cesse et madame Élisabeth, les yeux rouges delarmes, étaient à côté de la reine. Au fond de laloge se trouvaient quelques seigneurs dévoués quin’avaient pas abandonné le malheur. Cinquantehommes pris dans la troupe qui avaient escorté lafamille royale du château à l’assemblée, servaientde garde à cette enceinte. C’est de là que le mo-narque déchu contemplait les dépouilles de sespalais, assistait au démembrement de son antiquepouvoir, et en voyait distribuer les restes aux di-verses autorités populaires.
Le tumulte continuait avec une extrême violence,et, au gré du peuple, ce n’élait pas assez d’avoirsuspendu la royauté, il fallait la détruire. Les pé-titions se succédaient sur ce sujet; et, dans l’at-tente d’une réponse, la multitude s’agitait au dehorsde la salle, en inondait les avenues, en assiégeaitles portes, et deux ou trois fois elle les attaqua siviolemment qu’on les crut enfoncées, et qu’oncraignit pour la famille infortunée dont 1 assem-blée avait reçu le dépôt. Henri Larivière , envoyéavec d’autres commissaires pour calmer le peuple,rentra dans cet instant et s’écria avec force : i Oui,a messieurs, je le sais, je l’ai vu, je l’assure, laa masse du peuple est décidée à périr mille foisa plutôt que de déshonorer la liberté par aucun» acte d’inhumanité; et à coup sûr, il n’est pas unea tête ici présente (et l’on doit m’entendre, ajouta-a t-il) qui ne puisse compter sur la loyauté fran-a çaise. » Ces paroles rassurantes et courageusesfurent applaudies. Vergniaud prit la parole à sontour, et répondit aux pétitionnaires qui deman-daient qu’on changeât la suspension en déchéance :« Je suis charmé, dit-il, qu’on me fournisse l’oc-a casion d’expliquer l’intention de l’assemblée ena présence des citoyens. Elle a décrété la suspen-» sion du pouvoir exécutif, et a nommé une con-a vention qui déciderait irrévocablement la grande» question delà déchéance.En cela, elle s’est ren-» fermée dans ses pouvoirs, qui ne lui permettaienta pas de se faire juge elle-même de la royauté, eta elle a pourvu au salut de lÉtat, en mettant le» pouvoir exécutif dans l’impossibilité de nuire.» Elle a satisfait ainsi à tous les besoins en de-a meurant dans la limite dè ses attributions, a Cesparoles produisirent une impression favorable, etles pétitionnaires eux-mêmes, calmés par elles,se chargèrent d’éclairer et d’apaiser le peuple.
Il fallait mettre fin à cette séance si longue. Ilfut donc ordonné que les effets enlevés au châteauseraient déposés à la commune; que les Suisses et
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toutes les personnes arrêtées seraient ou gardéesaux Feuillants, ou transportées dans diverses mai-sons de détention; enfin que la famille royale se-rait gardée au Luxembourg jusqu’à la réunion dela convention nationale, mais qu’en attendant lespréparatifs nécessaires pour l’y recevoir, elle loge-rait dans le local même de l’assemblée. À une heuredu matin, le samedi H, la famille royale fut trans-portée dans le logement qu’on lui destinait, et quiconsistait en quatre cellules des anciens feuillants.Les seigneurs qui n’avaient pas quitté le roi s’éta-blirent dans la première, le roi dans la seconde,la reine, sa sœur et ses enfants dans les deux au-tres. La femme du concierge servit les princesses,et remplaça le cortège nombreux des dames, qui,la veille encore, se disputaient le soin de leur ser-vice.
La séance fut suspendue à trois heures du matin,Le bruit régnait encore à Paris . Pour éviter lesdésordres, on avait illuminé les environs du châ-teau, et la plus grande partie des citoyens étaientsous les armes.
Telle avait été cette journée célèbre, et ses ré-sultats immédiats. Le roi et sa famille étaient pri-sonniers aux Feuillants, et les trois ministres dis-grâciés replacés en fonctions ; Danton , caché laveille dans un club obscur, se trouvait ministre dela justice; Pétion était consigné chez lui, mais àson nom proclamé avec enthousiasme on ajoutaitcelui de Père du peuple. Marat , sorti de l’obscureretraite où Danton l’avait caché pendant l’attaque,et maintenant armé d’un sabre, se promenait dansParis à la tête du bataillon Marseillais. Robes-pierre , qu’on n’a pas vu figurer pendant ces terri-bles scènes, Robespierre haranguait aux Jacobins ,et entretenait quelques membres restés avec luide l’usage à faire de la victoire, de la nécessité deremplacer l’assemblée actuelle et de mettre La-fayelte en accusation.
Dès le lendemain, il fallut songer encore à cal-mer le peuple soulevé, et ne cessant de massacrerceux qu’il prenait pour des aristocrates fugitifs.L’assemblée reprit sa séance le II, à sept heuresdu matin. La famille royale fut replacée dans laloge du logographe, pour assister aux décisions quiallaient être prises et aux scènes qui allaient sepasser dans le corps législatif. Pétion, délivré etescorté par un peuple nombreux, vint rendrecompte de l’état de Paris , qu’il avait visité, et oùil avait lâché de répandre le calme et l’esprit depaix. Des citoyens s’étaient faits ses gardiens pour