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les députés allaient se retirer, Bailly frappa en-COr e; la porte s’ouvrit enfin, les députés entrèrent
et trouvèrent les deux premiers ordres en posses-sion de leurs sièges qu’ils avaient voulu s assureren les occupant d’avance. La séance n était pointcomme celle du 5 mai, majestueuse et touchanteà la fois, par une certaine effusion de sentimentset d’espérances. Une milice nombreuse, un silencemorne, la distinguaient de celte première solen-nité. Les députés des communes avaient résolu degarder le plus profond silence. Le roi prit la pa-role, et trahit sa faiblesse en employant des ex-pressions beaucoup trop énergiques pour son ca-ractère. On lui faisait proférer des reproches etdonner des commandements. Il enjoignait la sépa-ration par ordre, cassait les précédents arrêtés dutiers état, en promettant de sanctionner l’abdica-ll °n des privilèges pécuniaires quand les posses-seurs l’auraient donnée. Il maintenait tous lesdroits féodaux, tant utiles qu’honorifiques, comme
Propriétés inviolables ; il n’ordonnait pas la réu-n '°n pour l es matières d’intérêt général, mais illa faisait espérer de la modération des premiersordres. Ainsi il forçait l’obéissance des communesse contentait de présumer celle de l’aristocratie,laissait la noblesse et le clergé juges de ce quies concernait spécialement, et finissait par diref I Ue ) s’il rencontrait de nouveaux obstacles, ilTarait tout seul le bien de son peuple et se regar-derait comme son unique représentant. Ce ton, celangage, irritèrent profondément les esprits, nonc °ntre le roi, qui venait de représenter avec fai-blesse des passions qui n’étaient pas les siennes,lu ais contre l’aristocratie dont il était l’instru-
ment.
Aussitôt après son discours, il ordonne à l'as-semblée de se séparer sur-le-champ. La noblesseb- suit, avec une partie du clergé. Le plus grandnombre des députés ecclésiastiques demeurent;les députés des communes, immobiles, gardentr*n profond silence. Mirabeau , qui toujours s’a-v ançait le premier, se lève : « Messieurs, dit-il,l’avoue que ce que vous venez d’entendre pourraitdire le salut de la patrie, si les présents du des-potisme n’étaient pas toujours dangereux.... L’ap-Pareil des armes, la violation du temple national,Pour vous commander d’être heureux....! Où sontT es > ennemis de la nation? Catilina est-il à nosP 0l ’tes....? Je demande qu’en vous couvrant dev °tre dignité, de votre puissance législative, vous'ous renfermiez dans la religion de votre serment ;
il ne vous permet de vous séparer qu’aprês avoirfait la constitution. »
Le marquis de Brézé, grand maître des céré-monies, rentre alors et s’adresse à Bailly : « Vousavez entendu, lui dit-il, les ordres du roi? » etBailly lui répond : « Je vais prendre ceux del’assemblée. » Mirabeau s’avance : « Oui, mon-sieur, s’écric-t-il, nous avons entendu les inten-tions qu’on a suggérées au roi ; mais vous n’avezici ni voix, ni place, ni droit de parler. Cepen-dant, pour éviter tout délai, allez dire à votremaître que nous sommes ici par la puissance dupeuple, et qu’on ne nous en arrachera que par lapuissance des baïonnettes. » M. de Brézé se re-lire. Sieyes prononce ces mots : « Nous sommesaujourd’hui ce que nous étions hier; délibérons. »L’assemblée se recueille pour délibérer sur lemaintien de ses précédents arrêtés. « Le premierde ces arrêtés, dit Barnave , a déclaré ce que vousêtes; le second statue sur les impôts, que vousseuls avez droit de consentir; le troisième est leserment de faire votre devoir. Aucune de ces me-sures n’a besoin de sanction royale. Le roi nepeut empêcher ce qu’il n’a pas à consentir. » Dansce moment, des ouvriers viennent pour enleverles banquettes, des troupes armées traversent lasalle, d’autres l’entourent au dehors ; les gardesdu corps s’avancent même jusqu’à la porte. L’as-semblée, sans s’interrompre, demeure sur lesbancs et recueille les voix : il y a unanimité pourle maintien de tous les arretés précédents. Cen’est pas tout : au sein de la ville royale, au mi-lieu des serviteurs de la cour, et privée du secoursde ce peuple depuis si redoutable, l’assembléepouvait être menacée. Mirabeau reparaît à la tri-bune et propose de décréter l'inviolabilité de cha-que député. Aussitôt l’assemblée, n’opposant à laforce qu’une majestueuse volonté, déclare invio-! labié chacun de ses membres, proclame traître,infâme et coupable de crime capital, quiconqueattenterait à leur personne.
Pendant ce temps, la noblesse, qui croyait l’Étatsauvé par ce lit de justice, présentait ses félici-tations au prince qui en avait donné l’idée, et lesportait du prince à la reine. La reine, tenant sonfils dans ses bras, le montrant à ces serviteurs siempressés, recevait leurs serments, et s’abandon-nait malheureusement à une aveugle confiance.Dans ce même instant on entendit des cris : cha-cun accourut, et on apprit que le peuple, réuni enfoule, félicitait Nccker de n’avoir pas assisté à la
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