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RÉVOLUTION FRANÇAISE.
» pas à gagner du pain. Donnez donc ce grand» exemple de l’abolition d’une peine barbare. Sup-» primez ce moyen inique de l’effusion du sang, et» surtout guérissez le peuple du besoin qu’il a dej> le répandre. Tâchez d’apaiser en lui celte soifj> que des hommes pervers voudraient exciter pours s’en servir à bouleverser la république. Songez» que des hommes barbares vous demandent en-» core cent cinquante mille têtes, etqu’après leurn avoir accordé celle du ci-devant roi, vous ne» pourrez leur en refuser aucune. Empêchez des» crimes qui agiteraient pour longtemps le sein dela république, déshonoreraient la liberté, ra-» lentiraient ses progrès, et nuiraient à Taccélé-j ration du bonheur du monde. »
Celte discussion avait duré depuis le 13 jusqu’au50 novembre, et avait excité une agitation géné-rale. Ceux dont le nouvel ordre de choses n’avaitpas entièrement saisi l’imagination, et qui conser-vaient quelque souvenir de 1789, de la bonté dumonarque, de l’amour qu’on lui porta, ne pouvaientcomprendre que ce roi, tout à coup transformé entyran, fût dévoué à l’échafaud. En admettant mêmeses intelligences avec l’étranger, ils imputaientcette faute à sa faiblesse, à ses entours, à cet in-vincible amour du pouvoir héréditaire, et l’idéed’un supplice infâme les révoltait. Cependant, ilsn’osaient pas prendre ouvertement la défense deLouis XVI . Le péril récent auquel nous venionsd’être exposés par l’invasion des Prussiens, l’opi-nion généralement répandue que la cour était lacause secrète de cet envahissement de nos fron-tières, avaient excité une irritation qui retombaitsur l’infortuné monarque, et contre laquelle onn’osait pas s’élever. On se contentait de résisterd’une manière générale contre ceux qui deman-daient des vengeances; on les peignait comme desinstigateurs de troubles, comme des septembri-seurs, qui voulaient couvrir la France de sang etde ruines. Sans défendre nommément Louis XVI ,on demandait la modération envers les ennemisvaincus. On sc recommandait d’être en garde contreune énergie hypocrite, qui, en paraissant défendrela république par des supplices, ne cherchait qu’àl’asservir par la terreur, ou à la compromettre en-vers l’Europe . Les girondins n’avaient pas encorepris la parole. On supposait, plutôt qu’on ne con-naissait leur opinion, et la Montagne, pour avoiroccasion de les accuser, prétendait qu’ils voulaientsauver LouisXVI. Cependant ils étaient incertainsdans cette cause. D’une part, rejetant l’inviolabi-
lité, et regardant Louis XVI comme complice del’invasion étrangère, de l’autre, émus en présenced’une grande infortune, et portés en toute occasionà s’opposera la violence de leurs adversaires, ilsne savaient quel parti prendre, et ils gardaient unsilence équivoque et menaçant.
Une autre question agitait en ce moment les es-prits, et ne produisait pas moins de troubles quela précédente: c’était celle des subsistances, quiavaient été une grande cause de discorde à toutesles époques de la révolution.
On a déjà vu combien d’inquiétudes et de peineselles avaient causé à Bailly et à Necker, pendantles premiers temps de 1789. Les mêmes difficultésse présentaient plus grandes encore à la fin de 1792,accompagnées des mouvements les plus dangereux.La suspension du commerce pour tous les objetsqui ne sont pas de première nécessité, peut bienfaire souffrir l’industrie, et à la longue agir sur lesclasses ouvrières; mais quand le blé, premier ali-ment, vient à manquer, le trouble et le désordres’ensuivent immédiatement. Aussi l’ancienne po-lice avait-elle rangé le soin des subsistances aurang de ses attributions, comme un des objets quiintéressaient le plus la tranquillité publique.
Les blés ne manquaient pas en 1792; mais larécolte avait été retardée par la saison, et en ou-tre le battage des grains avait été différé par ledéfaut de bras. Cependant la plus grande cause dedisette était ailleurs. En 1792 comme en 1789, ledéfaut de sûreté, la crainte du pillage sur les rou-tes , et des vexations dans les marchés, empêchaientles fermiers d’apporter leurs denrées. On avait criéaussitôt à l’accaparement. On s’était élevé surtoutcontre ces riches fermiers qu’on appelait des aris-tocrates, et dont les fermages trop étendus de-vaient, disait-on, être divisés. Plus on s’irritaitcontre eux, moins ils étaient disposés à se mon-trer dans les marchés, et plus la disette augmen-tait. Les assignats avaient aussi contribué à la pro-duire. Beaucoup de fermiers, qui ne vendaientque pour amasser, ne voulaient pas accumuler unpapier variable, et préféraient garder leurs grains.En outre, comme le blé devenait chaque jour plusrare et les assignats plus abondants, la dispropor-tion entre le signe et la chose s’était constammentaccrue et le renchérissement augmentait d’une ma-nière de plus en plus sensible. Par un accident or-dinaire dans toutes les disettes, la prévoyanceétait éveillée par la crainte, chacun voulait fairedes approvisionnements; les familles, les munici-