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Tome I.
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RÉVOLUTION FRANÇAISE.

contenir, et eut le temps d'être secouru par sessoldats, qui, apprenant sa position critique, ac-couraient en toute hâte pour le dégager.

Il entra le 14 dans Bruxelles , et y fut arrêté denouveau par des embarras administratifs, n’ayantni numéraire ni aucune des ressources nécessairesà l’entretien de ses troupes. Il apprit là que le mi-nistère avait refusé de consentir ses derniers mar-chés, excepté un seul, et que toutes les anciennesadministrations militaires étaient renouvelées etremplacées par un comité dit des achats. Ce co-mité avait seul, à l’avenir, le droit d’acheter pourl’entretien des armées, sans qu’il fût permis auxgénéraux de s’en mêler aucunement. C’était là lecommencement d’une révolution qui se préparaitdans les administrations, et qui allait les livrerpour un temps à une désorganisation complète.

Les administrations qui exigent une longue pra-tique ou une application spéciale sont ordinaire-ment celles où une révolution pénètre le plustard, parce qu’elles excitent moins l’ambition, etque d’ailleurs la nécessité d’y conserver des sujetscapables lés garantit de la fureur des renouvelle-ments. Ainsi on n’aVait opéré presque aucun chan-gement dans les étals-majors, dans les corpssavants de l’armée, dans les bureaux des diversministères, dans les anciennes régies des vivres,et surtout dans la marine, qui est de toutes lesparties de l’art militaire celle qui exige les con-naissances les plus spéciales. Aussi ne manquait-on pas de crier contre les aristocrates dont cescorps étaient remplis, et on reprochait au conseilexécutif de ne pas les renouveler. L’administra-tion qui soulevait le plus d’irritation était celledes vivres. On adressait de justes reproches auxfournisseurs, qui, par disposition d’état, et sur-tout à la faveur de ce moment de désordre, exi-geant dans tous leurs marchés des prix exorbi-tants, donnaient les plus mauvaises marchandisesaux troupes, et volaient l’État avec impudence. Iln’y avait qu’un cri de toutes parts contre leursexactions. Ils avaient surtout un adversaire inexo-rable dans le député Cambon de Montpellier . Pas-sionné pour les matières de finances et d’économiepublique, ce député s’était acquis un grand ascen-dant dans les discussions de ce genre, et jouissaitde toute la confiance de l’assemblée. Quoique dé-mocrate prononcé, il n’avait cessé de tonner contreles exactions de la commune, et il surprenait ceuxqui ne comprenaient pas qu’il poursuivît commefinancier les désordres qu’il aurait peut-être ex-

cusés comme jacobin. 11 se déchaînait avec uneplus grande énergieencore contrôles fournisseurs,et les poursuivait avec toute la fougue de son ca-ractère. Chaque jour, il dénonçait de nouvellesfraudes, en réclamait la répression, et tout lemonde à cet égard était d’accord avec lui. Leshommes honnêtes voulaient punir des fripons, lesjacobins voulaient persécuter des aristocrates, etles intrigants rendre des places vacantes

On eut donc l’idée de former un comité com-posé de quelques individus chargés de faire tousles achats pour le compte de la république. Onpensa que ce comité, unique et responsable,épargnerait à l’État les fraudes de cette multitudede fournisseurs isolés, et qu’achetant seul pourtoutes les administrations, il ne ferait plus haus-ser les prix par la concurrence, comme il arrivaitlorsque chaque ministère, chaque armée, trai-taient individuellement, pour leurs besoins res-pectifs. Cette institution fut établie de l’avis detous les ministres, et Cambon surtout en était leplus grand partisan, parce que cette forme nou-velle et simple convenait à son esprit absolu. Onsignifia donc à Dumouriez qu’il n’aurait plus au-cun marché à passer, et on lui ordonna d’annulerceux qu’il venait de signer. On supprima en mêmetemps les caisses des régisseurs, et on poussa larigueur de l’exécution jusqu’à faire des difficultéspour acquitter à la trésorerie nationale, un prêtqu’un négociant belge avait fait à l’armée sur unbon de Dumouriez .

Cette révolution dans l’administration des vi-vres, dont le motif était louable, concourait mal-heureusement avec des circonstances qui allaienten rendre les effets désastreux. Pendant son mi-nistère, Servan avait cru pourvoir aux premiersbesoins des troupes hâtivement rassemblées dansla Champagne , et c’était beaucoup d’avoir suffi auxembarras du premier moment. Mais, après la cam-pagne de TArgonne, les approvisionnements faitsavec tant de peine se trouvaient épuisés; les vo-lontaires, partis de chez eux avec un seul habit,étaient presque nus, de sorte qu’il fallait fournit'un équipement complet à chacune des armées, etsuffire à ce renouvellement de tout le matériel,au milieu de l’hiver et malgré la rapidité de l’ in 'vasion en Belgique . Le successeur de Servan,Pache, était donc chargé d’une tâche immense, etmalheureusement, avec beaucoup d’esprit et d ap-plication, il avait un caractère souple et faiblequi, le portant à plaire à tout le monde, surtout