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CONVENTION NATIONALE (1792)-.
dris, quelquefois durs et méprisants. Les hommespeu cultivés sont peu généreux, et chez eux, lagrandeur n’est pas pardonnée aussitôt qu’elle estabattue. Qu’on se figure des artisans grossiers, sanslumières, maîtres de celte famille dont ils se re-prochaient d’avoir si longtemps souffert le pouvoiret alimenté le luxe, et on concevra quelles bassesvengeances ils devaient quelquefois exercer surelle ! Souvent le roi et la reine entendaient decruels propos, et retrouvaient, sur les murs descours et des corridors, l’expression d’une haineque l’ancien gouvernement avait fréquemment mé-ritée, mais que Louis XVI ni son épouse n’avaientrien fait pour inspirer. Cependant, ils trouvaientparfois un soulagement dans de furtives expressionsd’intérêt, et ils continuaient ces promenades dou-loureuses à cause de leurs enfants, auxquelsl’exercice était nécessaire. Tandis qu’ils parcou-raient tristement cette cour du Temple, ils aper-cevaient aux fenêtres des maisons voisines unefoule d’anciens sujets encore attachés à leurs maî-tres, et qui venaient contempler l’espace étroit oùétait enfermé le monarque déchu. A deux heures,la promenade finissait, et on servait le dîner. Aprèsle dîner, le roi prenait quelque repos; pendant sonsommeil, son épouse, sa sœur et sa fille travail-laient en silence, et Cléry, dans une autre salle,exerçait le jeune prince à des jeux de son âge. Onfaisait ensuite une lecture en commun, on soupait,et chacun rentrait dans son appartement, après unadieu pénible, car ils ne se quittaient jamais sansdouleur. Le roi lisait encore pendant plusieursheures. Montesquieu, Buffon, l’historien Hume ,l’Imitation de Jésus-Christ, quelques classiqueslatins et italiens formaient ses lectures habituelles.Il avait achevé environ deux cent cinquante vo-lumes à sa sortie du Temple.
Telle était la vie de ce monarque pendant satriste captivité. Rendu à la vie privée, il était renduà toutes ses vertus, et devenait digne de l’estimede tous les cœurs honnêtes. Ses ennemis eux-mêmes, en le voyant si simple, si calme, si pur,n’auraient pu se défendre d une émotion involon-taire, et auraient, en faveur des vertus de 1 homme,pardonné aux torts du prince.
La commune, extrêmement méfiante, employaitles plus gênantes précautions. Des officiers muni-cipaux ne perdaient jamais de vue aucune despersonnes de la famille royale, et, au momentseul du coucher, ils consentaient à en être séparésPar une porte fermée. Alors ils plaçaient un lit à
l’entrée de chaque appartement, de manière a enfermer la sortie, et y passaient la nuit. Santerre,avec son état-major, faisait chaque jour une visitegénérale dans toute la tour, et en rendait un compterégulier. Les officiers municipaux de garde for-maient une espèce de conseil permanent, qui,placé dans une salle de la tour, était chargé dedonner des ordres, et de répondre à toutes les de-mandes des prisonniers. D’abord on avait laissédans la prison, encre, papier et plumes; maisbientôt on enleva tous ces objets, ainsi que tousles instruments tranchants, comme couteaux, ra-soirs, ciseaux, canifs, et on fit les recherches lesplus minutieuses et les plus offensantes pour dé-couvrir ceux de ces instruments qui auraient puêtre cachés. Ce fut une grande peine pour les prin-cesses, qui dès lors furent privées de leurs ou-vrages de couture, et ne purent plus réparer leursvêtements, déjà dans un assez mauvais état,n’ayant pas été renouvelés depuis la translation auTemple. Dans le sac du château, presque tout cequi tenait à l’usage personnel de la famille royaleavait été détruit. L’épouse de l’ambassadeur d’An-gleterre envoya du linge à la reine, et la commune,sur la demande du roi, en fit faire pour toute lafamille. Quant aux habits et vêtements, ni le roini la reine ne songèrent à en demander; ils enauraient sans doute obtenu s’ils en avaient expriméle désir. Quant à l’argent, on leur remit en sep-tembre une somme de 2000 fr. pour leurs menuesdépenses; mais on ne voulut plus leur en donnerdepuis, parce qu’on craignait l’usage qu’ils enpourraient faire. Une somme était déposée dansles mains de l’administrateur du Temple, et surla demande des prisonniers, on achetait les diversobjets dont ils avaient besoin.
Il ne faut pas exagérer les torts de la naturehumaine, et supposer que , joignant une exécrablebassesse aux fureurs du fanatisme, les gardiensde la famille-prisonnière lui imposassent à plaisird’indignes privations, et voulussent ainsi lui ren-dre plus pénible le souvenir de sa grandeur passée.La méfiance était seule cause de certains refus.Ainsi, tandis que la crainte des complots et descommunications empêchait qu’on leur accordâtplus d’un serviteur dans l’intérieur de la prison, unnombreux domestique était employé à préparerleurs aliments. Treize officiers de bouche remplis-saient la cuisine placée à quelque distance de latour. Les rapports de la dépense du Temple, oùla plus grande décence est observée, où les prison-