que ce dernier, après de vives instances, obtint,sous la foi du secret et du serment, la communicationdes méthodes de Tartalea.
Telle serait, suivant les partisans de Tartalea , la vé-rité sur la découverte de la résolution des équations dutroisième degré, attribuée a Cardan , qui la publia peud’années après dans son Ars magna. Mais selon Cardan ,il n’aurait point ainsi violé la foi de sa promesse , nitrahi la confiance de Tartalea, dont il n’aurait reçu qn®la formule du procédé de la solution , taudis que seul ilavait trouvé la démonstration. Quant à la formule même,Cardan soutenait que la première découverte 11’appai"tenait ni à lui ni à Tartalea, mais à Scipion Ferreo,mathématicien bolonais. La publication del ’Ars magn aexcita les vives plaintes de Tartalea : il reprocha amère-
ment sa conduite à Cardan , et publia leur correspondance pour prouver sa duplicité. Il proposa aussi à sonancien ami, maintenant son adversaire et son ennemi,la solution de plusieurs problèmes, et l’on doit couveque l’honneur de la lutte ne demeura pas à Cardan-Quoi qu'il en soit, Jérome Cardan est, en résultat, I e
premier qui ait publié la méthode de résolution de*
équations du troisième degré, et celui à qui est reste®gloire de cette découverte. On donne encore aujouià cette méthode le nom de formule de Cardan