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Tome I.
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CONVENTION NATIONALE ( 1793 ).

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que la détermination qu’elle a prise est impru-dente, qu’il faut terminer une crise dangereuse,en accordant ce qui est demandé, et en mettanten arrestation provisoire les vingt-deux députésaccusés. «Nous irons tous, tous en prison! ts’écrie Laréveillère-Lépeaux. Cambon annoncealors que, dans une demi-heure, le comité de sa-lut public fera son rapport. Le rapport était or-donné sous trois jours, mais le danger, toujoursPlus pressant, avait engagé le comité à se hâter.Harrère se présente en effet à la tribune, et pro-pose l’idée de Garat, qui la veille avait ému tousles membres du comité, que Danton avait em-brassée avec chaleur, que Robespierre avait re-poussée, et qui consistait en un exil volontaire etréciproque des chefs des deux partis. Barrère,ne pouvant pas la proposer aux montagnards, lapropose aux vingt-deux. « Le comité, dit-il, n’a

* eu le temps d’éclaircir aucun fait, d’entendre8 aucun témoin ; mais, vu l’état politique et moral8 de la convention, il croit que la suspension vo-8 lontaire des députés désignés produirait le plus8 heureux effet, et sauverait la république d’une8 crise funeste, dont l’issue est effrayante à pré-8 voir, d

A peine a-t-il achevé de parler qu’Isnard serend le premier à la tribune, et dit que, dès qu’onMettra en balance un homme et la patrie, il n’hé-61 ter a jamais, et que non-seulement il renonce à&es fonctions, mais à la vie, s’il le faut. Lanlhenas•mite l’exemple d’Isnard, et abdique ses fonctions.Eauchet offre sa démission et sa vie à la républi-que. Lanjuinais, qui ne pensait pas qu’il fallûtC( $der, se présente à la tribune, et dit: « Je crois

* que jusqu’à ce moment j’ai montré assez d’éner-

* Ste pour que vous n’attendiez de moi ni suspen-8 sion, ni démission... » A ces mots, des crisdatent dans l’assemblée. Il promène un regardAssuré sur ceux qui l’interrompent. « Le sacrifi-' cateur, s’écrie-t-il, qui traînait jadis une vic-

* l *me à l’autel, la couvrait de fleurs et de

* bandelettes, et ne l’insultait pas... On veut le5 sacrifice de nos pouvoirs, mais les sacrifices8 doivent être libres, et nous ne le sommes pas!

* On ne peut ni sortir d’ici, ni se mettre aux fé-8 uêtres; les canons sont braqués, on ne peut8 ^mettre aucun vœu, et je me tais. 9 BarbarouxAccède à Lanjuinais, et refuse avec autant dec °Urage l a démission qu’on lui demande. « Si la8 invention, dit-il, ordonne ma démissionne me

* soumettrai ; mais comment puis-je me démettre

jt de mes pouvoirs, lorsqu’une foule de départe-» ments m’écrivent et m’assurent que j’en ai bien» usé, et m’engagent à en user encore? J’ai juré» de mourir à mon poste, et je tiendrai mon ser-» ment. » Dusaulx offre sa démission. « Quoi!» s’écrie Marat , doit-on donner à des coupables» l’honneur du dévouement? Il faut être pur pour9 offrir des sacrifices à la patrie ; c’est à moi, vrai9 martyr, à me dévouer ; j’offre donc ma suspen-9 sion du moment que vous aurez ordonné la mise9 en arrestation des députés accusés. Mais, ajoute9 Marat , la liste est mal faite; au lieu du vieux9 radoteur Dusaulx, du pauvre d’esprit Lanthe-» nas, et de Ducos, coupable seulement de quel-9 ques opinions erronées, il faut y placer Fermont9 et Valazé , qui méritent d’y être et qui n’y sont9 pas. 9

Dans le moment, un grand bruit se fait entendreaux portes de la salle. Lacroix entre tout agité, etpoussant des cris; il dit lui-même qu’on n’est pluslibre, qu’il a voulu sortir de la salle, et qu’il nel’a pas pu. Quoique montagnard et partisan del’arrestation des vingt-deux, Lacroix était indignéde l’attentat de la commune, qui faisait consignerles députés dans le Palais-National.

Depuis le refus de statuer sur la pétition do lacommune, la consigne avait été donnée, à toutesles portes, de ne plus laisser sortir un seul député.Plusieurs avaient vainement essayé de s’évader;Gorsas seul était parvenu à s’échapper, et il étaitallé engager les girondins, restés chez Meilhan, àse cacher où ils pourraient, et à ne pas se rendreà l’assemblée. Tous ceux qui essayèrent de sortirfurent forcément retenus. Boissy-d’Anglas se pré-sente à une porte, reçoit les plus mauvais traite-ments, et rentre en montrant ses vêtements dé-chirés. A cette vue, toute l’assemblée s’indigne,et la Montagne elle-même s’étonne. On mande lesauteurs de celte consigne, et on rend un décretillusoire qui appelle à la barre le commandant dela force armée.

Barrère prenant alors la parole, et s’exprimantavec une énergie qui ne lui était pas ordinaire, ditque l’assemblée n’est pas libre, qu’elle délibèresous l’empire de tyrans cachés, que dans le comitéinsurrectionnel se trouvent des hommes dont onne peut pas répondre, des étrangers suspects, telsque l’Espagnol Gusman et autres; qu’à la porte dela salle on distribue des assignats de cinq livresaux bataillons destinés pour ht Vendée , et qu’ilfaut s’assurer si la convention est respectée encore