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Tome I.
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RÉVOLUTION FRANÇAISE.

i et le nom de Louis fait horreur.—Qu’il s’appelle» Louis ou Jacques, peu importe. — Ou Philippe,» reprend l’un des envoyés. Mais comment rem-it placerez-vous l’assemblée actuelle? — Dumou-» riez cherche un moment, puis ajoute : Il y a des» administrations locales, toutes choisies par la» confiance de la nation; et les cinq cents prési-» dents de districts seront les cinq cents représen-» tants.—Maisavant leur réunion, qui aura l’ini-» liative de cette révolution? — Les mameluks,» c’est-à-dire mon armée. Elle émettra ce vœu,» les présidents de district le feront confirmer,» et je ferai la paix avec la coalition, qui, si je ne» m’y oppose, est à Paris dans quinze jours. »

Les trois envoyés, soit, comme l’a cru Dumou-riez, qu’ils vinssent le sonder dans l’intérêt desjacobins, soit qu’ils voulussent l’engager à se dé-voiler davantage, lui suggèrent alors une idée.Pourquoi, lui disent-ils, ne mettrait-il pas les ja-cobins, qui sont un corps délibérant tout préparé,à la place de la convention ? Une indignation mê-lée de mépris éclate à ces mots sur le visage dugénéral, et ils retirent leur proposition. Ils luiparlent alors du danger auquel son projet expose-rait les Bourbons qui sontdétenus au Temple, etauxquels il paraît s’intéresser. Dumouriez répli-que aussitôt que, périraient-ils tous jusqu’au der-nier, à Paris et à Coblentz, la France trouveraitun chef et serait sauvée; qu’au reste, si Paris commettait de nouvelles barbaries sur les infortu-nés prisonniers du Temple, il y seraitsur-le champ,et qu’avec douze mille hommes il en serait le maî-tre. Il n’imiterait pas l’imbécile de Broglie, qui,avec trente mille hommes, avait laissé prendre laBastille; mais avec deux postes, à Nogent et àPont-Saint-Maxence , il ferait mourir les Parisiensdefaim. — « Au reste, ajoute-t-il, vos jacobinspeuvent expier tous leurs crimes ; qu’ils sauventles infortunés prisonniers, et chassent les septcent cinquante-cinq tyrans de la convention, et ilssont pardonnés. »

Ses interlocuteurs lui parlent alors de ses dan-gers.— « Il me reste toujours, dit-il, un temps degalop vers les Autrichiens. — Vous voulez doncpartager le sort de Lafayette? — Je passerai àl’ennemi autrement que lui, et d’ailleurs, lespuissances ont une autre opinion de mes talents,et ne me reprochent pas les 5 et 6 octobre. »

Dumouriez avait raison de ne pas redouter lesort de Lafayette ; on estimait trop ses talents, eton n’estimait pas assez la fermeté de ses principes,

pour l’enfermer à Olmutz . Les trois envoyés lequittèrent en lui disant qu’ils allaient sonder Pa-ris et les jacobins sur ce sujet.

Dumouriez , tout en croyant ses interlocuteursde purs jacobins, ne s’en était pas exprimé avecmoins d’audace. Dans ce moment en effet ses pro-jets devenaient évidents. Les troupes de ligne etles volontaires s’observaient avec défiance, et toutannonçait qu’il allait lever le drapeau de la ré-volte.

Le pouvoir exécutif avait reçu des rapports alar-mants, et le comitéde sûreté générale avait proposéet fait rendre un décretpar lequel Dumouriez étaitmandé à la barre. Quatre commissaires, accompa-gnés du ministre de la guerre, étaient chargés dese transporter à l’armée pour notifier le décret etamener le généralà Paris . Ces quatrecommissairesétaient Bancal, Quinette,Camus et Lamarque.Beur-

nonville s’était joint à eux, et son rôle était diffi-cile à cause de l’amitié qui l’unissait à Dumouriez .

Cette commission partit le 50 mars. Le mêmejour, Dumouriez se porta au champ de Bruille,d’où il menaçait à la fois les trois places importan-tes de Lille , Condé et Valenciennes. Il était fortincertain sur le parti qu’il devait prendre, car sonarmée était partagée. L’artillerie, la troupe deligne, la cavalerie, tous les corps organisés luiparaissaient dévoués; mais les volontaires natio-naux commençaient à murmurer et à se séparerdes autres. Dans celte situation, il ne lui restaitqu’une ressource, c’était de désarmer les volon-taires. Mais il s’exposait à un combat, et l’épreuvoétait difficile, parce que les troupes de ligne pou-vaient avoir de la répugnance à égorger des com-pagnons d’armes. D’ailleurs, parmi ces volontai-res, il y en avait qui s’était fort bien battus, etqui paraissaient lui être attachés. Hésitant surcelte mesure de rigueur, il songea à s’emparer destrois places au centre desquelles il s’était porte-Par leur moyen, il se procurait des vivres, et davait un point d’appui contre l’ennemi dont il sedéfiait toujours. Mais l’opinion était divisée dansces trois places. Les sociétés populaires, aidéesdes volontaires, s’y étaient soulevées contre lu 1 »et menaçaient la troupe de ligne. A Valenciennes et à Lille , les commissaires de la convention exci-taient le zèle des républicains, et dans Condé seu-lement l’influence de la division Neuilly donnai!l’avantage à ses partisans. Parmi les généraux dedivision, Dampierre se conduisait à son égard»comme lui-même avait fait à l’égard de Lafayette