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Tome I.
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CONVENTION NATIONALE (1792).

» Louis XVI ne l’avait-il pas réprimé dans le sien» plus qu’aucun souverain du inonde? N’a-t-il pas» fait en 1789 un sacrifice volontaire d’une partie» de son aulorité? N’a-t-il pas renoncé à une partie» des droits que ses prédécesseurs s’étaient permis» d’exercer? N’a-t-il pas aboli la servitude dans» ses domaines? N’a-t-il pas appelé dans ses» conseils les ministres philosophes, et jusqu’à» ces empiriques que la voix publique lui dé-» signait ? N’a-t-il pas convoqué les états géné-» raux, et rendu au tiers état une partie de ses» droits ? »

Faure, député de la Seine-Inférieure , avaitmontré plus de hardiesse encore. Se rappelant laconduite de Louis XVI , il avait osé en réveillerle souvenir. « La volonté du peuple, avait-il dit,» aurait pu sévir contre Titus , aussi bien que» contre Néron , et elle aurait pu lui trouver des» crimes, ne fut-ce que ceux commis devant Jéru-» salem. Mais où sont ceux que vous imputez à» Louis XVI ? J’ai mis toute mon attention aux» pièces lues contre lui : je n’y ai trouvé que la» faiblesse d’un homme qui se laisse aller à toutes» les espérances qu’on lui donne de recouvrer son» ancienne autorité; et je soutiens que tous les mo-» narques morts dans leur lit étaient plus coupa-» blés que lui. Le bon Louis XII même, en sacri-t fiant en Italie cinquante mille Français pour sas querelle particulière, était mille fois plus cri-» minel ! Liste civile, véto, choix de ses ministres,

» femmes, parents, courtisans, voilà les séducteurs» de Capet ! et quels séducteurs ! J’invoque Aris-» tide, Épictète ; qu’ils me disent si leur fermeté» eût tenu à de telles épreuves. C’est sur le cœur» des débiles mortels que je fonde mes principes» oumeserreurs. Élevez-vous donc à toute la gran-» deur de la souveraineté nationale; concevez tout» ce qu’une telle puissance doit comporter de ma-» gnanime. Appelez Louis XVI , non comme unj coupable, mais comme un Français , et ditcs-lui:

» Ceux qui t’avaient jadis élevé sur le pavois, et» nommé leur roi, te déposent aujourd’hui : tu» avais promis d’être leur père, et tu ne le fus

» pas.Répare, par tes vertus comme citoyen,

» la conduite que tu as tenue comme roi. »

Dans l’extraordinaire exaltation des esprits,chacun était conduit à envisager la question sousdes rapports différents. Fauchet, ce prêtre consti-tutionnel qui s’était rendu célèbre en 1789 pouravoir porté dans la chaire le langage de la révolu-tion, avait demandé si la société avait le droit de

porter la peine de mort *. « La société, avait-il» dit, a-t-elle le droit d’arracher à un homme la» vie qu’elle ne lui a pas donnée? Sans doute elle» doit se conserver; mais est-il vrai qu’elle ne le» puisse que par la mort du coupable? Et si elle le» peut par d’autres moyens, n’a-t-elle pas le droit» de les employer? Dans celte cause, ajoutait-il,» plus que dans aucune autre, cette vérité est sur-» tout applicable.Quoi ! c’est pour l’intérêt public,» c’est pour l’affermissement de la république nais-» santé que vous allez immoler Louis XVI ! Mais» sa famille entière mourra-t-elle du même coup» qui le frappera lui-même? D’après le système de» l’hérédité, un roi ne succède-t-il pas immédiate-» ment à un autre? Êtes-vous débarrassés, par la» mort de Louis XVI , des droits qu’une famille» entière croit avoir reçus d’une possession de» plusieurs siècles? La destruction d’un seul est» donc inutile. Au contraire, laissez subsister le» chef actuel qui ferme tout accès aux autres; lais-» sez-le exister avec la haine qu’il inspire à tous» les aristocrates pour ses incertitudes, ses con-» cessions; jaissez-le exister avec sa réputation de» faiblesse, avec l’avilissement de sa défaite, et» vous aurez moins à le craindre que tout autre.» Laissez ce roi détrôné errer dans le vaste sein» de votre république, sans ce cortège de gran-» deur, qui l’entourait; montrez combien un roi» est peu de chose réduit à lui-même; témoignez» un profond dédain pour le souvenir de ce qu’il» fut, et ce souvenir ne sera plus à craindre; vous9 aurez donné une grande leçon aux hommes; vous» aurez fait pour la république, sa sûreté et son» instruction, plus qu’en versant un sang qui ne» vous appartient pas. Quant au fils de Louis XVI ,

9 ajoute Fauchet, s’il peut devenir un homme,

9 nous en ferons un citoyen, comme le jeune». Egalité. Il combattra pour la république, et nous» n’aurons pas peur qu’un seul soldat de la li-» berté le seconde jamais s’il avait la démence de» vouloir devenir un traître à la patrie. Montrons» ainsi aux peuples que nous ne craignons rien ;

» engageons-lcs à nous imiter; que tous ensemble» ils forment un congrès européen, qu’ils dépo-» sent leurs souverains, qu’ils envoient ces êtres» chétifs traîner leur vie obscure le long des répu-» bliques, cl qu’ils leur donnent même de petites» pensions, car ces êtres-là sont si dénués de fa-» cultés que le besoin même ne leur apprendrait

* Séance du 15 novembre.