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delà du Rhin , et compromettant ses armées dansl’Argonne ; on a vu Catherine, autrefois philosophe,désertant comme tous les gens de cour la causequ’elle avait d’abord embrassée par vanité, pour-suivre la révolution à la fois par mode et par poli-tique, exciter enfin Gustave, l’empereur d’Autri-che et le roi de Prusse, pour les distraire de laPologne et les rejeter sur l’Occident ; on a vu lePiémont attaquant la France contre ses intérêts,mais par des raisons de parenté et de haine contrela révolution; les petites cours d’Italie , détestantnotre nouvelle république, mais n’osant l’attaquer,la reconnaissant même à la vue de notre pavillon;la Suisse gardant une parfaite neutralité, la Hol-lande et la diète germanique ne s’expliquant pasen-core, mais laissant apercevoir une malveillance pro-fonde, l’Espagne observant une neutralité prudentesous l’influence du sage comte d’Aranda; et enfinl’Angleterre laissant la France se déchirer elle-même, le continent s’épuiser, les colonies se dévas-ter, et abandonnant ainsi le soin de sa vengeanceaux désordres inévitables des révolutions.
La nouvelle impétuosité révolutionnaire allaitdéconcerter toutes ces neutralités calculées. Jus-qu’ici Pitt avait raisonné sa conduite d’une ma-nière assez juste. Dans sa patrie, une demi-révo-lution, qui n’avait régénéré qu’à moitié l’étatsocial, avait laissé subsister une foule d’institu-tions féodales, qui devaient être un objet d’atta-chement pour l’aristocratie et pour la cour, et unobjet de réclamations pour l’opposition. Pitt avaitun double but : premièrement, de modérer la hainearistocratique, de contenir l’esprit de réforme, etde conserver ainsi son ministère en dominant lesdeux partis; secondement, d’accabler la France sous ses propres désastres et sous la haine de tousles gouvernements européens ; il voulait en un motrendre sa patrie maîtresse du monde, et être maî-tre de sa patrie; c’était là le double objet qu’ilpoursuivait, avec l’égoïsme et la force d’esprit d’ungrand homme d’Etat. La neutralité servait à mer-veille ses projets. En empêchant la guerre, il con-tenait la haine aveugle de sa cour pour la liberté;en laissant se développer sans obstacle tous lesexcès de la révolution française, il faisait tous lesjours de sanglantes réponses aux apologistes decelte révolution, réponses qui ne prouvaient rien,mais qui produisaient un effet certain. Au célèbreFox, l’homme le plus éloquent de l’opposition etde l’Angleterre, il répondait en citant les crimesde la France réformée. Burke, déclainateur véhé-
ment, était chargé d’énumérer ces crimes, et s’ac-quittait de ce soin avec une violence absurde; unjour même, il alla jusqu’à jeter de la tribune unpoignard qui, disait-il, était fabriqué parles pro-pagandislesjacobins. Tandis qu’à Paris on accusaitPitt de payer des troubles, à Londres il accusaitles révolutionnaires français de répandre l’argentpour exciter des révolutions, et nos émigrésaccréditaient encore ces bruits en les répétant.Tandis que par cette logique machiavélique ildésenchantait les Anglais de la liberté française,il soulevait l’Europe contre nous, et ses envoyésdisposaient toutes les puissances à la guerre. EnSuisse, il n’avait pas réussi; mais à La Haye , ledocile stathouder, éprouvé par une première ré-volution, se défiant toujours de son peuple, etn’ayant d’autre appui que les Hottes anglaises, luiavait donné toute espèce de satisfaction, et té-moignait , par une foule de démonstrations hostiles,sa malveillance pour la France . C’est surtout enEspagne que Pitt employait le plus d’intriguespour décider cette puissance à la plus grande fautequelle ait jamais commise, celle de se réunir àl’Angleterre contre la France , sa seule alliée mari-time. Les Espagnols avaient été peu émus par no-tre révolution; et c’étaient moins des raisons desûreté et de politique que des raisons de parentéet des répugnances communes à tous les gouverne-ments qui indisposaient le cabinet de Madrid con-tre la république française. Le sage comte d’A-randa, résistant aux intrigues des émigrés, à l’hu-meur de l’aristocratie espagnole , et aux suggestionsde Pitt, avait eu soin de ménager la susceptibilitéde notre nouveau gouvernement. Renversé néan-moins en dernier lieu, et remplacé par don ManuelGodoï, depuis prince de la Paix, il laissait sa mal-heureuse patrie en proie aux plus mauvais conseils.Jusque-là le cabinet de Madrid avait refusé des’expliquer à l’égard de la France ; au moment dujugement définitif de Louis XVI , il offrit la recon-naissance politique et sa médiation auprès de tou-tes les puissances, si on laissaitau monarque dé-trôné la vie sauve. Pour toute réponse, Danton avait proposé la guerre, et l’assemblée adopta l’or-dre du jour. Depuis ce temps, la disposition à laguerre ne fut plus douteuse. La Catalogne se rem-plissait de troupes. Dans tous les ports on armaitavec activité, et une prochaine attaque était réso-lue. Pitt triomphait donc, et sans se déclarer en-core, sans se compromettre trop précipitamment,il se donnait le temps d’élever sa marine à un état