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RÉVOLUTION FRANÇAISE.
sous le même 110 m, celui de club. On ne s’occu-pait là que des abus à détruire, des réformes àopérer et de la constitution à établir. On s’irritaitpar un examen sévère de la situation du pays. Eneffet, son état politique et économique était into-lérable. Tout était privilège dans les individus,les classes, les villes, les provinces et les métierseux-mêmes. Tout était entrave pour l’industrie etle génie de l’homme. Des dignités civiles, ecclé-siastiques et militaires, étaient exclusivementréservées à quelques classes, et dans ces classesàquelques individus. On ne pouvait embrasser uneprofession qu’à certains titres et à certaines con-ditions pécuniaires. Les villes avaient leurs pri-vilèges pour l’assiette, la perception, la quotitéde l'impôt, et pour le choix des magistrats. Lesgrâces mêmes, converties par les survivances enpropriétés de famille, ne permettaient presqueplus au monarque de donner des préférences. Ilne lui restait de liberté que pour quelques donspécuniaires, et on l’avait vu obligé de disputeravec le duc deCoignypour l’abolition d’une chargeinutile*. Tout était donc immobilisé dans quel-ques mains, et partout le petit nombre résistaitau grand nombre dépouillé. Les charges pesaientsur une seule classe. La noblesse et le clergé pos-sédaient à peu près les deux tiers des terres;l’autre tiers, possédé par le peuple, payait desimpôts au roi, une foule de droits féodaux à lanoblesse, la dîme au clergé, et supportait de plusles dévastations des chasseurs nobles et du gibier.Les impôts sur les consommations pesaienl sur legrand nombre et par conséquent sur le peuple.La perception était vexatoire ; les seigneurs étaientimpunément en retard; le peuple, au contraire,maltraité, enfermé, était condamné à livrer soncorps à défaut de ses produits. Il nourrissait doncde ses sueurs, il défendait de son sang les hautesclasses de la société, sans pouvoir exister lui-même. La bourgeoisie, industrieuse, éclairée,moins malheureuse sans doute que le peuple,mais enrichissant le royaume par son industrie,l’illustrant par ses talents, n’obtenait aucun desavantages auxquels elle avait droit. La justice,distribuée dans quelques provinces par les sei-gneurs, dans les juridictions royales par des ma-gistrats acheteurs de leurs charges, était lente,souvent partiale, toujours ruineuse, et surtoutatroce dans les poursuites criminelles. La liberté
* Voyez les Mémoires de Bouille.
individuelle était violée par les lettres de cachet,la liberté de la presse par les censeurs royaux.Enfin l’État, mal défendu au dehors, trahi par lesmaîtresses de Louis XV , compromis par la fai-blesse des ministres de Louis XVI , avait été ré-cemment déshonoré en Europe par le sacrificehonteux de la Hollande et de la Pologne .
Déjà les masses populaires commençaient à s’a-giter ; des troubles s’étaient manifestés plusieursfois pendant la luite des parlements, et surtoutà la retraite de l’archevêque de Toulouse . Onavait brûlé l’effigie de celui-ci; la force arméeavait été insultée et même attaquée; la magistra-ture avait faiblement poursuivi des agitateurs quisoutenaient sa cause. Les esprits émus, pleins del’idée confuse d’une révolution prochaine, étaientdans une fermentation continuelle. Les parle-ments et les premiers ordres voyaient déjà sediriger contre eux les armes qu’ils avaient donnéesau peuple. En Bretagne , la noblesse s’était oppo-sée au doublement du tiers et avait refusé denommer les députés. La bourgeoisie, qui l’avaitsi puissamment servie contre la cour, s’était alorstournée contre elle, et des combats meurtriersavaient eu lieu. La cour, qui ne se croyait pasassez vengée de la noblesse bretonne **, lui avaitnon-seulement refusé ses secours, mais encoreavait renfermé quelques-uns de ses membres venusà Paris pour réclamer.
Les éléments eux-mêmes semblaient s’être dé-chaînés. Une grêle, du 13 juillet, avait dévastéles récoltes, et devait rendre l’approvisionnementde Paris plus difficile, surtout au milieu des trou-bles qui se préparaient. Toute l’activité du com-merce suffisait à peine pour concentrer la quantitéde subsistances nécessaires à cette grande capi-tale, et il était à craindre qu’il ne devînt bientôttrès-difficile de la faire vivre, lorsque les agita-tions politiques auraient ébranlé la confiance etinterrompu les communications. Depuis le cruelhiver qui suivit les désastres de Louis XIV et quiimmortalisa la charité de Fénelon , on n’en avaitpas vu de plus rigoureux que celui de 88 à 89. Labienfaisance, qui alors éclata de la manière laplus touchante, ne fut pas suffisante pour adoucirles misères du peuple. On avait vu accourir detous les points de,la France une quantité de vaga-bonds sans profession et sans ressources, quiétalaient de Versailles à Paris leur misère et leur
‘ fv Voyez Boiiillé.