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CONVENTION NATIONALE (1795).
scène épouvantable avait eu lieu dans Paris . Quel-ques âmes indignées fermentaient çà et là, tandisque la masse, ou indifférente ou terrifiée, demeu-rait immobile. Un garde du corps, nommé Paris ,avait résolu de venger la mort de Louis XVI surl’un de ses juges. Lepelletier-Saint-Fargeau avait,comme beaucoup d’homme de son rang, voté lamort, pour faire oublier sa naissance et sa for-tune. Il avait excité plus d’indignation chez lesroyalistes, à cause même de la classe à laquelle ilappartenait. Le 20 au soir, chez un restaurateurdu Palais-Royal , on le montra au garde du corpsParis , tandis qu’il se mettait à tahle. Le jeunehomme, revêtu d’une grande houppelande, se pré-sente et lui dit : — C’est toi, scélérat de Lcpel-letier, qui as voté la mort du roi? — Oui, répondcelui-ci, mais je ne suis pas un scélérat, j’ai votéselon ma conscience. ■— Tiens, reprend Paris ,voilà pour ta récompense ! Et il lui enfonce sonsabre dans le liane. Lepelletier tombe, et Paris disparaît sans qu’on ait le temps de s’emparer desa personne.
La nouvelle de cet événemement se répand aus-sitôt de toutes parts. On le dénonce à la conven-tion, aux Jacobins, à la commune ; et cette nou-velle donne plus de consistance aux bruits d’uneconspiration des royalistes, tendant à massacrerle côté gauche et à délivrer le roi au pied de l’é-chafaud. Les jacobins se déclarent en permanence,et envoient de nouveaux commissaires à toutes lesautorités, à toutes les sections, pour réveiller lezèle et mettre la population entière sous les armes.
Le lendemain, 21 janvier, cinq heures avaientsonné au Temple. Le roi s’éveille, appelle Cléry,lui demande l’heure, et s’habille avec beaucoupde calme. Il s’applaudit d’avoir retrouvé ses forcesdans le sommeil. Cléry allume du feu, transporteune commode dont il fait un autel. M. Edgeworlhse revêt des ornements pontificaux, et commenceà célébrer la messe; Cléry la sert, et le roi l'en-tend à genoux avec le plus grand recueillement. Ilreçoit ensuite la communion des mains de M. Ed-geworih, et après la messe, il se relève plein deforce, et attend avec calme le moment d’aller à•'échafaud. Il demande des ciseaux pour couper sescheveux lui-même, et se soustraire à cette humi-lité opération faite de la main des bourreaux;mais la commune les lui refuse par défiance.
Dans ce moment, le tambour battait dans la ca-PUale. Tous ceux qui faisaient partie des sectionsurniées se rendaient à leur compagnie avec une
complète soumission; ceux qu’aucune obligationn’appelait à figurer dans cette terrible journée secachaient chez eux. Les portes, les fenêtres étaientfermées, et chacun attendait chez soi la fin de cetriste événement. On disait que quatre ou cinqcents hommes dévoués devaient fondre sur la voi-ture et enlever le roi. La convention, la commune,le conseil exécutif, les jacobins, étaient en séance.
A huit heures du matin, Santerre, avec une dé-putation de la commune, du département et du tri-bunal criminel, se rend au Temple. Louis XVI ,en entendant le bruit, se lève et se dispose à par-tir. Il n’avait pas voulu revoir sa famille pour nepas renouveler la triste scène de la veille. Il chargeCléry de faire pour lui ses adieux à sa femme, àsa sœur et à ses enfants; il lui donne un cachet,des cheveux et divers bijoux, avec commission deles leur remettre. Il lui serre ensuite la main enle remerciant de ses services. Après cela, il s’a-dresse à l’un des municipaux en le priant de trans-mettre son testament à la commune. Ce municipalétait un ancien prêtre, nommé Jacques Roux , quilui répond brutalement qu’il est chargé de le con-duire au supplice et non de faire ses commissions.Un autre s’en charge, et Louis, se retournant versle cortège, donne avec assurance le signal du dé-part.
Des officiers de gendarmerie étaient placés surle devant de la voiture ; le roi et M. Edgeworlhétaient assis dans le fond. Pendant la roule, quifut assez longue, le roi lisait, dans le bréviaire deM. Edgewortb, les prières des agonisants, et lesdeux gendarmes étaient confondus de sa piété etde sa résignation tranquille. Ils avaient, dit-on,la commission de le frapper si la voiture était at-taquée. Cependant aucune démonstration hostilen’eut lieu depuis le Temple jusqu’à la place de laRévolution. Une multitude armée bordait la haie :la voiture s’avançait lentement et au milieu d’unsilence universel. Sur la place de la Révolution,un grand espace avait été laissé vide autour del’échafaud. Des canons environnaient cet espace;les fédérés les plus exaltés étaient placés autourde 1 échafaud, et la vile populace toujours prête àoutrager le génie, la vertu , le malheur, quand onlui en donne le signal, se pressait derrière lesrangs des fédérés, et donnait seule quelques si-gnes extérieurs de satisfaction, tandis que par-tout on ensevelissait au fond de son cœur les sen-timents qu’on éprouvait. Adixheuresdix minutes,la voiture s’arrête, Louis XVI , se levant avec force,