Band 
Tome I.
Seite
244
JPEG-Download
 

244

RÉVOLUTION FRANÇAISE.

» roi n’est pas un citoyen, qu’il doit être jugé en» ennemi, que nous avons moins à le juger qu’à le» combattre, et que n’étant pour rien dans le con-» trat qui unit les Français, les formes de la pro-» cédure ne sont point dans la loi civile, mais dansn la loi du droit des gens . »

Ainsi donc Saint-Just ne voit pas dans le procèsune question de justice, mais une question deguerre. « Juger un roi comme un citoyen! Ce mot,» dit-il, étonnera la postérité. Juger, c’est appli-» quer la loi ; une loi est un rapport de justice :» quel rapport de justice y a-t-il donc entre l’hu-» manité et les rois?

» Régner seulement estun attentat, une usurpa-» tion que rien ne peut absoudre, qu’un peuple» est coupable de souffrir, et contre laquelle chaque» homme a un droit tout personnel. On ne peut» régner innocemment, la folie en est trop grande,a II faut traiter cette usurpation comme les rois eux-a mêmes traitent celle de leur prétendue autorité.» Ne fit-on pas le procès à la mémoire de Cromwell » pour avoir usurpé l’autorité de Charles I er ? Et» certes,l’unn’étaitpasplususurpaleurquel’autre;a car lorsqu’un peuple estassezlàchepourse laissera dominer par des tyrans, la domination est les droit du premier venu, et n’est pas plus sacrée,» pas plus légitime sur la tête de l’un que sur cellea de l’autre? a

Passant à la question des formes, Saint-Just n’yvoit que de nouvelles et inconséquentes erreurs.Les formes dans le procès ne sont que de l’hypo-crisie; ce n’est point la manière de procéder qui ajustifié toutes les vengeances connues des peuplescontres les rois, c’est le droit de la force contre laforce...

« Un jour, s’écrie-t-il, on s’étonnera qu’au xviii'» siècle on ait été moins avancé que du temps dea César : là, le tyran fut immolé en plein sénat,» sans autre formalité que vingt-trois coups de poi-a gnard, et sans autre loi que la liberté de Rome .» Et aujourd’hui, on fait avec respect le procèsa d’un homme assassin d’un peuple, pris en 11a-a grant délit!.... a

Envisageant la question sous un autre rapport,tout étranger à Louis XVI , Saint-Just s’élève contrela subtilité et la finesse des esprits, qui nuisent,dit-il, aux grandes choses. La vie de Louis XVI n’est rien, c’est l’esprit dont ses juges vont fairepreuve qui l’inquiète; c’est la mesure qu’ils vontdonner d’eux-mêmes qui le frappe. « Les hommes# qui vont juger Louis ont une république à fon-

» der, et ceux qui attachent quelque importancea au juste châtiment d’un roi ne fonderont jamais

» une république.Depuis le rapport, une cer-

» taine incertitude s’est manifestée. Chacun rap-a proche le procès du roi de ses vues particulières ;» les uns semblent craindre de porter plus tard laa peine de leur courage ; les autres n’ont pointa renoncé à la monarchie; ceux-ci craignent un» exemple de vertu qui serait un lien d’unité...

» Nous nous jugeons tous avec sévérité, je diraia même avec fureur; nous ne songeons qu’à modi-» fier l’énergie du peuple et de la liberté, tandis» qu’on accuse à peine l’ennemi commun, et que» tout le monde , ou rempli de faiblesse, ou cn-» gagé dans le crime, se regarde avant de frapper» le premier coup !

a Citoyens, si le peuple romain, après six centsa ans de vertu et de haine contre les rois, si la» Grande-Bretagne, après Cromwell mort, vit re-» naître les rois malgré son énergie, que ne doi-» vent pas craindre parmi nous les bons citoyens,» amis de la liberté, en voyant la hache tremblera dans nos mains, et un peuple, dès le premier» jour de sa liberté, respecter le souvenir de sesa fers? Quelle république voulez-vous établir aua milieu de nos combats particuliers et de nos fai -a blesses communes?... Je ne perdrai jamais de» vue, que l’esprit avec lequel on jugera le roi seraa le même que celui avec lequel on établira la ré-» publique... La mesure de votre philosophie dansa ce jugement, sera aussi la mesure de votre li-a berté dans la constitution! »

11 était pourtant des esprits qui, moins fanati-sés que Saint-Just, s’ell'orçaient de se placer dansdes rapports plus vrais, et tâchaient d’amener l’as-semblée à considérer les choses sous un point devue plus juste. « Voyez, avait dit Rouzet (séance» du 15 novembre), la véritable situation du roi» dans la constitution de 1791. Il était placé ena présence de la représentation nationale pour ri-» valiser avec elle. N’était-il pas naturel qu’il clier-» chat à recouvrer le plus possible du pouvoir qu’ila avait perdu? N’était-ce pas vous qui lui aviez» ouvert cette lice, et qui l’aviez appelé à y luttera avec la puissance législative ? Eh bien ! dans cette» lice, il a été vaincu; il est seul, désarmé,a abattuauxpiedsdevingl-cinqmillionsd’hommes,» et ces vingt-cinq millions d’hommes auraient» l’inutile lâcheté d’immoler le vaincu ! D’ailleurs,a ajoutait Rouzet, cet éternel penchant à dominer,» penchant qui remplit le cœur de tous leshoinmes,