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Tome I.
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CONVENTION NATIONALE (1792).

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cavalerie, et les hussards de Berchini, lancés àpropos sur elle, achèvent de la mettre en fuite.Alors Dumouriez , se mettant à la tête de ses ba-taillons, et entonnant avec eux l’hymne des Mar-seillais, les entraîne à sa suite, les porte sur lesretranchements, renverse tout devant lui, etenlève le village de Cuesmes.

Cet exploit à peine terminé, Dumouriez , tou-jours inquiet pour le centre, repart au galop, suivide quelques escadrons. Mais tandis qu’il accourt,le jeune duc de Montpensier arrive à sa rencontre,pour lui annoncer la victoire du centre, due prin-cipalement à son frère le duc de Chartres . Ainsi,Jemmapes, étant envahi par côté et par devant, etCuesmes emporté, Clerfayt ne pouvait plus opposerde résistance et devait se retirer. Il cède donc leterrain après une belle défense, et abandonne àDumouriez une victoire chèrement disputée. Ilétait deux heures; nos troupes, harassées de fati-gue, demandaient un instant de repos : Dumouriez le leur accorde, et fait halle sur les hauteursmêmes de Jemmapes et de Cuesmes. Il comptait,pour la poursuite de l’ennemi, sur d’Harville, quiétait chargé de tourner Berthaimont et d’aller cou-per les derrières des Autrichiens. Mais, l’ordren’étant pas assez clair et ayant été mal compris,d’Harville s’était tenu en présence de Berthaimont,et en avait inutilement canonné les hauteurs.Clerfayt se retira donc sous la protection de Beau-lieu, qui n’avait pas été entamé, et tous deuxprirent la roule de Bruxelles, que d'Harville neleur fermait pas.

La bataille avait coûté aux Autrichiens quinzecents prisonniers, quatre mille cinq cents mortsou blessés, et à peu près autant aux Français .Dumouriez déguisa sa perte, et n’avoua que quel-ques cents hommes. On lui a reproché de n’avoirpas, en marchant sur sa droite, tourné l’ennemi,pour le prendre ainsi par derrière, au lieu des’obstiner à l’attaque de gauche et du centre. Il enavait eu l’idée en ordonnant à d’Harville de longerBerthaimont, mais il ne s’y attacha pas assez. Savivacité, qui souvent empêchait la réflexion, et ledésir d’une action éclatante, lui firent préférer aJemmapes, comme dans toute la campagne, uneattaque de front. Au reste, plein de présence d’es-Pt'it et d’ardeur au milieu de l’action, il avait en-levé nos troupes, et leur avait communiqué uncourage héroïque. L’éclat de cette grande actionf ut prodigieux. La victoire de Jemmapes remplite o un instant la France de joie, et l’Europe d’une

nouvelle surprise. Il fut question partout de cetteartillerie bravée avec tant de sang-froid, de ces re-doutes escaladées avec tant d’audace; on exagéramême le péril et la victoire, et, par toute l’Europe,la faculté de remporter de grandes batailles fut denouveau reconnue aux Français .

A Paris , tous les républicains sincères eurentune grande joie de cette nouvelle, et préparèrentdes fêtes. Le domestique de Dumouriez , le jeuneBaptiste Pienard, fut présenté à la convention, etgratifié par elle d’une couronne civique et d’uneépaulette d’officier. Les girondins, par patriotisme,par justice, applaudirent aux succès du général.Les jacobins , quoique le suspectant, applaudirentaussi par le besoin d’admirer les succès de la révo-lution. Marat seul, reprochant à tous les Français leur engouement, prétendit que Dumouriez avaitdû mentir sur le nombre de ses morts, qu’on n’at-taquait pas une montagne à si peu de frais, qu’iln’avait pris ni bagage ni artillerie, que les Autri-chiens s’en allaient tranquillement, que c’était uneretraite plutôt qu’une défaite, que Dumouriez au-rait pu prendre l’ennemi autrement; mêlant à celtesagacité une atroce fureur de calomnie, il ajoutaitque cette attaque de front n’avait eu lieu que pourimmoler les braves bataillons de Paris ; que sescollègues à la convention, aux Jacobins, tous lesFrançais enfin, si prompts à admirer,étaient desétourdis ; et que pour lui, il déclarerait Dumouriez un bon général, quand toute la Belgique seraitsoumise, sans qu’un seul Autrichien s’en échap-pât; et un bon patriote, lorsque la Belgique seraitprofondément révolutionnée et rendue tout à faitlibre. — Vous autres Français , disait-il, avec celtedisposition à tout admirer sur-le-champ, vous êtesexposés à revenir aussi promptement. Un jourvous proscrivez Montesquiou; on vous apprendqu’il a conquis la Savoie , vous l’applaudissez: vousle proscrivez de nouveau, et vous devenez la riséegénérale par ces allées et venues. « Pour moi, je» me défie, et j’accuse toujours; et quant aux in-» convénients de celte disposition, ils sont incom-» parablement moindres que ceux de la dispositionj contraire, car jamais ils ne compromettent led salut public. Sans doute ils peuvent m’exposer à» me méprendre sur le compte de quelques indi-i vidus; mais, vu la corruption du siècle, et la» multitude d’ennemis par éducation, par prin-» cipes et par intérêt, pour toute liberté, il y a» mille à parier contre un que je ne prendrai pas» le change, en les considérant d’emblée comme