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Tome I.
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RÉVOLUTION FRANÇAISE.

CHAPITRE XXIV.

Projets des jacobins après le 31 mai. — Renouvellement des comités et du ministère. — Dispositions des départements aprèsle 31 mai. Les girondins proscrits vont les soulever contre la convention. — Décrets de la convention contre les départe-ments insurges. — Assemblées et armées insurrectionnelles en Bretagne et en Normandie . — Evénements militaires surle Rhin et au Nord. Envahissement des frontières de l'Est par les coalisés ; retraite de Custine. Siège de Mayence par lesPrussiens. — Échecs de l’armée des Alpes. Situation de l’armée des Pyrénées. — Les Vendéens s'emparent de Fontenayet de Saumur . — Dangers imminents de la république à l’intérieur et à l’extérieur. — Travaux administratifs de la con-vention ; constitution de 1793. — Echecs des insurgés fédéralistes à Evrcux. — Défaite des Vendéens devant Nantes . —Victoire contre les Espagnols dans le Roussillon. — Marat est assassiné par Charlotte Corday ; honneurs funèbres rendusà sa mémoire ; jugement et exécution de Charlotte Corday .

Le décret rendu le 2 juin contre les vingt-deuxdéputés du côté droit, et contre les membres de lacommission des douze, portait qu’ils seraient déte-nus chez eux, et gardés à vue par des gendarmes.Quelques-uns se soumirentvolontairement àcedé-cret et se constituèrent en état d’arrestation, pourfaire preuve d’obéissance à la loi, et pour provo-quer un jugement qui démontrât leur innocence.Gensonné, Valazé , pouvaient très-facilement sesoustraire à la surveillance de leurs gardiens; maisils se refusèrent constamment à chercher leur sa-lut dans la fuite. Us restèrent prisonniers avecleurs collèguesGuadet, Pétion, Vergniaud, Biro-teau, Gardien, Boileau, Bertrand, Mollevaut etGommaire. Quelques autres, ne croyant devoir au-cune obéissance à une loi arrachée parla force, etn’espérant aucune justice , s’éloignèrent de Paris ,ou s’y cachèrent en attendant de pouvoir en sortir.Leur projet était de se rendre dans les départe-ments, pour exciter un soulèvement contre la ca-pitale. Ceux qui prirent cette résolution étaientBrissot, Gorsas,Salles,Louvet, Chambon, Buzot ,Lydon, Rabaut-Saint-Étienne , Lasource, Grange-neuve, Lesage, Vigée , Larivière etBergoing. Lesdeux ministres Lebrun et Clavière, destitués im-médiatement après le 2 juin, furent frappés d’unmandat d’arrêt par la commune. Lebrun parvint às’y soustraire. La même mesure fut prise contreRoland, qui, démissionnaire depuis le 21 janvier,demandait en vain à rendre ses comptes. Il échappaaux recherches de la commune, et alla se cacher àRouen. Madame Roland , poursuivie aussi, ne son-gea qu’à favoriser l’évasion de son mari, remet-tant ensuite sa fille aux mains d’un ami sûr, elle

se livra avec une noble indifférence au comité desa section, et fut jetée dans les prisons avec unemultitude d’autres victimes du 51 mai.

La joie était grande aux Jacobins. On s’y félici-tait de l’énergie du peuple, de sa belle conduitedans les dernières journées, et du renversement detous les obstacles que le côté droit n’avait cesséd’opposer à la marche de la révolution. On convinten même temps, comme c’était l’usage après tousles grands événements, de la manière dont on pré-senterait la dernière insurrection. — Le peuple, ditRobespierre , a confondu tous ses calomniateurs parsa conduite. Quatre-vingt mille hommes ont été de-bout pendant une semaine, sans qu’une propriétéait été violée, sans qu’une goutte de sang ait été ré-pandue, et ils ont fait voir par là si leur but était,comme on le disait, de profiter du désordre pour selivrer au meurtre et au pillage. Leur insurrection aété spontanée, parce qu’elle était l’effet de la con-viction générale; et la Montagne elle-même, faible,étonnée en voyant ce mouvement, a prouvé quellen’avait pas concouru à le produire. Ainsi cette in-surrection a été toute morale et toute populaire.

C’était là tout à la fois donner une couleur favo-rable à l’insurrection, adresser une censure indi-recte à la Montagne, qui avait montré quelqu ehésitation le 2 juin, repousser le reproche de con-spiration adressé aux meneurs du côté gauche, etflatter agréablement le parti populaire qui av alttout fait, et si bien, par lui-même. Après cett einterprétation, reçue avec acclamation par les j a 'cobins, et depuis répétée par tous les échos dnparti victorieux, on se bâta de demander comp te 3Marat d’un mot qui faisait beaucoup de bruit.