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Tome I.
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42 RÉVOLUTION FRANÇAISE .

désordres alarmants qui avaient éclaté; Neckeravait révélé le déplorable état des finances. L’as-semblée reçut ce double message avec tristesse,mais sans découragement. Le 10, elle rendit undécret sur la tranquillité publique, par lequel lesmunicipalités étaient chargées de veiller au main-tien de l’ordre, en dissipant tous les attroupe-ments séditieux. Elles devaient livrer les simplesperturbateurs aux tribunaux, mais emprisonnerceux qui avaient répandu des alarmes, allégué defaux ordres, ou excité des violences, et envoyerla procédure à l’assemblée nationale, pour qu’onpût remonter à la cause des troubles. Les milicesnationales et les troupes réglées étaient mises à ladisposition des municipalités, et elles devaientprêter serment.d’être fidèles à la nation, au roi età la loi, etc. C’est ce serment qui fut appelé de-puis le serment civique.

Le rapport de Necker sur les finances fut extrê-mement alarmant. C’était le besoin des subsidesqui avait fait recourir à une assemblée nationale ;cette assemblée à peine réunie était entrée enlutte avec le pouvoir; et, ne songeant qu’au besoinpressant d’établir des garanties, elle avait négligécelui d’assurer les revenus de l’Etat. Necker seulavait tout le souci des finances. Tandis que Bailly,chargé des subsistances de la capitale, était dansles plus cruelles angoisses, Necker, tourmenté debesoins moins pressants, mais bien plus étendus,Necker, enfermé dans ses pénibles calculs, dévoréde mille peines, s’efforçait de pourvoir à la dé-tresse publique; et, tandis qu’il ne songeait qu’àdes questions financières, il ne comprenait pasque l’assemblée ne songeât qu’à des questionspolitiques. Necker et l’assemblée, préoccupéschacun de leur objet, n’en voyaient pas d’autres.Cependant, si les alarmes de Necker étaient jus-tifiées par la détresse actuelle, la confiance del’assemblée l’était par l’élévation de ses vues. Cetteassemblée, embrassant la France et son avenir,ne pouvait pas croire que ce beau royaume, obéréun instant, fût à jamais frappé d’indigence.

Necker, en entrant au ministère, en août 1788,ne trouva que 400 mille francs au trésor. Il avait,à force de soins, pourvu au plus pressant; et de-puis, les circonstances avaient accru les besoinsen diminuant les ressources. Il avait fallu acheterdes blés, les revendre au-dessous du prix coû-tant, faire des aumônes considérables, établir destravaux publics pour occuper les ouvriers. Il étaitsorti du trésor pour ce dernier objet, jusqu’à

douze mille francs par jour. En même temps queles dépenses s’étaient augmentées, les recettesavaient baissé. La réduction du prix du sel, le re-tard des payements, et souvent le refus absolud’acquitter des impôts, la contrebande à force ar-mée, la destruction des barrières, le pillage mêmedes registres, et le meurtre des commis, avaientanéanti une partie des revenus. En conséquence,Necker demanda un emprunt de trente millions.La première impression fut si vive, qu’on voulutvoter l’emprunt par acclamation; mais ce premiermouvement se calma bientôt. On témoigna de larépugnance pour de nouveaux emprunts, et oncommit une espèce de contradiction en invoquantles cahiers auxquels on avait déjà renoncé, et quidéfendaient de consentir l’impôt avant d’avoir faitla constitution ; on alla même jusqu’à faire le calculdes sommes reçues depuis l’année précédente,comme si on s’était défié du ministre. Cependantla nécessité de pourvoir aux besoins de l’État, fitadopter l’emprunt: mais on changea le plan duministre, et on réduisit l’intérêt à quatre et demipour cent, par la fausse espérance d’un patrio-tisme qui était dans la nation, mais qui ne pou-vait se trouver chez les prêteurs de profession, lesseuls qui se livrent ordinairement à ces sortes despéculations financières. Cette première faute futune de celles que commettent ordinairement lesassemblées, quand elles remplacent les vues immé-diates du ministre qui agit, par les vues généralesde douze cents esprits qui spéculent. Il fut faciled’apercevoir aussi que l’esprit de la nation com-mençait déjà à ne plus s’accommoder de la timiditédu ministre.

Après ces soins indispensables donnés à latranquillité publique et aux finances, on s’occupade la déclaration des droits. La première idée enavait été fournie par Lafayette, qui lui-même l’a-vait empruntée aux Américains. Cette discussion,interrompue parla révolution du 14 juillet, renou-velée au 1 er août, interrompue de nouveau parl’abolition du régime féodal, fut reprise et défini-tivement arrêtée le 12 août. Cette idée avait quel-que chose d’imposant qui saisit l’assemblée. L’élandes esprits les portait à tout ce qui avait de lagrandeur; cet élan produisait leur bonne foi, leurcourage, leurs bonnes et leurs mauvaises résolu-tions. Us saisirent donc cette idée, et voulurentla mettre à exécution. S’il ne s’était agi que d’é-noncer quelques principes particulièrement mé-connus par l’autorité dont on venait de secouer I e