362
RÉVOLUTION FRANÇAISE.
Cathclineau redoubla d'efforts ; déjà il s’était fortavancé dans un faubourg, lorsqu'une balle vint lefrapper mortellement. Ses soldats se retirèrentconsternés, en l’emportant sur leurs épaules. Dèsce moment l’attaque se ralentit. Après dix-huitheures de combat, les Vendéens se dispersèrent,et la place fut sauvée.
Tout le monde dans cette journée avait fait sondevoir. La garde nationale avait rivalisé avec lestroupes de ligne, et le maire lui-même reçut uneblessure. Le lendemain, les Vendéns se jetèrentdans des barques, et rentrèrent dans l’intérieurdu pays. Dès ce moment, l’occasion des grandesentreprises fut perdue pour eux ; ils ne devaientplus aspirer à exécuter rien d’important, et pou-vaient espérer tout au plus d’occuper leur proprepays. Dans ce moment, Biron, se hâtant de se-courir Nantes, arrivait à Angers avec ce qu’il avaitpu réunir de troupes, et Westermann se rendaitdans la Vendée avec sa légion germanique.
Nantes était à peine délivrée, que l’administra-tion , toute disposée en faveur des girondins,voulut se réunir aux insurgés du Calvados . Ellerendit en effet un arrêté hostile contre la conven-tion. Canclaux s’y opposa de toutes ses forces, etréussit à ramener les Nantais à Tordre.
Les dangers les plus graves étaient donc surmon-tés de ce côté. Un événement non moins importantse passait dans la Lozère ; c’était la soumission detrente mille révoltés, qui auraient pu communi-quer avec les Vendéens, ou avec les Espagnols parle Roussillon.
Par une circonstance des plus heureuses, ledéputé Fabre, envoyé à l’armée des Pyrénées-Orientales, se trouvait sur les lieux au moment dela révolte; il y déploya l’énergie qui plus tard luilit chercher et trouver la mort aux Pyrénées . 11s’empara des administrations, mit la populationentière sous les armes, appela à lui toutes les forcesdes environs en gendarmerie et troupes réglées; ilsouleva le Cantal, la Haute-Loire, le Puy-de-Dôme ,et les révoltés, frappés dès le premier moment,poursuivis de toutes parts, furent dispersés, rejetésdans les bois, et leur chef, Tex-constituant Char-rier, tomba lui-même au pouvoir des vainqueurs.On acquit, par ses papiers, la preuve que son projetétait lié à la grande conspiration découverte sixmois auparavant en Bretagne , et dont le chef, LaRouarie, était mort sans pouvoir réaliser ses pro-jets. Dans les montagnes du Centre et du Midi ,la tranquillité était donc assurée, les derrières de
l’armée des Pyrénées étaient garantis, et la valléedu Rhône n’avait plus l’un de ses flancs couvertpar des montagnes insurgées.
Une victoire inattendue sur les Espagnols dansle Roussillon achevait d’assurer la soumission duMidi . On les a vus, après leur première marchedans les vallées du Tech et de la Tet, rétrograderpour prendre Bellegarde et les Bains, et revenirensuite se placer devant le camp français . Aprèsl’avoir longtemps observé, ils l’attaquèrent le17 juillet. Les Français avaientà peine douze millejeunes soldats : les Espagnols au contraire comp'taient quinze ou seize mille hommes parfaitementaguerris. Ricardos, dans l’intention de nous en-velopper, avait trop divisé son attaque. Nos jeunesvolontaires, soutenus par le général Barbantaneet le brave Dagobert, tenaient ferme dans leursretranchements, et après des efforts inouïs, lesEspagnols parurent décidés à se retirer. Dagobert,qui attendait ce moment, se précipite sur eux,mais un de ses bataillons se débande tout à coupet se laisse ramener en désordre. Heureusement,à cette vue, Deflcrs, Barbantane , viennent ausecours de Dagobert, et tous s’élancent avec tantde violence, que l’ennemi est culbuté au loin. Cecombat du 17 juillet releva le courage de nos sol-dats, et, suivant le témoignage d’un historien,produisit aux Pyrénées l’effet queValmy avait pro-duit dans la Champagne Tannée précédente.
Du côté des Alpes, Dubois-Crancé , placé entrela Savoie mécontente, la Suisse incertaine, Gre-noble et Lyon révoltés, se conduisait avec autantde force que de bonheur. Tandis que les autoritéssectionnaires prêtaient devant lui le serment fédé-raliste, il faisait prêter le serment opposé au clu bet à son armée, et attendait le premier mouvet» e,,tfavorable pour agir. Ayant saisi en effet la corre s 'pondance des autorités, il y trouva la prcu'’ cqu’elles cherchaient à se coaliser avec Lyon ; alo>’ sil les dénonça au peuple de Grenoble comme vo u 'lant amener la dissolution de la république P alune guerre civile, et profitant d’un momentchaleur, il les fit destituer, et rendit tous les p° uvoirs à l’ancienne municipalité. Dès ce moment’tranquille sur Grenoble , il s’occupa de réorganis® 1l’armée des Alpes, afin de conserver la Savoie et (faire exécuter les décrets de la convention contiLyon et Marseille . 11 changea tous les états-m®jors, rétablit Tordre dans ses bataillons, incorp° rales recrues provenant de la levée de trois eemille hommes ; et quoique les départements de