nudité. Au moindre bruit, on les voyait paraîtreavec empressement, pour profiter des chancestoujours favorables à ceux qui ont tout à acquérir,jusqu’au pain du jour.
Ainsi tout concourait à une révolution. Unsiècle entier avait contribué à dévoiler les abuset à les pousser à l’excès ; deux années à exciterla révolte, et à aguerrir les masses populaires, enles faisant intervenir dans la querelle des privi-légiés. Enfin des désastres naturels, un concoursfortuit de diverses circonstances, amenèrent la ca-tastrophe , dont l’époque pouvait être différée, maisdont l’accomplissement était tôt ou tard infaillible.
C est au milieu de ces circonstances qu’eurentlieu les élections. Elles furent tumultueuses enquelques provinces, actives partout, et très-cal-oaes à Paris où il régna beaucoup d’accord ettl unanimité. On distribuait des listes, on tâchaitde s’unir et de s’entendre. Des marchands, desovocats, des hommes de lettres, étonnés de sevoir réunis pour la première fois, s’élevaient peua Peu à la liberté. A Paris , ils renommèrent eux-aoemes les bureaux formés par le roi, et, sanschanger les personnes, firent acte de leur puis-Sanc e en les confirmant. Le sage Bailly quitté saretraite de Chaillot : étranger aux intrigues,Pénétré de sa noble mission, il se rend seul et àPted à l’assemblée. Il s’arrête en route sur la ter-rasse des Feuillants; un jeune homme inconnu1 aborde avec respect. — Vous serez nommé, luidit-il..— j e n ’ en sa ; s r ; en ? répond Bailly ; cet'onneur ne doit ni se refuser ni se solliciter. —Le modeste académicien reprend sa marche, il serend à l’assemblée, et il est nommé successive-ment électeur et député.
L’élection du comte de Mirabeau fut orageuse :rejeté par la noblesse, accueilli par le tiers état,'1 agita la Provence, sa patrie, et vint bientôt semontrer à Versailles .
La cour ne voulut point influencer les élections;elle n’était point fâchée d’y voir un grand nombrede curés ; elle comptait sur leur opposition auxgrands dignitaires ecclésiastiques, et en mêmetemps sur leur respect pour le trône. D ailleurs,elle ne prévoyait pas tout, et dans les députés dutiers elle apercevait encore plutôt des adversairespour la noblesse que pour elle-même. Le ducd Orléans fut accusé d’agir vivement pour faireélire ses partisans et pour être lui-même nommé.
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Déjà signalé parmi les adversaires de la cour,allié des parlements, invoqué pour chef, de songré ou non, par le parti populaire, on lui imputadiverses menées. Une scène déplorable eut lieu aufaubourg Saint-Antoine, et comme on veut don-ner un auteur à tous les événements, on l’en ren-dit responsable. Un fabricant de papiers peints,Réveillon , qui par son habileté entretenait devastes ateliers, perfectionnait notre industrie etfournissait la subsistance à trois cents ouvriers,fut accusé d’avoir voulu réduire les salaires àmoitié prix. La populace menaça de brûler samaison. On parvint à la disperser, mais elle yretourna le lendemain; la maison fut envahie,incendiée, détruite (27 avril).Malgré les menacesfaites la veille par les assaillants, malgré le ren-dez-vous donné , l’autorité n’agit que fort tard etagit alors avec une rigueur excessive. On attenditque le peuple fût maître de la maison ; on l’y atta-qua avec furie, et on fut obligé d’égorger un grandnombre de ces hommes féroces et intrépides, quidepuis se montrèrent dans toutes les occasions,et qui reçurent le nom de brigands.
Tous les partis qui étaient déjà formés s’ac-cusèrent; on reprocha à la cour son action tar-dive d’abord, et cruelle ensuite; on supposaquelle avait voulu laisser le peuple s’engager pourfaire un exemple et exercer ses troupes. L’argenttrouvé sur les dévastateurs de la maison de Ré-veillon , les mots échappés à quelques-uns d’en-tre eux, firent soupçonner qu’ils étaient suscitéset conduits par une main cachée ; et les ennemisdu parti populaire accusèrent le duc d’Orléansd’avoir voulu essayer ces bandes révolutionnaires.
Ce prince était né avec des qualités heureuses;il avait hérité de richesses immenses ; mais, livréaux mauvaises mœurs, il avait abusé de tous cesdons de la nature et de la fortune. Sans aucunesuite dans le caractère, tour à tour insouciant del’opinion ou avide de popularité, il était hardi etambitieux un jour, docile et distrait le lendemain.Brouillé avec la reine, il s’était fait ennemi de lacour. Les partis commençant à se former, il avaitlaissé prendre son nom, et même, dit-on, jusqu’àses richesses. Flatté d’un avenir confus, il agis-sait assez pour se faire accuser, pas assez pourréussir, et il devait, si ses partisans avaient réel-lement des projets, les désespérer de son incon-stante ambition.