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Tome I.
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CONVENTION NATIONALE (1793).

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per. Marat demande avec empressement le nom desdéputés présents à Caen ; elle les nomme, et lui,saisissant un crayon, se met à les écrire, en ajou-tant : C’est bien, ils iront tous à la guillotine.—A la guillotine !.reprend la jeune Corday indi-

gnée; alors elle tire un couteau de son sein, frappeMarat sous le teton gauche, et enfonce le fer jus-qu’au cœur. — A moi! s’écrie-t-il, à moi, machère amie !—Sa gouvernante s’élance à ce cri;un commissionnaire qui ployait des journaux ac-court de son côté ; tous deux trouvent Marat plongédans son sang, et la jeune Corday calme, sereine,immobile. Le commissionnaire la renverse d’uncoup de chaise, la gouvernante la foule aux pieds.Le tumulte attire du monde, et bientôt tout lequartier est en rumeur. La jeune Corday se re-lève, et brave avec dignité les outrages et les fu-reurs de ceux qui l’entourent. Des membres de lasection, accourus à ce bruit, et frappés de sabeauté, de son courage, du calme avec lequel elleavoue son action, empêchent qu’on ne la déchire,et la conduisent en prison, où elle continue à toutconfesser avec la même assurance.

Cet assassinat, comme celui de Lepelletier,causa une rumeur extraordinaire. On répanditsur-le-champ que c’étaient les girondins qui avaientarmé Charlotte Corday . On avait dit la même chosePour Lepelletier, et on le répétera dans toutes lesoccasions semblables. Une opinion opprimée sesignale presque toujours par un coup de poignard ;ce n’est qu’une âme plus exaspérée qui a conçu etexécuté l’acte, on l’impute cependant à tous lespartisans de la même opinion, et on s’autoriseainsi à exercer sur eux de nouvelles vengeances,et à faire un martyr. On était embarrassé de trou-ver des crimes aux députés détenus; la révoltedépartementale fournit un premier prétexte de leslr omoler, en les déclarant complices des députésfugitifs ; la mort de Marat servit de complément àleurs crimes supposés, et aux raisons qu’on vou-lait se procurer pour les envoyer à 1 échafaud.

La Montagne, les jacobins, et surtout les Cor-deliers, qui se faisaientgloire d avoir possédé Marat les premiers, d’être demeurés plus particulière-ment liés avec lui, et de ne l’avoir jamais désa-v °aé, témoignèrent une grande douleur. Il futconvenu qu’il serait enterré dans leur jardin, ets °usles arbres mêmes où le soir il lisait sa feuille

Peuple. La convention décida qu elle assisteraite n corps à ses funérailles. Aux Jacobins, on pro-posa de lui décerner des honneurs extraordinaires;

on voulut lui donner le Panthéon, bien que la loine permît d’y transporter un individu que vingtans après sa mort. On demandait que toute la So-ciété se rendit en masse à son convoi ; que lespresses de l’Ami du Peuple fussent achetées parla Société, pour qu’elles ne tombassent pas en desmains indignes; que son journal fût continué pardes successeurs capables, sinon de l’égaler, dumoins de rappeler son énergie et de remplacer savigilance. Robespierre , qui s’attachait à rendre lesjacobins toujours plus imposants, en s’opposant àtoutes leurs vivacités, et qui d’ailleurs voulait ra-mener à lui l’attention, trop fixée sur le martyr,prit la parole dans cette circonstance. « Si je parle» aujourd’hui, dit-il, c’est que j’ai le droit de le» faire. Il s’agildes poignards, ils m’attendent, je» les ai mérités, et c’est l’effet du hasard si Marat » a été frappé avant moi. J’ai donc le droit d’inter-» venir dans la discussion, et je le fais pour m’é-d tonner que votre énergie s’épuise ici en de vai-s nés déclamations, et que vous ne songiez qu’à» de vaines pompes. Le meilleur moyen de venger» Marat , c’est de poursuivre impitoyablement sess ennemis. La vengeance qui cherche à se salis-» faire en vains honneurs funéraires s’apaise bien-» tôt, et ne songe plus à s’exercer d’une manière» plus réelle et plus utile. Renoncez donc à d’inu-» tiles discussions, etvengez Marat d’une manière» plus digne de lui. » Toute discussion fut écartéepar ces paroles, et on ne songea plus aux propo-sitions qui avaient été faites. Néanmoins, les ja-cobins, la convention, les Cordeliers, toutes lessociétés populaires et les sections se préparèrentà lui décerner des honneurs magnifiques. Son corpsresta exposé pendant plusieurs jours ; il était dé-couvert, et on voyait la blessure qu’il avait reçue.Les sociétés populaires, les sections venaient pro-cessionnellement jeter des fleurs sur son cercueil.Chaque président prononçait un discours. La sec-tion de la république vient la première : « Il est» mort, s’écrie le président, il est mort l’ami du» peuple... il est mort assassiné !... Ne prononçons» point son éloge sur ses dépouilles inanimées.

» Son éloge cest sa conduite, ses écrits, sa plaie» sanglante, et sa mort!.... Citoyennes, jetez des» ileurs sur le corps pâle de Marat ! Marat fut no-» tre ami, il fut l’ami du peuple, c’est pour led peuple qu’il a vécu, c’est pour le peuple qu’il9 est mort. 9 Après ces paroles, des jeunes fillesfont le tour du cercueil, et jettent des fleurs sur lecorps de Marat . L’orateur reprend : « Mais c’est