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Tome I.
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RÈGNE DE LOUIS XYI (1788).

assemblés présentèrent l’image de cette cour plé-n ière qui devait succéder aux parlements.

Le Châtelet rendit aussitôt un arrêté contre lescdits. Le parlement de Rennes déclara infâmesceux qui entreraient dans la cour plénière. A Gre-noble , les habitants défendirent leurs magistratscontre deux régiments ; les troupes elles-mêmes,excitées à la désobéissance par la noblesse mili-taire , refusèrent bientôt d’agir. Lorsque le com-mandant du Dauphiné assembla ses colonels, poursavoir si on pouvait compter sur leurs soldats, ilsgardèrent tous le silence. Le plus jeune, qui de-vait parler le premier, répondit qu’il ne fallaitpas compter sur les siens à commencer par le co-lonel. A cette résislance, le ministre opposa desarrêts du grand conseil qui cassaient les décisionsdes cours souveraines, et il frappa d’exil huitd’entre elles.

La cour, inquiétée par les premiers ordres,< l u i lui faisaient la guerre en invoquant l’intérêt•Lt peuple et en provoquant son intervention, eutrecours, de son côté, au même moyen ; elle réso-ut d’appeler le tiers état à son aide, commeAvaient fait autrefois les vois de France pour anéan-llr la féodalité. Elle pressa alors de tous sesracyens la convocation des états généraux. EllePrescrivit des recherches sur le mode de leur■réunion ; elle invita les écrivains et les corps sa-rants à donner leur avis ; et, tandis que le clergéassemblé déclarait, de son côté, qu’il fallait rap-procher l’époque de la convocation, la cour, accep-tât le défi, suspendit en même temps la réunion

la cour plénière, et fixa l’ouverture des étals§®nérauxau 1" mai 1789. Alors eut lieu la re-faite de l’archevêque deToulouse (24août 1788),1 Ul > par des projets hardis, faiblement exécutés,avait provoqué une résistance qu’il fallait ou nePâs exciter ou vaincre. En se retirant, il laissa letrésor dans la détresse, le payement des rentes de1 hôtel de ville suspendu, toutes les autorités enlutte, toutes les provinces en armes. Quant à lui,pourvu de huit cent mille francs de bénéfices, del’archevêché de Sens, et du chapeau de cardinal )s’il ne fit la fortune publique, il fit du moins lasienne. Pour dernier conseil, il engagea le roi àrappeler Necker au ministère des finances, afinde s’aider de sa popularité contre des résistancesdevenues invincibles.

C’est pendant les deux années 1787 et 1788fiue les Français voulurent passer des vainesl l‘éories à la pratique. La lutte des premières au-

torités leur en avait donné le désir et l’occasion.Pendant toute la durée du siècle, le parlementavait attaqué le clergé et dévoilé ses penchantsultramontains ; après le clergé, il avait attaqué lacour, signalé ses abus de pouvoir et dénoncé scsdésordres. Menacé de représailles, et inquiété àson tour dans son existence, il venait enfin derestituer à la nation des prérogatives que la courvoulait lui enlever à lui-même pour les transpor-ter à un tribunal extraordinaire. Après avoir ainsiaverti la nation de ses droits, il avait exercé sesforces en excitant et protégeant l’insurrection. Deleur côté, le haut clergé en faisant des mande-ments, la noblesse en fomentant la désobéissancedes troupes, avaient réuni leurs efforts à ceux delamagistrature et appelé le peuple aux armes pourla défense de leurs privilèges.

La cour, pressée par ces divers ennemis, avaitrésisté faiblement. Sentant le besoin d’agir et endifférant toujours le moment, elle avait détruitparfois quelques abus, plutôt au profit du trésorque du peuple, et ensuite était retombée dansl’inaction. Enfin, attaquée en dernier lieu de toutesparts, voyant que les premiers ordres appelaientle peuple dans la lice, elle venait de l’introduireelle-même en convoquant les états généraux. Op-posée, pendant toute la durée du siècle, à l’espritphilosophique, elle lui faisait un appel cette fois, etlivrait à son examen les constitutions du royaume.Ainsi les premières autorités de l’État donnè-rent le singulier spectacle de détenteurs injustes,se disputant un objet en présence du propriétairelégitime, et finissant même parl’invoquerpour juge.

Les choses en étaient à ce point lorsque Neckerrentra au ministère (août). La confiance l’y suivit,le crédit fut rétabli sur-le-champ, les difficultésles plus pressantes furent écartées. Il pourvut, àforce d’expédients, aux dépenses indispensables,en attendant les états généraux qui étaient le re-mède invoqué par tout le monde.

On commençait à agiter les grandes questionsrelatives à leur organisation. On se demandaitquel y serait le rôle du tiers état : s’il y paraîtraiten égal ou en suppliant, s’il obtiendrait une re-présentation égale en nombre à celle des deuxpremiers ordres, si on délibérerait par tête oupar ordre , et si le tiers n’aurait qu’une seule voixcontre les deux voix de la noblesse et du clergé.

La première question agitée fut celle du nombredes députés. Jamais controverse philosophique dudix-huitième siècle n’avait excité une pareille