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Tome I.
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CONVENTION NATIONALE (1793).

Rabaut Saint-Étienne veut justifier la commis-sion des douze sous le rapport politique, et s’attacheà prouver que rien n’était plus politique que decréer une commission pour découvrir les complotsde Pitt et de l’Autriche , qui payent tous les désor-dres de la France . — A bas ! s’écrie-t-on; ôtez laparole à Rabaut . — Non, s’écrie Bazire, laissez-la lui, c’est un menteur; je prouverai que sa com-mission a organisé dans Paris la guerre civile. —Rabaut veut continuer; Marat demande qu’on in-troduise une députation de la commune. —Laissez-moi donc achever, dit Rabaut . — La commune!— La commune! La commune! s’écrie-t-on dansles tribunes et à la Montagne. — Je déclarerai,reprend Rabaut , que, lorsque j’ai voulu dire lavérité, vous m’avez interrompu. — Eh bien! con-cluez, lui dit-on. Rabaut finit par demander que lacommission soit supprimée, si l’on veut, mais quele comité desalul public soit immédiatement chargéde poursuivre toutes les recherches qu’elle avaitcommencées.

La députation de la commune insurrectionnelleest introduite. « Un grand complot a été formé,dit-elle, mais il est découvert. Le peuple, quis’est soulevé au 14 juillet et au 10 août pour ren-verser la tyrannie, se lève de nouveau pour arrê-ter la contre-révolution. Le conseil général nousenvoie pour vous faire connaître les mesuresqu’il a prises. La première a été de mettre lespropriétés sous la sauvegarde des républicains;la seconde de donner quarante sous par jour auxrépublicains qui resteront en armes; la troisièmede former une commission qui corresponde avecla convention, dans ce moment d’agitation. Le

* conseil général vous demande de fixer à cette

* commission une salle voisine de la vôtre, où elle

* puisse siéger et se concerter avec vous. »

A peine la députation a-t-elle cessé de parlerflue Guadet se présente pour répondre à ses de-mandes. Ce n’était pas celui des girondins dont lav üe était le plus propre à calmer les passions.11 La commune, dit-il > en prétendant quelle a1 découvert un complot, ne s’est trompée que d’un1 mot, c’est qu’elle l’a exécuté. » Les cris des tri-bunes l’interrompent. Vergniaud demande qu’elless °ient évacuées. Un horrible tumulte s’élève, etPédant longtemps on n’entend que des cris con-nus. Le président Mallarmé répète en vain que,mia convention n’est pas respectée, il usera de| autorité que la loi lui donne. Guadet occupe tou-Rmrs la tribune, et parvient à peine à faire enten-

dre une phrase, puis une autre, dans les inter-valles de ce grand désordre. Enfin il demande quela convention interrompe ses délibérations jusqu’àce que sa liberté soit assurée, et que la commis-sion des douze soit chargée de poursuivre sur-le-champ ceux qui ont sonné le tocsin et tiré le canond’alarme. Une telle proposition n’était pas faitepour apaiser le tumulte. Vergniaud veut reparaîtreà la tribune pour ramener un peu de calme, maisune nouvelle députation de la municipalité vientreproduire les réclamations déjà faites. La con-vention pressée de nouveau ne peut plus résister,et décrète que les ouvriers requis pour veiller aurespect de l’ordre public et des propriétés re-cevront quarante sous par jour, et qu’une sallesera donnée aux commissaires des autorités deParis pour se concerter avec le comité de salutpublic.

Après ce décret, Couthon veut répondre à Gua-det , et la journée déjà fort avancée se consumeen discussions sans résultat. Toute la populationde Paris , réunie sous les armes, continue de par-courir la ville avec le plus grand ordre, et dans lamême incertitude. La commune s’occupe à rédigerde nouvelles adresses relatives à la commissiondes douze, et l’assemblée ne cesse pas de s’agiterpour ou contre cette commission. Vergniaud, quivenait de sortir un moment de la salle, et quiavait été témoin du singulier spectacle de tout unepopulation ne sachant quel parti prendre et obéis-sant aveuglément à la première autorité qui s’enemparait, pense qu’il faut profiter de ces disposi-tions, et il fait une motion qui a pour but d’établirune distinction entre les agitateurs et le peupleparisien, et de s’attacher celui-ci par un témoi-gnage de confiance, a Je suis loin, dit-il à l’assem-j blée, d’accuser la majorité ni la minorité dess habitants de Paris ; ce jour servira à faire voir» combien Paris aime la liberté. Il suffit de par-» courir les rues, de voir l’ordre qui y règne, les» nombreuses patrouilles qui y circulent; il suffitt de voir ce beau spectacle pour décréter que Paris j a bien mérité de la patrie! j—A ces mots,toute l’assemblée se lève et déclare par acclama-tions que Paris a bien mérité de la patrie. La Mon-tagne et les tribunes applaudissent, surprises devoir une telle proposition sortir de la bouche deVergniaud. Cette motion était fort adroite sansdoute, mais ce n’était pas avec un témoignage flat-teur qu’on pouvait réveiller le zèle des sections,rallier celles qui désapprouvaient la commune, et