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Tome I.
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230 RÉVOLUTION

» des intrigants et des fripons publics tout prêts» à machiner. Je suis donc mille fois moins exposé» à être trompé sur le compte des fonctionnaires» publics ; et, tandis que la funeste confiance que» l’on a en eux les met à même de tramer contrei> la patrie avec autant d’audace que de sécurité,

» la défiance éternelle dont le public les environ-» nerait, d’après mes principes, ne leur permet-» trait pas de faire un pas sans trembler d’être» démasqués ou punis *. »

Cette bataille venait d’ouvrir la Belgique auxFrançais ; mais là, d’étranges difficultés se présen-taient à Dumouriez , et deux tableaux frappantsvont s’offrir : sur le territoire conquis, la révolu-tion française agissant sur les révolutions voisinespour les hâter ou se les assimiler; et dans notrearmée, la démagogie pénétrant dans les adminis-trations, et les désorganisant pour les épurer.

Il y avait en Belgique plusieurs partis : le pre-mier, celui de la domination autrichienne, n’exis-tait que dans les armées impériales chassées parDumouriez ; le second , composé de toute la nation,nobles, prêtres, magistrats, peuple, repoussaitunanimement le joug étranger, et voulait l’indé-pendance de la nation belge; mais celui-ci se sous-divisait en deux autres : les prêtres et les privi-légiés voulaient conserver les anciens états, lesanciennes institutions, les démarcations de classeset de provinces, tout enfin, excepté la dominationautrichienne, et ils avaient pour eux une partie dela population, encore très-superstitieuse et très-atlachée au clergé : enfin les démagogues ou jaco-bins belges voulaient une révolution complète, etla souveraineté du peuple. Ceux-ci demandaient leniveau français et l’égalité absolue. Ainsi chacunadoptait de la révolution ce qui lui convenait; lesprivilégiés n’y cherchaient que leur ancien état;les plébéiens voulaient la démagogie et le règne dela multitude. Entre les divers partis, on conçoitque Dumouriez , par ses goûts, devait garder unmilieu. Repoussant l’Autriche qu’il combattait avecses soldats, condamnant les prétentions exclusivesdes privilégiés, il ne voulait cependant pas trans-porter à Bruxelles les jacobins de Paris , et y fairenaître des Chabot et des Marat . Son but était donc,en ménageant l’ancienne organisation du pays, deréformer ce qu’elle avait de trop féodal. La partieéclairée de la population se prêtait bien à ces vues;

* Journal de la République française , par Marat , l’Amidu peuple, no 43, du lundi 12 novembre 1792.

FRANÇAISE.

mais il était difficile d’en faire un ensemble, àcause du peu d’union des villes et des provinces;et, de plus, en la formant en assemblée, on l’ex-posait à être vaincue par le parti violent. Dans lecas où il pourrait réussir, Dumouriez songeait,soit par une alliance, soit par une réunion, à rat-tacher la Belgique à l’empire français, et à com-pléter ainsi notre territoire. Il aurait désiré surtoutempêcher les dilapidations, s’assurer les immensesressources de la contrée pour la guerre, et n’in-disposer aucune classe, pour ne pas faire dévorerson armée par une insurrection. 11 songeait prin-cipalement à ménager le clergé, qui avait encoreune grande influence sur l’esprit du peuple. Ilvoulait enfin des choses que l’expérience des ré-volutions démontre impossibles, et auxquellestout le génie administratif et politique doit re-noncer d’avance avec une entière résignation. Onverra plus tard se développer ses plans et sesprojets.

En entrant en Belgique , il promit, par une pro-clamation, de respecter les propriétés, les per-sonnes et l’indépendance nationale. Il ordonna quetout fût maintenu, que les autorités demeurassenten fonctions, que les impôts continuassent d’êtreperçus, et que sur-le-champ des assemblées pri-maires fussent réunies, pour former une conventionnationale qui déciderait du sort de la Belgique .

Des difficultés bien autrement graves se prépa-raient pour lui. Des motifs de politique, de bienpublic, d’humanité, pouvaient lui faire désirer enBelgique une révolution prudente et mesurée, maisil avait à faire vivre son armée, et c’était ici sonaffaire personnelle. 11 était général, et avant toutobligé d’être victorieux. Pour cela il lui fallait dela discipline et des ressources. Entré à Mons le7 novembre au matin, au milieu de la joie des Bra-bançons qui lui décernèrent une couronne, ainsiqu’au brave Dampierre, il se trouva dans les plusgrands embarras. Ses commissaires des guerresétaient à Valenciennes ; rien de ce qu’on lui avaitpromis n’arrivait. Il lui fallait des vêtements pourses soldats à moitié nus, des vivres, des chevauxpour son artillerie, des charrois très-actifs pourseconder le mouvement de l’invasion, surtout dansun pays où les transports étaient extrêmement dif-ficiles; enfin du numéraire pour payer leslroupes>parce qu’en Belgique on n’acceptait pas volontiersles assignats. Les émigrés en avaient répandu unegrande quantité de faux et les avaient ainsi dis-crédités; d’ailleurs, aucun peuple n’aime à parti-