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Tome I.
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RÉVOLUTION FRANÇAISE .

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veiller sur ses jours. Pétion fut parfaitement ac-cueilli par l’assemblée, et repartit aussitôt pourcontinuer ses exhortations pacifiques. Les Suisses déposés la veille aux Feuillants étaient menacés.La multitude demandait leur mort à grands cris,en les appelant complices du château et assassinsdu peuple. On parvint à l’apaiser en annonçantque les Suisses seraient jugés, et qu’une cour mar-tiale allait être formée pour punir ce qu’on appelales conspirateurs du 10 août. « Je demande, s’é-» cria le violent Chabot, qu’ils soient conduits àS> l’Abbaye pour être jugés.... Dans la terre de» l’égalité, la loi doit raser toutes les têtes, même» celles qui sont assises sur le trône, s Déjà lesofficiers avaient été transportés à l’Abbaye; les sol-dats le furent à leur tour. Il en coûta des peinesinfinies, et il fallut promettre au peuple de lesjuger promptement.

Comme on le voit l’idée de se venger de tousles défenseurs de la royauté, et de punir en euxles dangers qu’on avait courus, s’emparait déjà desesprits, et bientôt allait faire naître dé cruellesdivisions. En suivant les progrès de l’insurrection,on a déjà remarqué les germes des dissentimentsqui commençaient à s’élever dans le parti popu-laire. On a déjàvu l’assemblée, composée d’hommescultivés et calmes, se trouver en opposition avecles clubs et les municipalités, où se réunissaientdes hommes inférieurs en éducation, en talents,mais qui, par leur position même, leurs mœursmoins élevées, leur ambition ascendante, étaientportés à agir et à précipiter les événements; on avu que la veille du 10 août, Chabot différa d’avisavec Pétion, qui, d’accord avec la majorité de l’as-semblée, voulait qu’on préférât un décret de dé-chéance à une attaque de vive force. Ces hommes,qui avaient conseillé la plus grande énergie pos-sible , se trouvaient donc le lendemain en présencede l’assemblée, fiers d’une victoire remportée pres-que malgré elle, et lui rappelant, avec les expres-sions d’un respect équivoque, qu’elle avait absousLafayelte, et qu’il ne fallait pas qu’elle compromîtencore par sa faiblesse le salut du peuple. Us rem-plissaient la commune, où ils étaient mêlés à desbourgeois ambitieux, à des agitateurs subalternes,à des clubistes; ils occupaient les Jacobins et lesCordeliers, et quelques-uns d’entre eux siégeaientsur les bancs extrêmes du corps législatif. Le ca-pucin Chabot, le plus ardent de tous, passait tourà tour de la tribune de l’assemblée à celle des Jaco-bins, et menaçait toujours des piques et du tocsin.

L’assemblée avait prononcé la suspension, et ceshommes plus exigeants réclamaient la déchéance :en nommant un gouverneur pour le dauphin, elleavait supposé la royauté, et eux voulaient la répu-blique; elle pensait en majorité qu’on devait sedéfendre activement contre l’étranger, mais fairegrâce aux vaincus ; eux soutenaient au contrairequ’il fallait non-seulement résister à l’étranger,mais encore sévir contre ceux qui, retranchés dansle château, avaient voulu massacrer le peuple etamener les Prussiens à Paris . S’élevant dans leurardeur aux idées les plus extrêmes, ils soutenaientque les corps électoraux n’étaient pas nécessairespour former la nouvelle assemblée, mais que tousles citoyens devaient être jugés aptes à voter. Déjàmême un jacobin proposait de donner des droitspolitiques aux femmes. Ils disaient hautement en-fin qu’il fallait que le peuple se présentât en armespour manifester ses volontés au corps législatif.Marat excitait ce débordement des esprits, et pro-voquait à la vengeance, parce qu’il pensait, dansson affreux système, qu’il convenait de purger laFrance. Robespierre , moins par système d’épura-tion, moins par disposition sanguinaire que parenvie contre l’assemblée, élevait contre elle lesre-proches de faiblesse et de royalisme. Prôné par lesjacobins, proposé avant le 10 août comme le dic-tateur nécessaire , il était proclamé aujourd’huicomme le défenseur le plus éloquent et le plusincorruptible des droits du peuple. Danton , nesongeant ni à se faire louer, ni à se faire écouter,et n’ayant jamais aspiré à la dictature, avait néan-moins décidé le 10 août par son audace. Mainte-nant encore, négligeant l’étalage, il ne songeaitqu’à s’emparer du conseil exécutif, dont il étaitmembre, en dominant ou entraînant ses collègues-incapable de haine ou d’envie, il ne nourrissaitaucun mauvais sentiment contre ces députés dontl’éclat offusquait Robespierre , mais il les négligeaitcomme inactifs, et leur préférait ces hommesénergiques des classes inférieures, sur lesquels ücomptait davantage pour maintenir et achever 1®révolution.

Ces divisions n’étaient pas soupçonnées au de-hors de Paris; tout ce que le public de la France avait pu voir, c’était la résistance de rassemblée ades vœux trop ardents, et l’absolution de Lafayett eprononcée malgré la commune et les jacobins-Mais on imputait tout à la majorité royaliste etfe uillanline ; on admirait toujours les girondins, enestimait également Brissot et Robespierre , on ado