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Tome I.
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ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1789).

joug, comme le vole de l’impôt, la liberté reli-gieuse , la liberté de la presse, la responsabilitéministérielle, rien n’eût été plus facile. Ainsiavaient fait jadis l’Amérique et l’Angleterre. LaFrance aurait pu exprimer en quelques maximesnettes et positives les nouveaux principes quelleimposait à son gouvernement, mais la France ,rompant avec le passé, et voulant remonter à l’étatde nature, dut aspirer à donner une déclarationcomplète de tous les droits de l’homme et du ci-toyen. On parla d’abord de la nécessité et du dan-ger d’une pareille déclaration. On discuta beaucoupet inutilement sur ce sujet, car il n’y avait ni uti-lité ni danger à faire une déclaration composée deformules auxquelles le peuple ne comprenait rien ;elle n’était quelque chose que pour un certainnombre d’esprits philosophiques, qui ne prennentPas une grande part aux séditions populaires. IlFut enfin décidé quelle serait faite et placée enl éte de l’acte constitutionnel. Mais il fallait la ré-diger, et c’était là le plus difficile. Qu’est-ce qu’undroit? c’est ce qui est dû aux hommes. Or tout letien qu’on peut leur faire leur est dû ; toute me-sure sage de gouvernement est donc un droit. Aussit0 «s les projets proposés renfermaient la définitionla loi, la manière dont elle doit se faire, lelU'mcipede la souveraineté, etc. On objectait queCe n’était pas là des droits, mais des maximes gé-nérales. Cependant il importait d’exprimer cesMaximes. Mirabeau, impatienté, s’écria enfin :

11 l’employez pas le mot de droit, mais dites :^ans l’intérêt de tous, il a été déclaré... » Néan-moins on préféra le titre plus imposant de décla-mation des droits, sous lequel on confondit desmaximes, des principes, des définitions. Du toutcomposa la déclaration célèbre placée en têtee *a constitution de 91. Au reste, il n’y avait làfin un mal, celui de perdre quelques séances à unIe U commun philosophiquè. Mais qui'peut repro-m>cr aux esprits de s’enivrer de leur objet? Qui ae droit de mépriser l’inévitable préoccupation des

P ,e miers instants?

. N était temps de commencer enfin les travaux dea constitution. La fatigue des préliminaires était§ e uérale, et déjà on agitait hors de l’assemblée lesgestions fondamentales. La constitution anglaiseeta it le modèle qui s’offrait naturellement à beau-coup d’esprits, puisqu’elle était la transaction in-mvenuè en Angleterre, à la suite d’un débat sem-

b Ul e ,Cett,

entre le roi, l’aristocratie et le peuple.e constitution consistait essentiellement dans

l’établissement de deux chambres et dans la sanc-tion royale. Les esprits, dans leur premier élan,vont aux idées les plus simples : un peuple quidéclare sa volonté, un roi qui l’exécute, leur pa-raissait la seule forme légitime de gouvernement.Donner à l’aristocratie une part égale à celle de lanation, au moyen d’une chambre haute ; conférerau roi le droit d’annuler la volonté nationale, aumoyen de la sanction, leur semblait une absurdité.La nation veut, le roi fait : les esprits ne sor-taient pas de ces éléments simples, et ils croyaientvouloir la monarchie, parce qu’ils laissaient un roicomme exécuteur des volontés nationales. La mo-narchie réelle , telle qu’elle existe même dans lesÉtats réputés libres, est la domination d’un seul,à laquelle on met des bornes au moyen du con-cours national. La volonté du prince y fait réelle-ment presque tout, et celle de la nation est réduiteà empêcher le mal, soit en disputant sur l’impôt,soit en concourant pour un tiers à la loi. Mais dèsl’instant que la nation peut ordonner tout ce quelleveut, sans que le roi puisse s’y opposer par leveto, le roi n’est plus qu’un magistral. C’est alorsla république avec un seul consul au lieu de plu-sieurs. Le gouvernement de Pologne , quoiqu’il yeût un roi, ne fut jamais nommé une monarchie,mais une république; il y avait aussi un roi àLacédémone .

La monarchie bien entendue exige donc degrandes concessions de la part des esprits. Mais cen’est pas après une longue nullité et dans leur pre-mier enthousiasme, qu’ils sont disposés à les faire.Aussi la république était dans les opinions sans yêtre nommée, et on était républicain sans lecroire.

On ne s’expliqua point nettement dans la dis-cussion : aussi, malgré le génie et le savoir répan-dus dans l’assemblée, la question fut maltraitéeet peu entendue. Les partisans de la constitutionanglaise, Necker, Mounier, Lally, ne surent pasvoir en quoi devait consister la monarchie; etquand ils l’auraient vu, ils n’auraient pas osé direnettement à l’assemblée que la volonté nationalene devait point être toute-puissante, et qu’elle de-vait empêcher plutôt qu’agir. Ils s’épuisèrent àdire qu’il fallait que le roi pût arrêter les usurpa-tions d’une assemblée; que pour bien exécuter laloi, et l’exécuter volontiers, il fallait qu’il y eûtcoopéré ; et qu’enfin il devait exister des rapportsentre les pouvoirs exécutif et législatif. Ces raisonsétaient mauvaises ou tout au moins faibles. Il était