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système, le roi recouvrerait la confiance qu’il avaitaujourd’hui tout à fait perdue.
Certes, les girondins se trouvaient alors bienprès d’atteindre leur but, si véritablement ilsavaientconspiré jusqu’à cet instant et depuis longtempspour la réalisation d’une république ; et l’on vou-drait qu’ils se fussent arrêtés tout à coup au mo-ment de réussir, pour faire donner le ministère àtrois de leurs amis! Voilà ce qui ne peut être ; et ildevient évident que la république ne fut désiréequ’en désespoir de la monarchie, que jamais ellene fut un véritable projet, et que même, à la veillede l’obtenir, ceux qu’on accuse de l’avoir longue-ment préparée ne voulaient pas sacrifier la chosepublique au triomphe de ce système, et consentaientà garder la monarchie constitutionnelle, pourvuqu’elle fût entourée d’assez de sécurité. Les giron-dins, en demandant l’éloignement des troupes,prouvaient assez que le danger actuel seul les oc-cupait; l’attention qu’ils donnaient à l’éducation dudauphin prouve suffisamment encore que la mo-narchie n’était pas pour eux un avenir insuppor-table.
On a prétendu que Brissot , de son côté, avaitfait des propositions pour empêcher la déchéance,et qu’il y avait mis la condition d’une somme très-forte. Celte assertion est de Bertrand de Molle-ville, qui a toujours calomnié par deux raisons :méchanceté de cœur et fausseté d’esprit. Mais iln’en donne aucune preuve; et la pauvreté connuede Brissot , sa conviction exaltée, doivent répondrepour lui. Il ne serait pas impossible sans doute quela cour eût donné de l’argent à l’adresse de Brissot ,mais cela ne prouverait pas que l’argent eût été oudemandé ou reçu par lui. Le fait déjà rapportéplus haut sur la corruption de Pétion promise à lacour par des escrocs, ce fait et beaucoup d’autresdu même genre montrent assez quelle confiance ilfaut ajouter à ces accusations de vénalité, si souvent
et si facilement hasardées. D’ailleurs, quoi qu’ilen puisse être de Brissot , les trois députés Gen-sonné, Guadet , Vergniaud, n’ont pas même étéaccusés, et ils furent les seuls signataires de lalettre remise à Boze.
Le cœur ulcéré du roi était moins capable quejamais d’écouter leurs sages avis. Thierry lui pré-senta la lettre, mais il la repoussa durement, et fitses deux réponses accoutumées, que ce n’était paslui, mais le ministère patriote qui avait provoquéla guerre; et que, quant à la constitution, il l’ob-servait fidèlement, tandis que d’autres mettaienttous leurs soins à la détruire (45). Ces raisons n’é-taient pas très-justes; car, bien qu’il n’eût pasprovoqué la guerre, ce n’en était pas moins undevoir pour lui de la bien soutenir ; et, quant à safidélité scrupuleuse à la lettre de la loi, c’était peuque l’observation du texte, il fallait encore ne pascompromettre la chose même en appelant l'é-tranger.
Il faut sans doute attribuer à l’espérance qu’a-vaient les girondins de voir leurs avis écoutés lesménagements qu’ils gardèrent, lorsqu’on voulutsoulever dans l’assemblée la question de la dé-chéance, tous les jours agitée dans les clubs, dansles groupes et les pétitions. Chaque fois qu’ils ve-naient au nom de la commission des douze parlerdu danger de la patrie et des moyens d’y remédier,remontez à la cause du danger , leur disait-on ;à la cause, répétaient les tribunes. Vergniaud,Brissot et les girondins répondaient que la com-mission avait les yeux sur la cause , et que lors-qu’il en serait temps on la dévoilerait ; mais quepour le moment il fallait ne pas jeter encore unnouveau levain de discorde.
Mais il était décidé que tous les moyens et lesprojets de transactions échoueraient ; et la cata-strophe, prévue et redoutée, arriva bientôt, commenous le verrons ci-après.