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Cette doctrine forma un grand nombre de penseurs. Eninvitant chaque homme à rentrer en lui-même et àpartir de sa propre conviction , Descartes offrait unmoyen de ne pas même s’égarer avec lui, dans la suppo-sition qu’il fût tombé dans quelques erreurs. Le servicequ’il rendit ainsi à la philosophie est immense; il réformala spéculation comme Copernic avait réformé l’astrono-mie. En brisant l’esclavage de la pensée il suscita un modeactif dephilosopherquiruinale modepassif et historiqueen usage avant lui, et il ne suffit plus de jurer par laparole du maître pour triompher de toute idée raison-nable aux applaudissemens de l’école pédantesque de laphilosophie aristotélique. La raison recouvra ainsi parlui sa féconde et puissante autonomie.
Déjà, sans doute, le dogmatisme scholastique avaitété attaqué, avant Descartes , par des hommes tels queRabelais, Ramus, Sanchez, Montaigne et Charron , quitous, dans les formes spéciales de leur talent et de leurcaractère, l’avaient tour à tour poursuivi de leurs rail-leries cyniques, de leurs sarcasmes, de leurs graves ob-jections. Mais ils n’avaient pu lui substituer qu’unscepticisme exagéré, qui n’était réellement que la né-gation de toute science philosophique. Aussi, à peuprès à la même époque, des hommes de foi commeErasme et Mélanclithon , effrayés du néant que le pyr-rhonisme amenait dans la spéculation, prêtèrent-ils à lascholastique l’appui de leur chaleureuse éloquence. Ilne faut pas s’imaginer d’ailleurs que la scholastique fûten elle-même une chose puérile. Les Thomas et les Scotn’étaient point des esprits superficiels ou grossiers. Ceshommes remarquables par l’étendue de leurs connais-sances et la subtilité de leur dialectique avaient du moinsmontré, dans toute son étendue , l’emploi que l’esprithumain pouvait fairede l’instrument logique. Ils avaientfait plus encore en purifiant, en intellectualisant l’idéede l’être suprême. Ainsi la scholastique mettait l’esprithumain sur le chemin d’une métaphysique rationnelle,et par cela même valait toujours mieux que l’empirismeet que le scepticisme. Telle fut l’œuvre de Descartes qui réalisa, par l’émancipation de la raison, cet inappré-ciable bienfait.
La devise de l’école cartésienne fut celle - ci :« Pense par toi-même , et ne juge de rien sur parole. »Elle renferme l’une des règles les plus importantes pourl’esprit philosophique, et n’admet le doute que commeune préparation à l’examen. Cette école célèbre illustrala France et la fit comprendre parmi les nations les pluséclairées. Le cartésianisme fut successivement adoptépar les esprits les plus forts, les plus élevés, les plusindépendans du siècle de Louis XIV, par les Bossuet ,les Fenelon , les Mallebranche, par les principaux mem-bres de l’illustre congrégation de l’Oratoire, par lesécrivains si distingués de la grande et célèbre école de
Port-Royal, et enfin par une institution religieuse, au*jourd’hui déchue, qu’on n’a du moins jamais accuséed’ignorance. Si ces illustres adhésions ne suffisaient paspour établir la profonde influence que le cartésianismeexerça sur son siècle et en même temps sa haute direc-tion , les sarcasmes de Voltaire et de son école prouve-raient assez qu’il était, pour l’empirisme du derniersiècle, un principe fort et vivant qui condamnait ses dé-plorables erreurs.
Ainsi la philosophie de Descartes n’est pas tellementune faible conception qu’on n’en doive parler que pourmémoire, et, n’eût-il point d’autres titres à l’admira-tion de la postérité, sa gloire serait encore immor-telle.
Le principe rationnel que Descartes avait apporté dansla métaphysique, il dut l’appliquer aussi à la physique.Malgré la hardiesse et peut-être l’invraisemblance dequelques-unes de ses hypothèses, on est frappé de la fé-condité et de l’étendue de son génie en examinant l’en-semble de son système. Néanmoins son ingénieuse idéedes tourbillons est presque la seule qu’on lui attribuegénéralement, comme s’il était possible d’arriver à unetelle conception, quelle que soit, au reste, sa valeurscientifique, sans avoir parcouru un cercle immense depensées et de recherches! mais que de sublimes décou-vertes n’a-t-il pas réalisées dans ccsystèmc, etdecombiend’autres conquêtes scientifiques ce système n’a-t-il pasété la source ! aussi un écrivain moderne a-t-il pu dire,avec raison : s’il s’est trompé sur les lois du mouvementil a du moins deviné le premier qu’il devait y en avoir.Ne serait-ce point aussi en soumettant à l’examen de sahaute raison les idées de Descartes , que le grand Newtons’est trouvé naturellement dans la voie de ses immor-telles découvertes?
Lorsque Descartes écrivit son discours sur la diop"trique, la réfrangibilité inégale des divers rayons de lalumière n’était pas connue; cependant, outre unefoule d’applications ingénieuses de la géométrie à cettescience, son traité renferme une exposition de la vén*table loi de la réflexion , découverte immense que HuV"gens a voulu vainement contester à Descartes . Dans I etraité des météores il a donné la véritable théorie de 1 arC
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en-ciel. Ainsi, comme sa philosophie, la physique* 1Descartes est empreinte de la pensée d’un génie puissant;et si, dans son système du monde et dans l’explicatioude quelques phénomènes naturels , il n’a pas aussi heureusement rencontré la vérité, est-ce sous ce rapP° rtseulement que doivent être envisagés ses immenses t<*
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