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» assez se lamenter; écoutez la grande âme de» Marat qui se réveille et vous dit : Républicains,» mettez un termeà vos pleurs.... Les républicains» ne doivent verser qu’une larme, et songer en-» suite à la patrie. Ce n’est pas moi qu’on a voulu» assassiner, c’est la république : ce n’est pas moi» qu’il faut venger, c’est la république, c’est le» peuple, c’est vous, s
Toutes les sociétés, toutes les sections vinrentainsi l’une après l’autre autour du cercueil de Ma-rat ; et si l’histoire rappelle de pareilles scènes,c’est pour apprendre aux hommes à réfléchir surl’effet des préoccupations du moment, et pour lesengager à bien s’examiner eux-mêmes, lorsqu’ilspleurent les puissants ou maudissent les vaincusdu jour.
Pendant ce temps, le procès de la jeune Corday s’instruisait avec la rapidité des formes révolution-naires. On avait impliqué dans son affaire deuxdéputés; l’un étaitDuperret, avec lequel elle avaiteu des rapports, et qui l’avait conduite chez leministre de l’intérieur; l’autre était Fauchet, an-cien évêque, devenu suspect à cause de ses liaisonsavec le côté droit, et qu’une femme, ou folle ouméchante, prétendait faussement avoir vu aux tri-bunes avec l’accusée.
Charlotte Corday , conduite en présence du tri-bunal, conserve le même calme. On lui lit sonacte d’accusation, après quoi on procède à l’audi-tion des témoins : — Corday interrompt le premiertémoin, et ne laissant pas le temps de commencersa déposition: C’est moi, dit-elle, qui ai tué Ma-rat . — Qui vous a engagée à commettre cet assas-sinat ? lui demande le président. — Ses crimes. —Qu’entendez-vous par ses crimes?—Les malheursdont il est cause depuis la révolution.— Qui sontceux qui vous ont engagée à cette action ? — Moiseule, reprend fièrement la jeune fdle. Je l’avaisrésolu depuis longtemps; et je n’aurais jamais prisconseil des autres pour une pareille action. J’aivoulu donner la paix à mon pays.— Mais croyez-vous avoir tué tous les Marat ? — Non, reprendtristement l’accusée, non. Elle laisse ensuite ache-ver les témoins, et, après chaque déposition, ellerépète chaque fois: « C’est vrai, le déposant a rai-son. s Elle ne se défend que d’une chose, c’est desa prétendue complicité avec les girondins. Ellene dément qu’un seul témoin, c’est la femme quiimplique Duperret et Fauchet dans la cause; puiselle se rassied et écoute le reste de l’instructionavec une parfaite sérénité. « Vous le voyez, dit |
pour toute défense son avocat Ghauveau-Lagarde,l’accusée avoue tout avec une inébranlable assu-rance. Ce calme et cette abnégation, sublimessous un rapport, ne peuvent s’expliquer que parle fanatisme politique le plus exalté. C’est à vousdéjuger de quel poids cette considération moraledoit être dans la balance de la justice, i
Charlotte Corday est condamnée à la peine demort. Son beau visage n’en paraît pas ému; elle. rentre dans sa prison avec le sourire sur les lèvres;elle écrit à son père pour lui demander pardond’avoir disposé de sa vie ; elle écrit à Barbaroux,auquel elle raconte son voyage et son action dansune lettre charmante, pleine de grâce, d’esprit etd’élévation; elle lui dit que ses amis ne doivent pasla regretter, car une imagination vive, un cœursensible, promettent une vie bien orageuse à ceuxqui en sont doués. Elle ajoute qu’elle s’est bienvengée de Pétion, qui à Caen suspecta un momentses sentiments politiques. Enfin elle le prie de direà Wimpffen qu’elle l’a aidé à gagner plus d’unebataille. Elle termine par ces mots : s Quel tristes peuple pour former une république ! il faut au» moins fonder la paix ; le gouvernement viendrai comme il pourra, t
Le 15, Charlotte Corday subit son jugement avecle calme qui ne l’avait pas quittée. Elle réponditpar l’attitude la plus modeste et la plus digne auxoutrages de la vile populace. Cependant tous nel’outrageaient pas; beaucoup plaignaient cette fiH°si jeune, si belle, si désintéressée dans son action,et l’accompagnaient â l’échafaud d’un regard depitié et d’admiration.
Marat fut transporté en grande pompe au jardindes Cordeliers. « Cette pompe, disait le rapport dei la commune, n’avait rien que de simple et de» patriotique : le peuple, rassemblé sous les ban-i nières des sections, suivait paisiblement. Un dés*s ordre en quelque sorte imposant, un silence res's> pectueux, une consternation générale, offrai en |s le spectacle le plus touchant. La marche a durdepuis six heures du soir jusqu’à minuit ; e ^ cétait formée de citoyens de toutes les sections»des membres de la convention, de ceux de 1®commune et du département, des électeurs et dessociétés populaires. Arrivé dans le jardin des» Cordeliers, le corps de Marat a été déposé s° llS» les arbres, dont les feuilles, légèrement agitées»
» réfléchissaientetmultipliaient unelumièredouce
» et tendre. Le peuple environnait le cercueil en» silence. Le président de la convention a d abor