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Tome I.
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CONVENTION NATIONALE (1793).

plus grands excès. Longwy, Verdun , tombent aupouvoir de l’ennemi. En voyant approcher Bruns-wick, on devance les cruautés qu’il annonce dansses manifestes, et on frappe de terreur ses parti-sans cachés, par les épouvantables journées deseptembre. Bientôt, sauvée par le beau sang-froidde Dumouriez, la France a le temps de s’agiterencore pour cette grande question de l’usage mo-déré ou impitoyable du pouvoir. Septembre devientUn pénible sujet de reproches : les modérés s’in-dignent; les violents veulent qu’on se taise sur desUiaux qu’ils disent inévitables et irréparables. Decruelles personnalités ajoutent les haines indivi-duelles aux haines d’opinion; la discorde est exci-tée au plus haut point. Alors arrive le moment de.statuer sur le sort de Louis XVI . On fait sur sapersonne l’application des deux systèmes; celuide la modération est vaincu, celui de la violencel’emporte; et, en immolant le roi, la révolutionrompt définitivement avec la royauté et avec tousles trônes.

La coalition, ranimée encore par le 21 janvier,comme elle l’avaitété déjà par leiO août, réagitdeuouveau et nous fait essuyer des revers. Dumou-r, ez, arrêté dans ses progrès par des circonstancescontraires et par le désordre de toutes les adminis-lr ations, s’irrite contre les jacobins, auxquels il•wipute ses revers, sort alors de son indifférencePolitique, se prononce tout à coup pour la modé-ration, la compromet en employant pour elle sonépée et l'étranger, et échoue enfin contre la révo-lution, après avoir mis la république dans le plusgrand péril. Dans ce même moment la Vendée selève; les départements, tous modérés, deviennentMenaçants ; jamais le danger ne fut plus grand pourl a révolution. Des revers, des trahisons, fournis-Se "t aux jacobins un prétexte pour calomnier lesre Publicains modérés, et un motif pour demander' a dictature judiciaire et exécutive. Ils proposent1,11 essai de tribunal révolutionnaire et de comitéd e salut public. Vive dispute à ce sujet. Les deuxP a rtis en viennent, sur ces questions, aux derniè-res extrémités; ils ne peuvent plus demeurer enPrésence. Au 10 mars, les jacobins tentent delç a pper les chefs des girondins, mais leur tenla-, trop prématurée, échoue. Alors ils se prépa-

rent mieux ; ils provoquent des pétitions, soulèventles sections et s’insurgent légalement. Les giron-dins résistent en instituant une commission char-gée de poursuivre les complots de leurs adversai-res; cette commission agit contre les jacobins, lessoulève, et est emportée dans un orage. Replacéele lendemain, elle est emportée de nouveau dansl’horrible tempête du 31 mai. Enfin, le 2 juin, sesmembres et les députés qu’elle devait défendre,sont enlevés du sein de la représentation nationale,et, comme Louis XVI , la décision de leur sort estajournée à une époque où la violence sera suffisantepour les conduire à l’échafaud.

Tel est donc l’espace que nous avons parcourudepuis le 10 août jusqu’au 31 mai. C’est une longuelutte entre les deux systèmes sur l’emploi desmoyens. Le danger toujours croissant a rendu ladispute toujours plus vive, plus envenimée : et lagénéreuse députation de la Gironde , épuisée pouravoir voulu venger septembre, pour avoir vouluempêcher le 21 janvier, le tribunal révolutionnaireet le comité de salut public, expire lorsque le dangerplus grand a rendu la violence plus urgente et lamodération moins admissible. Maintenant, toutelégalité étant vaincue, toute réclamation étoufféeavec la suspension des girondins, et le péril deve-nant plus effrayant que jamais par l’insurrectionmême qui s’efforcera de venger la Gironde , la vio-lence va se déployer sans obstacle et sans mesure,et la terrible dictature du tribunal révolutionnaireet du comité de salut public va se compléter. Icicommencent des scènes plus grandes et plus hor-ribles cent fois que toutes celles qui ont indignéles girondins. Pour eux leur histoire est finie; ilne reste plus à y ajouter que le récit de leur morthéroïque. Leur opposition a été dangereuse, leurindignation impolitique; ils ont compromis la ré-volution, la liberté et la France ; ils ont compromismême la modération en la défendant avec aigreur,et en mourant, ils ont entraîné dans leur chutetout ce qu’il y avait de plus généreux et de pluséclairé en France . Cependant, qui ne voudraitavoir rempli leur rôle? qui ne \oudrait avoircommis leurs fautes? Est-il possible, en effet, dolaisser couler le sang sans résistance et sans indi-gnation?