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RÉVOLUTION FRANÇAISE.
tuait à leurs écrits violents d’autres écrits pleinsde modération, qui produisaient partout le meil-leur effet. Il veillait à toutes les propriétés d’émi-grés échues à l’État, donnait un grand soin auxsubsistances, réprimait les désordres dont ellesétaient l’occasion, et se multipliait en quelquesorte pour opposer aux passions révolutionnairesla loi et la force quant il le pouvait. On conçoitquelle différence les jacobins devaient mettre en-tre Paclie et Roland. Les familles des deux minis-tres contribuaient elles-mêmes à rendre celte dif-férence plus sensible. La femme, les filles de Fa-cile allaient dans les clubs, dans les sections, pa-raissaient même dans les casernes des fédérés,qu’on voulait gagner à la cause, et se distinguaientpar un bas jacobinisme de cette épouse de Roland,polie et fière, et surtout entourée de ces orateurssi brillants et si odieux.
Paclie et Roland étaient donc les deux hommesautour desquels on se rangeait dans le conseil.Clavière, aux finances , quoiqu’il fût souventbrouillé avec tous les autres, par l’extrême irasci-bilité de son caractère, revenait toujours à Rolandquand il était apaisé. Lebrun, faible, mais attachéaux girondins par ses lumières, travaillait beau-coup avec Brissot ; et les jacobins, appelant cedernier un intrigant, disaient qu’il était maître detout le gouvernement, parce qu’il aidait Lebrundans les travaux de la diplomatie. Garat, en con-templant les partis d’une hauteur métaphysique,se contentait de les juger, et ne se croyait pas tenude les combattre. Il semblait se croire dispensé desoutenir les girondins, parce qu’il leur découvraitdes torts, et scfaisait de son inertie une véritablesagesse. Cependant, les jacobins acceptaient laneutralité d’un esprit aussi distingué, comme unprécieux avantage, et le payaient de quelques élo-ges. Monge enfin, esprit mathématique, patrioteprononcé, peu disposé pour les théories un peuvagues des girondins , suivait l’exemple de Paclie,laissait envahir son ministère par les jacobins, etsans désavouer les girondins auxquels il devait sonélévation, recevait les éloges de leurs adversaires,et partageait la popularité du ministre delà guerre.
Ainsi, trouvant deux complaisants dans Pachecl Monge, un idéologue indifférent dans Garat,mais un adversaire inexorable dans Roland, quiralliait à lui Lebrun et Clavière, et souvent rame-nait les autres, le parti jacobin n’avait pas encorele gouvernement de l’État, et répétait partout qu’iln’y avait qu’un roi de moins dans le nouvel ordre
de choses, mais qu’à part cela, c’était le mêmedespotisme, les mêmes intrigues et les mêmes tra-hisons. Il disait que la révolution ne serait com-plète et sans retour que lorsqu’on aurait détruitl’auteur secret de toutes les machinations et detoutes les résistances, enfermé au Temple.
On voit quelles étaient les forces respectives despartis, et l’état de la révolution à l’instant où futcommencé le procès de Louis XVI . Ce prince avecsa famille habitait la grande tour du Temple. Lacommune, ayant la disposition de la force armée etle soin de la police dans la capitale, avait aussi lagarde du Temple, et c’est à son autorité ombra-geuse, inquiète et peu généreuse, que la familleroyale était soumise. Cette famille infortunée étantgardée par une classe d’hommes bien inférieure àcelle dont se composait la convention, ne devaits’attendre ni à la modération ni aux égards quel’éducation et des mœurs polies inspirent toujourspour le malheur.Elle avait d’abord été placée dansla petite tour; mais elle fut ensuite transportéedans la grande, parce qu’on jugea que la surveil-lance en serait plus facile et plus sûre. Le roi oc-cupait un étage, et les princesses avec les enfantsen occupaient un autre. On les réunissait pendantle jour, et on leur permettait de passer ensembleles tristes instants de leur captivité. Un seul do-mestique avait obtenu la permission de les suivredans leur prison : c’était le fidèle Cléry, qui,échappé aux massacres du 10 août, était rentré aumilieu de Paris , pour servir dans leur infortuneceux qu’il avait servis*jadis dans l’éclat de leurtoute-puissance. Il était levé dès le commencementdu jour, et se multipliait pour remplacer auprès deses maîtres les nombreux serviteurs qui les entou-raient autrefois. On déjeunait à neuf heures dansla chambre du roi. A dix heures, toute la famillese réunissait chez la reine. Louis XVI s’occupaitalors de l’éducation de son fils. Il lui faisait ap-prendre quelques vers de Racine et de Corneille,et ensuite il lui donnait les premières notions dela géographie, science qu’il avait cultivée lui-mêmeavec beaucoup d’ardeur et de succès. La reine, deson côté, travaillait à l’éducation de sa fille, et puiss’occupait avec sa sœur à des ouvrages de tapisse-rie. A une heure, quand le temps était beau, fofamille tout entière était conduite dans les jardinspour y respirer l’air, et y faire une courte prome-nade. Plusieurs municipaux et officiers de gardel’accompagnaient, et, suivant les occasions, elletrouvait quelquefois des visages humains et alten-