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Tome I.
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ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1789).

51 courir à la tenue des états généraux. A quelque

• moment que les députés absents se présentents dans la session qui va s’ouvrir, elle déclare!l qu’elle s’empressera de les recevoir, et de par-8 tager d’avance avec eux, apres la vérification8 des pouvoirs, la suite des grands travaux qui8 doivent procurer la régénération de la T rance. »

Aussitôt après cet arrêté, l’assemblée, voulanttout à la fois faire un acte de sa puissance, etProuver qu’elle n’entendait point arrêter la marchede l’administration, légalisa la perception desimpôts, quoique établis sans le consentementnational ; prévoyant sa séparation, elle ajouta qu’ilscesseraient d être perçus le jour où elle serait sé-parée ; prévoyant en outre la banqueroute, moyenqui restait au pouvoir pour terminer les embarrasfinanciers et se passer du concours national, ellesatisfît à la prudence et à l’honneur en mettant lescréanciers de l’État sous la sauvegarde de la%auté française. Enfin elle annonça qu’elle allaits °ccuper incessamment des causes de la disetteet 'n misère publique.

Ces mesures, qui montraient autant de couragej? ue d Imbileté, produisirent une impression pro-°nde. La cour et les premiers ordres étaient épou-'nntés de tant d’audace et d’énergie. Pendant cete mps , le clergé délibérait en tumulte s’il fallaitSe réunir aux communes. La foule attendait auehors le résultat de sa délibération; les curésemportèrent enfin, et on apprit que la réunionovait été votée à la majorité de 149 voix contre

* 'o- Ceux qui avaient voté pour la réunion furentacc U('illis avec des transports; les autres furent° u lragés et poursuivis par le peuple.

Ce moment devait amener la réconciliation dea cour et de l’aristocratie. Le danger était égalP°Or toutes deux. La dernière résolution nuisaitAutant au roi qu’aux premiers ordres eux-mêmesdont les communes déclaraient pouvoir se passer.Aussitôt on se jeta aux pieds du roi ; le duc deLuxembourg , le cardinal de Larocbefoucauld ,' archevêque de Paris , le supplièrent de réprimer''audace du tiers état, et de soutenir leurs droitsattaqués. Le parlement lui fit offrir de se passer^ es états, en promettant de consentir tous leslm Pôts. Le roi fut entouré par les princes et par laccine ; c’était plus qu’il ne fallait pour sa faiblesse;ell fin on l’entraîna à Marly, pour lui arracher uneMesure vigoureuse.

Le ministre Necker, attaché à la cause popu-,Ur c, se contentait de représentations inutiles,

que le roi trouvait justes quand il avait l’espritlibre, mais dont la cour avait soin de détruirebientôt l’effet. Dès qu’il vit l’intervention de l’au-torité royale nécessaire, il forma un projet quiparut très-hardi à son courage : il voulait que lemonarque, dans une séance royale, ordonnât laréunion des ordres, mais seulement pour toutesles mesures d’intérêt général ; qu’il s’attribuât lasanction de toutes les résolutions prises par lesétats généraux; qu’il improuvât d’avance tout éta-blissement contre la monarchie tempérée, tel quecelui d’une assemblée unique ; qu’il promît enfinl’abolition des privilèges, l’égale admission de tousles Français aux emplois civils et militaires, etc.Necker, qui n’avait pas eu la force de devancerle temps pour un plan pareil, n’avait pas mieuxcelle d’en assurer l’exécution.

Le conseil avait suivi le roi à Marly. Là, le plande Necker, approuvé d’abord, est remis en dis-cussion ; tout à coup un billet est transmis au roi ;le conseil est suspendu, repris et renvoyé au len-demain , malgré le besoin d’une grande célérité.Le lendemain, de nouveaux membres sont ajoutésau conseil ; les frères du roi sont du nombre. Leprojet de Necker est modifié; le ministre résiste,fait quelques concessions, mais il se voit vaincu etretourne à Versailles . Un page vient trois fois luiremettre des billets portant de nouvelles modifi-cations; son plan est tout à fait défiguré, et laséance royale est fixée pour le 22 juin.

On n’était encore qu’au 20, et déjà on ferme lasalle des états, sous le prétexte des préparatifsqu’exige la présence du roi. Ces préparatifs pou-vaient se faire en une demi-journée, mais leclergé avait résolu la veille de se réunir aux com-munes, et on voulait empêcher cette réunion.Un ordre du roi suspend aussitôt les séancesjusqu’au 22. Bailly, sc croyant obligé d’obéir àl’assemblée, qui, le vendredi 19, s’était ajournée aulendemain samedi, se rend à la porte de la salle.Des gardes-françaises l’entouraient avec ordre d’endéfendre l’entrée; l’officier de service reçoit Baillyavec respect, et lui permet de pénétrer dans unecour pour y rédiger une protestation. Quelquesdéputés jeunes et ardents veulent forcer la consi-gne; Bailly accourt, les apaise, et les emmèneavec lui, pour ne pas compromettre le généreuxofficier qui exécutait avec tant de modération lesordres de l’autorité. On s’attroupe en tumulte, onpersiste à se réunir; quelques-uns parlent detenir séance sous les fenêtres mêmes du roi.