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Tome I.
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CONVENTION NATIONALE (1703).

crime; mais celte double preuve n’avait satisfaitni rassuré personne. On voyait toujours en eux defaibles républicains et presque des royalistes, etils voyaient toujours dans leurs adversaires desennemis altérés de sang et de carnage. Roland,complètement découragé, non par le danger, maispar l’impossibilité manifeste d’être utile, donna sadémission le 23 janvier. Les jacobins s’en applau-dirent, mais s’écrièrent aussitôt qu’il restait en-core au ministère les traîtres Clavière et Lebrun,dont l’intrigant Brissot s’était rendu maître ; quele mal n’était pas entièrement détruit; qu’il ne fal-lait pas se ralentir, mais au contraire redoubler,de zèle jusqu’à ce qu’on eût écarté du gouverne-ment les intrigants, les girondins, les rolandins,les brissotins, etc... Sur-le-champ, les girondinsdemandèrent la réorganisation du ministère de laguerre, que Pache, par sa faiblesse envers les ja-cobins, avait mis dans l’état le plus déplorable.Après de violentes discussions, Pache fut renvoyécomme incapable. Ainsi les deux chefs qui parta-geaient le ministère, et dont les noms étaient de-venus les deux points opposés de ralliement, fu-rent exclus du gouvernement. La majorité de laconvention crut avoir fait par là quelque chosepour la paix, comme si, en supprimant les nomsdont se servaient les passions ennemies, ces pas-sions elles-mêmes n’eussent pas dû survivre pourtrouver des noms nouveaux et continuer de secombattre. Beurnonville, l’ami de Dumouriez , etsurnommé 1 ’Ajax français , fut appelé à l’adminis-tration de la guerre. Il n’était connu encore despartis que par sa bravoure; mais son attachementà la discipliee allait bientôt le mettre en opposi-tion avec le génie désordonné des jacobins. Aprèsces mesures, on mit à l’ordre du jour les ques-tions de finances, qui étaient les plus importantesdans ce moment suprême où la révolution avait àlutter avec toute l’Europe. En même temps, ondécida que dans quinze jours au plus lard le comitéde constitution ferait son rapport, et qu’immédia-tement après on s’occuperait de l’instruction publi-que. Un grand nombre d’hommes, qui necompre-uaient pas la cause des troubles révolutionnaires,se figuraient que c’était le défaut de lois qui ame-Ila it tous les malheurs de l’Étal, et que la consti-tution remédierait à tous les désordres. Aussi uneScande partie des girondins et tous les membresde la Plaine ne cessaient de demander la constilu-tlor >, et de se plaindre des retards qu’on y appor-en disant que leur mission était de constituer.

Ils le croyaient en effet ; ils s’imaginaient tous qu’ilsn’avaient été appelés que pour ce but, et que cettetâche pouvait être terminée en quelque mois. Ilsn’avaient pas encore compris qu’ils étaient appe-lés, non à constituer, mais à combattre; que leurterrible mission était de défendre la révolutioncontre l’Europe et la Vendée ; que bientôt, decorps délibérant qu’ils étaient, ils allaient se chan-ger en une dictature sanglante, qui tout à la foisproscrirait les ennemis intérieurs, livrerait desbatailles à l’Europe et aux provinces révoltées, etse défendrait en toussenspar la violence ; que leurslois, passagères comme une crise, ne seraient con-sidérées que comme des mouvements de colère ;et que de leur œuvre, la seule chose qui devaitsubsister, c’était la gloire de la défense, uniqueet terrible mission qu’ils avaient reçue de la des-tinée, etqu’ils ne jugeaientpas eux-mêmes encoredevoir être la seule.

Cependant, soit l’accablement causé par unelongue lutte, soit l’unanimité des avis sur lesquestions de guerre, tout le monde étant d’accordpour se défendre, et même pour provoquer l’en-nemi, un peu de calme succéda aux horribles agi-tations produites par le procès de Louis XVI , eton applaudit encore Brissot dans ses rapports di-plomatiques contre les puissances.

Telle était la situation intérieure de la France et l’état des partis qui la divisaient. Sa situation àl’égard de l’Europe était effrayante. C’était unerupture générale avec toutes les puissances. Jus-qu’ici la France n’avait eu encore que trois enne-mis déclarés, le Piémont, l’Autriche et la Prusse.La révolution, partout approuvée des peuples se-lon le degré de leurs lumières, partout odieuseaux gouvernements selon le degré de leurs crain-tes, venait cependant de produire des sensationstoutes nouvelles sur l’opinion du monde, par lesterribles événements du 10 août, des 2 et 3 sep-tembre, et du 21 janvier. Moins dédaignée depuisqu’elle s’était si énergiquement défendue, maismoins estimée depuis qu’elle s’était souillée pardes crimes, elle avait cessé d’intéresser aussi vi-vement les peuples, et d’être considérée avec au-tant de mépris par les gouvernements.

La guerre allait donc devenir générale. On a vul’Autriche , se laissant, par des liaisons de famille,engager dans une guerre peu utile à ses intérêts;on a vu la Prusse, dont l’intérêt naturel était des’allier avec la France contre le chef de l’Empire,se portant, par les raisons les plus frivoles, au