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Tome I.
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RÉVOLUTION

supporter une peine aussi légère; et, pour obtenirson rappel, il descendit jusqu’aux sollicitations,même envers la reine, son ennemie personnelle.

Brienne était irrité par les obstacles, sans avoirl’énergie de les vaincre. Faible en Europe contrela Prusse, à laquelle il sacrifiait la Hollande, fai-ble en France contre les parlements et les grandsde l’État, il n’était plus soutenu que par la reine,et en outre se trouvait souvent arrêté dans sestravaux par une mauvaise santé. Il ne savait ni ré-primer les révoltes, ni faire exécuter les réduc-tions décrétées par le roi ; et, malgré l’épuisementtrès-prochain du trésor, il affectait une inconce-vable sécurité. Cependant, au milieu de tant dedifficultés, il ne négligeait pas de se pourvoir denouveaux bénéfices, et d’attirer sur sa famille denouvelles dignités.

Le garde des sceaux Lamoignon, moins faiblemais aussi moins influent que l’arclievêque deToulouse , concerta avec lui un plan nouveau pourfrapper la puissance politique des parlements; carc’était là le principal but du pouvoir en ce mo-ment. Il importait de garder le secret. Tout futpréparé en silence : des lettres closes furent en-voyées aux commandants des provinces; l’impri-merie où se préparaient les édits fut entourée degardes. On voulait que le projet ne fût connuqu’au moment même de sa communication auxparlements. L’époque approchait et le bruit s’étaitrépandu qu’un grand acte politique s’apprêtait. Leconseiller d’Espréménil parvint à séduire à forced’argent un ouvrier imprimeur et à se procurer unexemplaire des édits. Il se rendit ensuite au pa-lais, fit assembler ses collègues et leur dénonçahardiment le projet ministériel (mai). D’après ceprojet, six grands bailliages, établis dans le res-sort du parlement de Paris, devaient restreindresa juridiction trop étendue. La faculté de juger endernier ressort, et d’enregistrer les lois et lesédits, était transportée à une cour plénière, com-posée de pairs, de prélats, de magistrats, de chefsmilitaires, tous choisis par le roi. Le capitainedes gardes y avait même voix délibérative. Ceplan attaquait la puissance judiciaire du parle-ment et anéantissait tout à fait sa puissance poli-tique. La compagnie, frappée de stupeur, nesavait quel parti prendre. Elle ne pouvait délibé-rer sur un projet qui ne lui avait pas été soumis,et il lui importait cependant de ne pas se laissersurprendre. Dans cet embarras, elle employa unmoyen tout à la fois ferme et adroit, celui de rap-

FRANÇAISE.

peler et de consacrer dans un arrêté tout ce qu’elleappelait lois constitutives de la monarchie, enayant soin de comprendre dans le nombre sonexistence et ses droits. Par cette mesure géné-rale, elle n’anticipait nullement sur les projetssupposés du gouvernement et garantissait tout cequ’elle voulait garantir.

En conséquence, il fut déclaré, le S mai, parle parlement de Paris :

« Que la France était une monarchie gouvernée3 par le roi, suivant les lois; et que de ces lois,» plusieurs, qui étaient fondamentales, embras-» saient et consacraient : 1 ° le droit de la maison» régnante au trône, de mâle en mâle, par ordre» de primogéniture; 2 ° le droit de la nation d’ac-» corder librement des subsides par l’organe desb états généraux, régulièrement convoqués etb composés; 3° les coutumes et les capitulationss des provinces; 4°l’inamovibilité des magistrats;s 5° le droit des cours de vérifier dans chaque» province les volontés du roi, et de n’en ordon-» ner l’enregistrement qu’autant qu’elles étaient» conformes aux lois constitutives de la province* ainsi qu’aux lois fondamentales de l’État ; 6° le3 droit de chaque citoyen de n’être jamais traduit3 en aucune manière par-devant d’autres jugess que ses juges naturels, qui étaient ceux que las loi désignait; et 7° le droit, sans lequel tous lesb autres étaient inutiles, de n’être arrêté, parb quelque ordre que ce fût, que pour être remisb sans délai entre les mains des juges compé-b tents. Protestait ladite cour contre toute atteinteb qui serait portée aux principes ci-dessus ex-b primés, b

A cette résolution énergique, le ministre ré'pondit par le moyen d’usage, toujours maletinU'tilemenl employé : il sévit contre quelques ment'bres du parlement. D’Espréménil et Goislart deMonsalbert, apprenant qu’ils étaient menacés , seréfugièrent au sein du parlement assemblé. Unofficier, Vincent d’Àgoult, s’y rendit à la tête d’unecompagnie, et, ne connaissant pas les magistral®désignés, les appela par leur nom. Le plus grandsilence régna d’abord dans l’assemblée ; puis le®conseillers s’écrièrent qu’ils étaient tous d’Espi'é'ménil. Enfin le vrai d’Espréménil se nomma etsuivit l’officier chargé de l’arrêter. Le tumulte fn lalors à son comble ; le peuple accompagna les ffl»'gistrats en les couvrant d’applaudissements. Troi®joursaprès; le roi, dans un lit de justice, fit en'registrer les édits ; et les princes et les paii' s