CONVENTION NATIONALE ( -1792).
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Barrère fui interpellé pour qu’il s’expliquât surla manière dont il s’était exprimé à l’égard despetits faiseurs d’émeute; et il se peignit tout en-tier en déclarant qu’il avait voulu, par ces mots,désigner non les chauds patriotes accusés avecRobespierre , mais leurs adversaires.
Ainsi finit cette célèbre accusation. Elle fut unevéritable imprudence. Toute la conduite des giron-dins se caractérise par cette démarche. Ils éprou-vaient une généreuse indignation; ils l’exprimaientavec talent; mais il s’y mêlait assez de ressenti-ments personnels, assez de fausses conjectures, desuppositions chimériques, pour donner à ceux quiaimaient à s’abuser, une raison de ne pas les croire,à ceux qui redoutaient un acte d’énergie, un motifde l’ajourner, à ceux enfin qui affectaient l’im-partialité, un prétexte pour ne pas adopter leursconclusions, et ces trois classes composaient toutela Plaine. Un d’entre ces membres, cependant, lesage Pétion, ne partagea point leurs exagérations;il fit imprimer le discours qu’il avait préparé, etoù toutes choses étaient sagement appréciées. Ver-gniaud, que sa raison et son indolence dédaigneusemettaient au-dessus des passions, était exemptaussi de leurs travers, et il garda un profond si-lence. Dans le moment, l’accusation des girondinsn’eût d’autre résultat que de rendre définitivementtoute réconciliation impossible, d’avoir même usédans un combat inutile le plus puissant et le seulde leurs moyens, la parole et l’indignation; etd’avoir augmenté la haine et la fureur de leurs en-nemis, sans s’être donné une ressource de plus.
Malheur aux vaincus lorsque les vainqueurs sedivisent! Ceux-ci font diversion à leurs propresquerelles, ils cherchent surtout à se surpasser enzèle, en écrasant leurs ennemis abattus. Au Templeétaient des prisonniers sur lesquels allait se dé-charger toute la fougue des passions révolution-naires. La monarchie, l’aristocratie, tout le passéenfin contre lequel la révolution luttait avec fu-reur, se trouvaient comme personnifiés dans lemalheureux Louis XVI . Et la manière dont ontraiterait le prince déchu devait, pour chacun,servir à prouver la manière dont on haïssait lacontre-révolution. La législative, trop rapprochée•le la constitution qui déclarait le roi inviolable,c’avait pas osé décider de son sort; elle lavaitst'spendu et enfermé au Temple; elle n’avait pasmême aboli la royauté, elle avait légué à une con-tention le soin de juger le matériel et le personnel'le la vieille monarchie. La royauté abolie, la ré-
publique décrétée, et le travail de la constitutionconfié aux méditations des esprits les plus distin-gués de l’assemblée, il restait à s’occuper du sortde Louis XVI . Un mois et demi s’était écoulé, etdes soins infinis, la direction des approvisionne-ments, la surveillance des armées, le soin dessubsistances qui manquaient alors comme danstous les temps de troubles, la police et tous lesdétails du gouvernement qu’on n’avait transmis,après la chute de la royauté, à un conseil exécutifqu’avec une extrême défiance, enfin des querellesviolentes, empêchèrent d’abord de s’occuper desprisonniers du Temple. Une fois, il en avait étéquestion, et, comme on Ta vu, la proposition futrenvoyée au comité de législation. En attendant,on en parlait partout. Aux Jacobins, on deman-dait chaque jour le jugement de Louis XVI , eton accusait les girondins de l’écarter par desquerelles, auxquelles cependant chacun prenaitautant de part et d’intérêt qu’eux-mêmes. LeI ct novembre, dans l’intervalle de l’accusation deRobespierre à son apologie, une section s’étantplainte de nouveaux placards provoquant aumeurtre et à la sédition, on réclama, comme on lefaisait toujours, le jugement de Marat . Les giron-dins prétendaient que lui et quelques-uns de sescollègues étaient la cause de tout le désordre, età chaque fait nouveau ils proposaient de les pour-suivre. Leurs ennemis au contraire disaient quela cause des troubles était au Temple ; que la nou-velle république ne serait fondée, et que le calmeet la sécurité n’y régneraient, que quand le ci-devant roi aurait été immolé, et que par ce coupterrible toute espérance aurait été enlevée auxconspirateurs. Jean de Bry , ce député qui, à lalégislative, avait voulu qu’on ne suivît pour règlede conduite que la loi du sahit public , prit laparole à ce sujet, et proposa de juger à la foisMarat et Louis XVI. « Marat , dit-il, a mérité le» titre de mangeur d’hommes ; il serait digne d’être» roi. Il est la cause des troubles dont Louis XVI » est le prétexte : jugeons-les tous les deux, et as-» surons le repos public par ce double exemple. »En conséquence, la convention ordonna que lerapport sur les dénonciations contre Marat luiserait fait séance tenante, et que, sous huit joursau plus tard, le comité de législation donneraitson avis sur les formes à observer dans le juge-ment de Louis XVI . Si après huit jours, le comitén’avait pas présenté son travail, tout membreaurait le droit de se présenter à la tribune pour