28
étant les mêmes, reste la justice de la cause, etla justice n’était pas pour ceux qui voulaient reve-nir sur la réunion des trois ordres, dissoudre lareprésentation nationale, et sévir contre ses pluscourageux députés.
Mirabeau pensa que le plus sûr moyen d’intimi-der le pouvoir, c’était de le réduire à discuter pu-bliquement les mesures qu’on lui voyait prendre.Il fallait pour cela le dénoncer ouvertement. S’ilhésitait à répondre, s’il éludait, il était jugé; lanation était avertie et soulevée.
Mirabeau fait suspendre les travaux de la con-stitution, et propose de demander au roi le renvoides troupes. Il mêle dans ses paroles le respectpour le monarque aux reproches les plus sévèrespour le gouvernement. Il dit que tous les jours destroupes nouvelles s’avancent; que tous les passagessont interceptés ; que les ponts, les promenades sontchangés en postes militaires ; que des faits publicset cachés, des ordres et des contre-ordres précipi-tés frappent tous les yeux et annoncent la guerre.Ajoutant à ces faits des reproches amers : « Onmontre, dit-il, plus de soldats menaçants à la na-tion, qu’une invasion de l’ennemi n’en rencontre-rait peut-être, et mille fois plus du moins qu’onn’en a pu réunir pour secourir des amis martyrsde leur fidélité, et surtout pour conserver cettealliance des Hollandais, si précieuse, si chère-ment acquise, et si honteusement perdue. »
Son discours est aussitôt couvert d’applaudisse-ments; l’adresse qu'il propose est adoptée. Seule-ment, comme en invoquant le renvoi des troupesil avait demandé qu’on les remplaçât par des gar-des bourgeoises, cet article est supprimé ; l’adresseest votée à l’unanimité moins quatre voix. Danscette adresse, demeurée célèbre, qu’il n’a, dit-on,point écrite, mais dont il avait fourni toutes lesidées à un de ses amis, Mirabeau prévoyait pres-que tout ce qui allait arriver : l’explosion de lamultitude, et la défection des troupes par leurrapprochement avec les citoyens. Aussi adroitqu’audacieux, il osait assurer au roi que ses pro-messes ne seraient point vaines : « Vous nousavez appelés, lui disait-il, pour régénérer leroyaume; vos vœux seront accomplis, malgré lespièges, les difficultés, les périls..., etc. »
L’adresse fut présentée par une députation devingt-quatre membres. Le roi, ne voulant pass’expliquer, répondit que ce rassemblement detroupes n’avait d’autre objet que le maintien dela tranquillité publique, et la protection due à
rassemblée - ; qu’au surplus, si celle-ci avait encoredes craintes, il la transférerait à Soissons ou àNoyon , et que lui-même se rendrait àCompiègne.
L’assemblée ne pouvait se contenter d’une pa-reille réponse, surtout de l’offre de l’éloigner dela capitale pour la placer entre deux camps. Lecomte de Grillon proposa de s’en fier à la paroled’un roi honnête homme. « La parole d’un roihonnête homme, reprit Mirabeau , est un mauvaisgarant de la conduite de son ministère; notreconfiance aveugle dans nos rois nous a perdus;nous avons demandé la retraite des troupes et nonà fuir devant elles; il faut insister encore et sansrelâche. »
Cette opinion ne fut point appuyée. Mirabeau insistait assez sur les moyens ouverts pour qu’onlui pardonnât les machinations secrètes, s’il estvrai qu’elles aient été employées.
C’était le 11 juillet; Necker avait dit plusieursfois au roi que si ses services lui déplaisaient ilse retirerait avec soumission. « Je prends votreparole, s avait répondu le roi. Le 11, au soir,Necker reçut un billet où Louis XVI le sommai!de tenir sa parole, le pressait de partir, et ajou-tait qu’il comptait assez sur lui pour espérer qu’ilcacherait son départ à tout le monde. Necker,justifiant alors l’honorable confiance du monarque,part sans en avertir sa société ni même sa fille, etse trouve en quelques heures fort loin de Ver-sailles . Le lendemain 12 juillet était un dimanche-Le bruit se répandit à Paris que Necker avait étérenvoyé, ainsi que MM. de Montmorin, de La Lu-zerne, de Puységuret de Saint-Priest. On annon-çait, pour les remplacer, MM. de Breteuil, de LaVauguyon , de Broglie, Foulon et Damécort, pres-que tous connus par leur opposition à la causepopulaire. L’alarme se répand dans Paris . On serend au Palais-Royal . Un jeune homme, connudepuis par son exaltation républicaine, né avecune âme tendre, mais bouillante, Camille Dès-moulins , monte sur une table, montre des pisto-lets en criant aux armes, arrache une feuilled’arbre dont il fait une cocarde, et engage tout lemonde à l’imiter. Les arbres sont aussitôt dépouil-lés , et on se rend dans un musée renfermant de 5bustes en cire. On s’empare de ceux de Neckei’et du duc d’Orléans, menacé, disait-on, de l’exil»et on se répand ensuite dans les quartiersParis . Cette foule parcourait la rue Saint-Honoré’lorsqu’elle rencontre, vers la place Vendôme, uI *détachement de Royal-AUemand qui fond sur elF’