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Tome I.
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CONVENTION NATIONALE (1793).

faire connaître ses actes pour vous mettre à mêmede les apprécier.—De grands murmures couvrentsa voix. Isnard, ne pouvant plus tenir à ce désor-dre, quitte le fauteuil, et il est remplacé par Hé-rault-Séclielles, qui est accueilli par les applau-dissements des tribunes. Il consulte l’assemblée,9ui, entraînée par les menaces et le bruit, vote,au milieu de cette confusion, que la séance seracontinuée.

On introduit les orateurs à la barre ; ils sontsuivis d’une nuée de pétitionnaires. Ils demandent•nsolemment la suppression d’une commissionodieuse et tyrannique, l’élargissement desdétenuset le triomphe de la vertu. — Citoyens, leur ré-pond Hérault-Séchelles, la force de la raison etla force du peuple sont la même chose. —■ Debruyants applaudissements accueillent celte dog-matique absurdité. — Vous demandez justice,ajoute-t-il, la justice est notre premier devoir,e lle vous sera rendue.

D’autres pétitionnaires succèdent aux précé-dents. Divers orateurs prennent ensuite la parole,e t on rédige un projet de décret, par lequel lescitoyens incarcérés par la commission des douzes °nt élargis, la commission des douze est dissoute,et sa conduite livrée à l’examen du comité de sû-r eté générale. La nuit était avancée ; les pétition-naires s’étaient introduits en foule et obstruaientla salle. La nuit, les cris, le tumulte, la foule,l°ut contribuait à augmenter la confusion. Le dé-cret est mis aux voix, et il est rendu sans qu’onPuisse savoir s’il a été voté. Les uns disent que lePrésident n’a pas été entendu, d’autres, que lesv °tes n’ont pas été en nombre suffisant, d’autres®nfin, que les pétitionnaires ont pris la place desdéputés absents, et que le décret est nul. Néan-moins il est proclamé, et les tribunes et les péti-l, °nnaires s’échappent, et vont annoncer à la com-mune, aux sections, aux Jacobins, aux Cordeliers,'me les prisonniers sont élargis, et que la com-mision est cassée.

. Eette nouvelle répandit une grande joie popu-a ‘re et un moment de calme dans Paris . Le visagemême du maire sembla respirer un contentementSln cère de voir les troubles apaisés ! Cependant lesRondins, décidés à combattre en désespérés, eta n e pas céder la victoire à leurs adversaires, sepunissent le lendemain avec la plus brûlante in-itiation. Lanjuinais surtout, qui n’avait pris au-'nue p art aux jj a i nes d’orgueil qui divisaient les

Ux côtés de la convention, et à qui on pardon-

nait son opiniâtreté, parce qu’aucun ressentimentpersonnel ne semblait l’animer, Lanjuinais arriveplein de chaleur et de résolution pour faire honteà l’assemblée de sa faiblesse de la veille. A peineOsselin a-t-il demandé la lecture du décret et sarédaction définitive, pour qu’on puisse élargir sur-le-champ les détenus, que Lanjuinais s’élance à latribune, et demande la parole pour soutenir quele décret est nul et n’a pas été rendu. Des mur-mures violents l’interrompent. « Accordez-moi duj silence, dit-il à la gauche, car je suis décidé à» rester ici, jusqu’à ce que vous m’ayez entendu. »On ne veut entendre Lanjuinais que sur la rédac-tion du décret ; cependant, après des épreuvesdouteuses, il est décidé que, dans le doute,il seraentendu. 11 s’explique alors, et soutient que laquestion qui s’agite est l’une des plus importantespour la sûreté générale. « Plus de cinquante milles citoyens, dit-il, ont été enfermés dans toute lan France par Vos commissaires ; on a fait plus d’ar-# restations arbitraires en un mois que sous l’an-» cien régime dans un siècle, et vous vous plaignez» de ce qu’on ait enfermé deux ou trois hommes» qui prêchent le meurtre et l’anarcbie à deux sous» la feuille! Vos commissaires sont des proconsuls» qui agissent loin de vos yeux, et que vous laissezj agir, et votre commission, placée à côté de vous,» sous votre surveillance immédiate, vous vous en» défiez, vous la supprimez! Dimanche dernier,» on a proposé dans la jacobinière de faire un» massacre dans Paris , on recommence ce soir laj même délibération à l’évêché, on vous en fournits les preuves, on vous les offre, et vous les re-» poussez! Vous protégez des hommes de sang! »

■— Le trouble éclate à ces paroles et couvre la voixde Lanjuinais . On ne peut plus délibérer, s’écrieChambon, il n’y a plus qu’à nous retirer dans nosdépartements. — On assiège vos portes, reprendLanjuinais.—C’est faux, crie la gauche. — Hier,ajoute Lanjuinais de toutes ses forces, vous n’étiezpas libres, vous étiez maîtrisés parles prédicateursdu meurtre. — Legendre, de sa place, élevant alorsla voix, dit; On veut nous faire perdre la séance;je déclare que si Lanjuinais continue à mentir, jevais le jeter à bas de la tribune. — A cette scan-daleuse menace, l’assemblée se soulève, et les tri-bunes applaudissent. Aussitôt Guadet demande queles paroles de Legendre soient conservées dans leprocès-verbal, et connues de toute la France , pourqu’elle sache comment sont traités ses députés.Lanjuinais continuant, soutient que le décret de