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Tome I.
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révolution française .

SB

au contraire devoir s'arrêter encore. C’était dansle club breton * qu'il s’agitait avec le plus de vé-hémence. Une conviction sincère était le mobiledu plus grand nombre de ses membres ; des pré-tentions personnelles commençaient néanmoins às’y montrer, et déjà les mouvements de l’intérêtindividuel succédaient aux premiers élans du pa-triotisme. Barnave , jeune avocat de Grenoble ,doué d’un espritclair, facile, et possédant auplushautdegré le talent de bien dire, formait, avec lesdeux Lameth , un triumvirat qui intéressait par sajeunesse, et qui bientôt influa par son activité etses talents. Duport, ce jeune conseiller au parle-ment, qu’on a déjà vu figurer, faisait partie deleur association. On disait alors que Duport pen-sait tout ce qu’il fallait faire, que Barnave le di-sait, et que les Lameth l’exécutaient. Cependantces jeunes députés étaient amis entre eux, sansêtre encore ennemis prononcés de personne.

Le plus audacieux des chefs populaires, celuiqui, toujours en avant, ouvrait les délibérationsles plus hardies, était Mirabeau . Les absurdesinstitutions de la vieille monarchie avaient blessédes esprits justes, et indigné des cœurs droits ;mais il n’était pas possible qu’elles n’eussçntfroissé quelque âme ardente, et irrité de grandespassions. Cette âme fut celle de Mirabeau , qui,rencontrant dès sa naissance tous les despotismes,celui de son père, du gouvernement et des tribu-naux , employa sa jeunesse à les combattre et àles haïr. Il était né sous le soleil de la Provence,et issu d’une famille noble. De bonne heure il s’é-tait fait connaître par ses désordres, ses querelleset une éloquence emportée. Ses voyages, ses ob-servations , ses immenses lectures, lui avaient toutappris, et il avait tout retenu. Mais outré, bizarre,sophiste même quand il n’était pas soutenu par lapassion, il devenait tout autre par elle. Prompte-ment excité par la tribune et la présence de scscontradicteurs, son esprit s’enflammait : d’abordses premières vues étaient confuses, ses parolesentrecoupées , ses chairs palpitantes ; mais bien-tôt venait la lumière; alors son esprit faisait en uninstant letravail des années; etàla tribune même,tout était pour lui découverte, expression vive etsoudaine. Contrarié de nouveau, il revenait pluspressant et plus clair, et présentait la vérité enimages frappantes ou terribles. Les circonstances

Ce. club s’était formé dans les derniers jours de juin. 11s appela plus tard Société des amis de la constitution .

étaient-elles difficiles, les esprits fatigués d’unelongue discussion ou intimidés par le danger, uncri, un mot décisif s’échappait de sa bouche, satête se montrait effrayante de laideur et de génie,et l’assemblée éclairée ou raffermie rendait deslois ou prenait des résolutions magnanimes.

Fier de ses hautes qualités, s’égayant de sesvices, tour à tour altier ou souple, il séduisait lesuns par ses flatteries, intimidait les autres par sessarcasmes, et les conduisait tous à sa suite parune singulière puissance d’entraînement. Son partiétait partout, dans le peuple, dans l’assemblée,dans la cour même, dans tous ceux enfin auxquelsil s’adressait dans le moment. Se mêlant familiè-rement avec les hommes, juste quand il fallaitl’être , il avait applaudi au talent naissant de Bar-nave , quoiqu’il n’aimât pas ses jeunes amis; ilappréciait l’esprit profond de Sieyes , et caressaitson humeur sauvage ; il redoutait dans Lafayelteune vie trop pure; il détestait dans Necker un ri-gorisme extrême, une raison orgueilleuse, et laprétention de gouverner une révolution qu’il sa-vait lui appartenir. Il aimait peu le duc d’Orléanset son ambition incertaine ; et comme on le verrabientôt, il n’eut jamais avec lui aucun intérêt com-mun. Seul avec son génie, il attaquait le despo-tisme qu’il avait juré de détruire. Cependant, s’ilne voulait pas les vanités de la monarchie, il vou-lait encore moins de l’ostracisme des républiques;maisn’étant pas assez vengé des grands et du pou-voir, il continuait de détruire. D’ailleurs, dévorede besoins , mécontent du présent, il s’avançaitvers un avenir inconnu, faisant tout supposer deses talents, de son ambition, de scs vices, dumauvais état de sa fortune, et autorisant, par lecynisme de ses propos, tous les soupçons et toutesles calomnies.

Ainsi se divisaient la France et les partis. Le spremiers différends entre les députés populaireseurent lieu à l’occasion des excès de la multitude-Mounier et Lally-Tolendal voulaient une procla'mation solennelle au peuple, pour improuver se sexcès. L’assemblée, sentant l’inutilité de cemoye"et la nécessité de ne pas indisposer la multitudequi l’avait soutenue, s’y refusa d’abord; mais, cé'dant ensuite aux instances de quelques-uns de scsmembres, elle finit par faire une proclamation qu>>comme elle l’avait prévu, fut tout à fait inulü 0 ’car on ne calme pas avec des paroles un peupl®soulevé.

L’agitation était universelle. Uije terreur subi 16