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Tome I.
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RÉVOLUTION FRANÇAISE .

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du conseil exécutif, en fait la lecture. Le premierdéclare Louis XVI coupable d’attentat contre lasûreté générale de l’État, le second le condamne àmort, le troisième rejette tout appel au peuple, lequatrième enfin ordonne l’exécution sous vingt-quatre heures. Louis, promenant sur tous ceuxqui l’entouraient un regard tranquille, prend l’ar-rêt des mains de Grouvelle, l’enferme dans sapoche, et lit à Garat une lettre dans laquelle ildemandait trois jours pour se préparer à mourir,un confesseur pour l’assister dans ses derniers mo-ments, la faculté de voir sa famille, et la permis-sion pour elle de sortir de France . Garat prit lalettre, en promettant d’aller la remettre de suite àla convention. Le roi lui donna en même tempsl’adresse de l’ccclésiastique dont il désirait rece-voir les derniers secours.

Louis XVI rentra avec beaucoup de calme, de-manda à dîner, et mangea comme à l’ordinaire.On avait retiré les couteaux, et on refusait de leslui donner. « Me croit-on assez lâche, dit-il avec» dignité, pour attenter à ma vie? Je suis inno-» cent, et je mourrai sans crainte. » Il fut obligéde se passer de couteau; il acheva son repas,renlra dans son appartement, et attendit avec sang-froid la réponse à sa lettre.

La convention refusa le sursis, mais accordatoutes les autres demandes. Garat envoya chercherM. Edgeworth de Firmont, l’ecclésiastique dontLouis XVI avait fait choix; il le fit monter dans savoiture, et le conduisit lui-même au Temple. Ilarriva à six heures, et se présenta dans la grandetour accompagné de Santerre. Il apprit au roi quela convention lui permettait d’appeler un ministredu culte; et de voir sa famille sans témoins, maisqu’elle rejetait la demande d’un sursis.

Garat ajouta que M. Edgeworth était arrivé,qu’il était dans la salle du conseil, et qu’on allaitl’introduire. Garat se retira, toujours plus surpriset plus touché de la tranquille magnanimité duprince.

A peine introduit auprès du roi, M. Edgeworthvoulut se jeter à ses pieds, mais le roi le relevaaussitôt et versa avec lui des larmes d’attendrisse-ment. Il lui demanda ensuite, avec une vive curio-sité, des nouvelles du clergé de France , de plu-sieurs évêques, et surtout de l’archevêque deParis , et le pria d’assurer ce dernier qu'il mou-rait fidèlement attaché à sa communion. Huit heu-res étant sonnées, il se leva, pria M. Edgeworthd’attendre, et sortit avec émotion , en disant qu’il

allait voir sa famille. Les municipaux, ne voulantpas perdre de vue la personne du roi, même pen-dant qu’il serait avec sa famille, avaient décidéqu’il la verrait dans la salle à manger, qui étaitfermée par une porte vitrée, et dans laquelle onpouvait apercevoir tous ses mouvements sans en-tendre ses paroles. Le roi s’y rendit, et fit placerde l’eau sur une table pour secourir les princesses,si elles en avaient besoin. Il se promenait avecanxiété, attendant le moment douloureux où pa-raîtraient les êtres qui lui étaient si chers. À huitheures et demie, la porte s’ouvrit; la reine, te-nant le dauphin par la main, madame Élisabeth,madame Royale, se précipitèrent dans les bras deLouis XVI , en poussant des sanglots. La porte futfermée, et les municipaux, Cléry, M. Edgeworth,se placèrent devant le vitrage pour être témoinsde celte entrevue déchirante. Ce ne fut pendant lepremier moment qu’une scène de confusion et dedésespoir. Les cris, les lamentations empêchaientde rien distinguer. Enfin les larmes tarirent, laconversation devint plus tranquille, et les prin-cesses tenant toujours le roi embrassé, lui par'lèrent quelque temps à voix basse. Après un en-tretien assez long, mêlé de silence et d’abattement,il se leva pour se soustraire à cette situation dou-loureuse , et promit de les revoir le lendemainmalin à huit heures. — Nous le promettez-vous ?demandèrent avec instance les princesses. — Oui,oui, répondit le roi avec douleur. Dans ce mo-ment, la reine l’avait saisit par le bras, madameÉlisabeth par l’autre; madame Royale tenait sonpère embrassé par le milieu du corps, et le jeuneprince , devant lui, donnait la main à sa mère et asa tante. Au moment de sortir, madame Royaletomba évanouie; on l’emporta aussitôt, et le roiretourna auprès de M. Edgeworth, accablé de celtescène cruelle. Après quelques instants, il parvintà se remettre et recouvra tout son calme.

M. Edgeworth lui offrit alors de lui direla messe,qu’il n’avait pas entendue depuis longtemps. Apre 1 ’quelques difficultés, la commune consentit à cettecérémonie, et on fit demander à l’église voisineles ornements nécessaires pour le lendemain m a 'tin. Le roi se coucha vers minuit, en recomnian'dant à Cléry de l’éveiller avant cinq heures-M. Edgeworth se jeta sur un lit; Cléry resta de-bout près le chevet de son maître, contemplant lesommeil paisible dont il jouissait à la veille del’échafaud.

Pendant que ceci se passait au Temple, une