d’autres proposent la salle du jeu de paume ; ons’y rend aussitôt ; le maître la cède avec joie.
Cette salle était vaste, mais les murs en étaientsombres et dépouillés; il n’y avait point de sièges.On offre un fauteuil au président, qui le refuse,et veut demeurer debout avec l’assemblée; unbanc sert de bureau ; deux députés sont placés àla porte pour la garder, et sont bientôt relevés parla prévôté de l’iiôtel, qui vient offrir ses services.Le peuple accourt en foule et la délibération com-mence. On s’élève de toutes parts contre celtesuspension des séances, et on propose diversmoyens pour l’empêcher à l’avenir. L’agitationaugmente et les partis extrêmes commencent às’offrir aux imaginations. On propose de se rendreà Paris : cet avis, accueilli avec chaleur, est agitévivement; déjà même on parle de s’y transporteren corps et à pied. Bailly est épouvanté des vio-lences que pourrait essuyer l’assemblée pendantla route; redoutant d’ailleurs une scission, il s’op-pose à ce projet. Alors Mounier propose aux dé-putés de s’engager par serment à ne pas se sépareravant l’établissement d’une constitution. Cetteproposition est accueillie avec transport, et onrédige aussitôt la formule du serment. Bailly de-mande l’honneur de s’engager le premier, et lit laformule ainsi conçue : « Vous prêtez le serment» solennel de ne jamais vous séparer, de vousi> rassembler partout où les circonstances l’exi-» geront, jusqu’à ce que la constitution du royaume» soit établie et affermie sur des fondements» solides. » Cette formule, prononcée à haute etintelligible voix, retentit jusqu’au dehors. Aussi-tôt toutes les bouches profèrent le serment; tousles bras sont tendus vers Bailly, qui, debout etimmobile, reçoit cet engagement solennel d’assu-rer par des lois l’exercice des droits nationaux.La foule pousse aussitôt des cris de vive l’assem-blée! vive le roi! comme pour prouver que, sanscolère et sans haine, mais par devoir, elle recou-vre ce qui lui est dû. Les députés se disposentensuite à signer la déclaration qu’ils viennent defaire. Un seul, Martin d’Aucli, ajoute à son nomle mot d’opposant. Il se forme autour de lui ungrand tumulte. Bailly, pour être entendu, montesur une table, s’adresse avec modération au dé-puté, et lui représente qu’il a le droit de refusersa signature, mais non celui de former opposition.Le député persiste, et l’assemblée, par respectpour sa liberté, souffre le mot et le laisse existersur le procès-verbal.
Ce nouvel acte d’énergie excita l’épouvante dela noblesse, qui le lendemain vint porter ses do-léances aux pieds du roi, s’excuser en quelquesorte des restrictions qu’elle avait apportées auplan de conciliation et lui demander son assis-tance. La minorité noble protesta contre cettedémarche, soutenant avec raison qu’il n’était plustemps de demander l’intervention royale aprèsl’avoir si mal à propos refusée. Cette minorité,trop peu écoutée, se composait de quarante-septmembres; on y comptait des militaires, des ma-gistrats éclairés; le duc de Liancourt, généreuxami de son roi et de la liberté, le duc de Laro-cliefoucauld, distingué par une constante vertu etde grandes lumières ; Lally-Tolendal , célèbredéjà par les malheurs de son père et ses élo-quentes réclamations; Clermont-Tonnerre, remar-quable par le talent de la parole ; les frères Lameth ,jeunes colonels, connus par leur esprit et leur bra-voure; Dupont, déjà cité pour sa vaste capacitéet la fermeté de son caractère; enfin le marquisde Lafayette, défenseur de la liberté américaine,et unissant à la vivacité française la constance etla simplicité de Washington .
L’intrigue ralentissait toutes les opérations dela cour. La séance, fixée d’abord au lundi 22, futremise au 25. Un billet, écrit fort tard à Bailly,et à l’issue du grand conseil, lui annonçait ce reit'voi et prouvait l’agitation qui régnait dans lesidées. Necker était résolu à ne pas se rendre à 1*séance, pour ne pas autoriser de sa présence desprojets qu’il désapprouvait.
Les petits moyens, ressource ordinaire d’uneautorité faible, furent employés pour empêchet’la séance du lundi 22 ; les princes firent retenirla salle du jeu de paume pour y jouer ce jour-là-L’assemblée se rendit à l’église de Saint-Louis, oùelle reçut la majorité du clergé, à la tête de la-quelle se trouvait l’archevêque de Vienne. Celteréunion, opérée avec la plus grande dignité, ex-cita la joie la plus vive. Le clergé venait s’y sou-mettre, disait-il, à la vérification commune.
Le lendemain 23 était le jour fixé pour la séanc®royale. Les députés des communes devaient en-trer par une porte détournée, et différente d®celle qui était réservée à la noblesse et au clergé-A défaut de la violence on ne leur épargnait p aSles humiliations. Exposés à la pluie, ils attendi-rent longtemps : le président, réduit à frapper acette porte, qui ne s’ouvrait pas, frappa plusieursfois; on lui répondit qu’il n’était pas temps. Déj®