340
RÉVOLUTION FRANÇAISE.
militaire capable d’imposer aux imaginations. Dèsle matin, on avait fait rentrer dans Paris les ba-taillons dont le départ pour la Vendée avait étéretardé; on les avait irrités en leur persuadantqu’on venait de découvrir des complots dont leschefs étaient dans la convention, et qu’il fallaitles en arracher. On assure qu’à ces raisons onajouta des assignats de cent sous. Ces bataillonsainsi entraînés, marchèrent des Champs Ëlysées à la Madelaine, de la Madelaine au boulevard, etdu boulevard au Carrousel , prêts à exécuter toutce que les conjurés voudraient leur prescrire.
Ainsi la convention, serrée à peine par quelquesmille forcenés, semblait assiégée par quatre-vingtmille hommes. Mais quoiqu’elle ne fût réellementpas assiégée, elle n’en courait pas moins de dan-ger , car les quelques mille hommes qui l’entou-raient étaient disposés à se livrer contre elle auxderniers excès.
Les députés de tous les côtés se trouvaient à laséance. La Montagne, la Plaine, le côté droit, oc-cupaient leurs bancs. Les députés proscrits, réu-nis en grande partie chez Meilhan, où ils avaientpassé la nuit, voulaient se rendre aussi à leurposte. Buzot faisait des efforts pour se détacher deceux qui le retenaient, et aller expirer au sein dela convention. Cependant on était parvenu à l’enempêcher. Barbaroux seul, réussissant à s’échap-per, vint à la convention pour déployer dans cettejournée un sublime courage. On engagea les au-tres à rester unis dans leur asile, en attendantl’issue de cette séance terrible.
La séance de la convention commence, et Lan-juinais, résolu aux derniers efforts pour faire res-pecter la représentation nationale, Lanjuinais,que ni les tribunes, ni la Montagne, ni l’immi-nence du danger, ne peuvent intimider, est lepremier à demander la parole. A sa demande, lesmurmures les plus violents retentissent. « Je viens,n dit-il, vous occuper des moyens d’arrêter les» nouveaux mouvements qui vous menacent ! » —c A bas! à bas! s’écrie-t-on, il veut amener la» guerre civile. » — « Tant qu’il sera permis, re-» prend Lanjuinais, de faire entendre ici sa voix,s je ne laisserai pas avilir dans ma personne le# caractère de représentant du peuple! Jusqu’ici;i vous n’avez rien fait, vous avez tout souffert;j vous avez sanctionné tout ce qu’on a exigé de» vous. Une assemblée insurrectionnelle se réu-» nit, elle nomme un comité chargé de préparerj la révolte, un commandant provisoire chargé de
» commander les révoltés ; et cette assemblée, ces comité, ce commandant, vous souffrez tout cela! >Des cris épouvantables interrompent à chaque in-stant les paroles de Lanjuinais ; enfin la colèrequ’il inspire devient telle que plusieurs députésde la Montagne, Drouet, Robespierre jeune,Julien, Legendre, se lèvent de leurs bancs, cou-rent à la tribune, et veulent l’en arracher. Lan-juinais résiste et s’y attache de toutes ses forces.Le désordre est dans toutes les parties de l’assem-blée, et les hurlements des tribunes achèvent derendre cette scène la plus effrayante qu’on eûtencore vue. Le président se couvre et parvient àfaire entendre sa voix. « La scène qui vient d’a-j voir lieu, dit-il, est des plus affligeantes. La li-» berté périra si vous continuez à vous conduire» de même; je vous rappelle à l’ordre, vous qui» vous êtes ainsi portés à cette tribune! » Un peude calme se rétablit, et Lanjuinais, qui ne crai-gnait pas les propositions chimériques, quandelles étaient Courageuses, demande qu’on casseles autorités révolutionnaires de Paris , c’est-à-direque ceux qui sont désarmés sévissent contre ceuxqui sont en armes. A peine a-t-il achevé que lespétitionnaires de la commune se présentent denouveau. Leur langage est plus bref et plus éner-gique que jamais. Les citoyens de Paris n’ontpoint quitté les armes depuis quatre jours. Depuisquatre jours, ils réclament auprès de leurs man-dataires leurs droits indignement violés, et depuisquatre jours leurs mandataires se rient de leurcalme et de leur inaction... Il faut qu’on mette lesconspirateurs en état d’arrestation provisoire, Üfaut qu’on sauve le peuple sur-le-champ, ou il vase sauver lui-même! A peine les pétitionnairesont-ils achevé de parler que Billaud-Varennes etTallien demandent le rapport sur cette pétition,séance tenante et sans désemparer.—D’autres eugrand nombre demandent l’ordre du jour. Enfin,au milieu du tumulte, l’assemblée, animée par 1®danger, se lève, et vote l’ordre du jour, sur I emotif qu’un rapport a été ordonné au comité desalut public sous trois jours. A cette décision,les pétitionnaires sortent en poussant des cris, enfaisant des menaces, et en laissant apercevoir de*armes cachées. Tous les hommes qui étaient dan®les tribunes se retirent comme pour aller exécu-ter un projet, et il n’y reste que les femmes. Ungrand bruit se fait au dehors, et on entend crie raux armes! aux armes! Dans ce moment, pi®'sieurs députés veulent représenter à l’assemble®