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séance royale. L’épouvante succéda aussitôt à lajoie; le roi et la reine firent appeler Necker, etces augustes personnages furent obligés de lesupplier de conserver son portefeuille. Le ministrey consentit, et rendit à la cour une partie de lapopularité qu’il avait conservée en n’assistant pasà cette funeste séance.
Ainsi venait de s’opérer la première révolution.Le tiers état avait recouvré le pouvoir législatif, etses adversaires l’avaient perdu pour avoir voulu legarder tout entier. En quelques jours, cette révolu-tion législative fut entièrement consommée. On em-ploya encore quelques petits moyens, tels que de gê-ner les communications intérieures dans les sallesdes états; mais ils furent sans succès. Le 24, la ma-jorité du clergé se rendit à l’assemblée, et de-manda la vérification en commun pour délibérerensuite sur les propositions faites par le roi, dansla séance du 23 juin. La minorité du clergé con-tinuait à délibérer dans sa chambre particulière.L’arcbûvêque de Paris , Juigné, prélat vertueux,bienfaiteur du peuple, mais privilégié opiniâtre,fut poursuivi et contraint de promettre sa réunion ;il se rendit en effet à l’assemblée nationale accom-pagné de l’archevêque de Bordeaux , prélat popu-laire et qui devait plus tard devenir ministre.
Le plus grand trouble se manifesta dans lesrangs de la noblesse. Ses agitateurs ordinaires en-flammaient ses passions ; d’Espréménil proposa dedécréter le tiers état et de le faire poursuivre parle procureur général ; la minorité proposa la réu-nion. Cette motion fut rejetée au milieu du tumulte.Le duc d’Orléans appuya la proposition, aprèsavoir, la veille, promis le contraire auxPolignacs*.Quarante-sept membres, résolus de se réunir àl’assemblée générale malgré la décision de la ma-jorité, s’y rendirent en corps, et furent reçus aumilieu de la joie publique. Cependant, malgrécette allégresse causée par leur présence, leursvisages étaient tristes. « Nous cédons à notre con-science, dit Clermont-Tonnerre, mais c’est avecdouleur que nous nous séparons de nos frères.Nous venons concourir à la régénération publique;chacun de nous vous fera connaître le degré d’acti-vité que lui permet son mandat. »
Chaque jour amenait de nouvelles réunions, etl’assemblée voyait s’accroître le nombre de sesmembres. Des adresses arrivaient de toutes parts,exprimant le vœu et l’approbation des villes et des
* Voyez Ferrières,
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provinces. Mounicr suscita celles du Dauphiné.Paris fit la sienne, et le Palais-Royal lui-mêmeenvoya une députation, que l’assemblée, entouréeencore de dangers, reçut pour ne pas aliéner lamultitude. Alors elle n’en prévoyait pas les excès;elle avait besoin au contraire de présumer sonénergie et d’en espérer un appui: beaucoup d’es-prits en doutaient, et le courage du peuple n’étaitencore qu’un rêve heureux. Ainsi les applaudisse-ments des tribunes, importuns souvent à l’assem-blée, l’avaient pourtant soutenue, et on n’osa pasles empêcher. Bailly voulut réclamer ; on étouffasa voix et sa motion par de bruyants applaudisse-ments.
La majorité de la noblesse continuait ses séan-ces au milieu du tumulte et du plus violent dé-chaînement. L’épouvante se répandit chez ceuxqui la dirigeaient, et le signal de la réunion par-tit de ceux mêmes qui lui persuadaient naguère larésistance. Mais ses passions, déjà trop excitées,n’étaient point faciles à conduire. Le roi fût obligéd’écrire une lettre ; la cour, les grands, furent ré-duits à supplier ; la réunion sera passagère, di-sait-on aux plus obstinés ; des troupes s’appro-chent , cédez pour sauver le roi. Le consentementfut arraché au milieu du désordre, et la majoritéde la noblesse, accompagnée de la minorité duclergé, se rendit le 27 juin à l’assemblée générale.Le duc de Luxembourg , y parlant au nom de tous,dit qu’ils venaient pour donner au roi une marquede respect et à la nation une preuve de patriotisme-« La famille est complète, » répondit Bailly. Sup'posant que la réunion était entière, et qu’il s’agiS'sait, non de vérifier, mais de délibérer en commun,il ajouta : « Nous pourrons nous occuper, sansrelâche et sans distraction, de la régénération duroyaume et du bonheur public. »
Plus d’un petit moyen fut encore employé poufparaître n’avoir pas fait ce que la nécessité aval 1obligé de faire. Les nouveaux arrivés se rendaienttoujours après l’ouverture des séances, tous encorps, et de manière à figurer un ordre. Ils affec'taient de se tenir debout derrière le président,et de manière à paraître ne pas siéger. Bailly, ave cbeaucoup de mesure et de fermeté, finit par vain - 'cre toutes les résistances, et parvint à les fair®asseoir. On voulut aussi lui disputer la présidence,non de vive force, mais tantôt par une négociationsecrète, tantôt par une supercherie, Bailly la r®'tint, non par ambition, mais par devoir; et on v,tun simple citoyen, connu seulement par ses vertu 5