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CONVENTION NATIONALE (1795).
les fonctionnaires destitués, etc. Le désarmementdevait s’opérer par la voie des visites domiciliai-res; et le seul adoucissement apporté à celte me-sure fut que les visites ne pouvaient avoir lieu lanuit. Après s’être ainsi assuré le moyen de pour-suivre et d’atteindre tous ceux qui donnaient lemoindre ombrage, on avait enfin ajouté celui deles frapper de la manière la plus prompte, en in-stallant le tribunal révolutionnaire. C’est sur laproposition de Danton que ce terrible instrumentde la défiance révolutionnaire fut mis en exercice.Cet homme redoutable en avait compris l’abus,mais avait tout sacrifié au but. Il savait que frap-per vite, c’est examiner moins attentivement;qu’examiner moins attentivement, c’est s’exposerà se tromper, surtout en temps de parti; et que setromper, c’est commettre une atroce injustice.Mais, à ses yeux, la révolution était la société ac-célérant son action en toutes choses, en matièrede justice, d’administration et de guerre. — Entemps calme, la société aime mieux, disait-il,laisser échapper le coupable que frapper l’inno-cent, parce que le coupable est peu dangereux;niais à mesure qu’il le devient davantage, elletend davantage aussi à le saisir; et lorsqu’il de-vient si dangereux qu’il pourrait la faire périr, oudu moins quand elle le croit ainsi, elle frappe toutce qui excite ses soupçons, et préfère alors attein-dre un innocent que laisser échapper un coupable.Telle est la dictature, c’est-à-dire l’action violentedans les sociétés menacées; elle est rapide, arbi-traire, fautive, mais irrésistible.
Ainsi la concentration despouvoirs dans la con-vention, l’installation du tribunal révolutionnaire,le commencement de l’inquisition contre les sus-pects, un redoublement de haine contre les dépu-tés qui résistaient à ces moyens extraordinaires,lurent le résultat de la bataille de Neerwinden ,de la retraite delà Belgique , des menaces de Du-tUouriez, et des mouvements de la Vendée .
L’humeur de Dumouriez s’était accrue avec sesI ' e vers. Il venait d’apprendre que l’armée de IIol-Lnde se retirait en désordre, abandonnait Anvers
l’Escaut, en laissant dans Breda et Gertruyden-er g les deux garnisons françaises ; que d Harville"uvait pu garder le château de Namur, et se re-Pliàit surGivet et Maubeuge; que Neuilly enfin,°*n de pouvoir se maintenir à Mons , s’était vu°Lligé de se retirer sur Condé et Valenciennes ,P ftr ce que sa division, au lieu de prendre position8,,r les hauteurs de Nimv, avait pillé les magasins
et pris la fuite. Ainsi, par suite des désordres decette armée, il voyait s’évanouir le projet de for-mer en Belgique un demi-cercle de places fortes,qui aurait passé de Namur en Flandre et en Hol-lande, et au centre duquel il se serait placé pouragir avec plus d’avantage. Il n’avait bientôt plusrien à offrir en échange aux Impériaux, et il tom-bait sous leur dépendance en s’alfaiblissant. Sacolère augmentait en approchant de la France , envoyant les désordres de plus près, en entendantles cris qui s’élevaient contre lui. Déjà il ne se ca-chait plus; et ses paroles, proférées en présencede son état-major, et répétées dansl’armée, annon-çaient les projets qui fermentaient dans sa tête.La sœur du duc d’Orléans et M"‘ c de Sillery,fuyant les proscriptions qui les menaçaient, s’é-taient rendues en Belgique pour chercher une pro-tection auprès de leurs frères. Elles étaient à Ath ,et ce fut un nouvel aliment donné aux soupçons.
Trois envoyés jacobins, un nommé Dubuisson,réfugié de Bruxelles, Proly, fils naturel de Kaunitz ,et Pereyra, juif portugais, se rendirent à Ath ,sous le prétexte faux ou vrai d’une mission de Le-brun. Ils se transportèrent auprès du général enespions du gouvernement, et n’eurent aucune peineà découvrir des projets que Dumouriez ne cachaitplus. Ils le trouvèrent entouré du général Valenceet des fils d’Orléans , furent fort mal reçus, et en-tendirent les paroles les moins flatteuses pour lesjacobins et la convention. Cependant, le lende-main, ils revinrent et obtinrent un entretien se-cret. Cette fois Dumouriez se décela entièrement :il commença par leur dire qu’il était assez fortpour se battre devant et derrière; que la conven-tion était composée de deux cents brigands et desix cents imbéciles, et qu’il se moquait de ses dé-crets, qui bientôt n’auraient plus de valeur quedans la banlieue de Paris. — « Quant au tribunalrévolutionnaire, ajouta-t-il avec une indignationcroissante, je saurai l’empêcher, et tant que j’au-rai trois pouces de fer à mes côtés, cette horreurn’existera jamais. ■»—Ensuite il s’emporta contreles volontaires, qu’il appelait des lâches; il ditqu’il ne voulait plus que des troupes de ligne, etqu’avec elles il irait mettre fin à tous les désordresde Paris. — « Vous ne voulez donc pas de consti-» tution? lui demandent alors les trois interlocu-s teurs. — La nouvelle constitution imaginée :pari Condorcet est trop sotte. — Et que mettrez-vouss à la place? —L’ancienne de 1791, toute mau-» vaise qu’elle est. — Mais il vous faudra un roi,