401
CONVENTION NATIONALE (1795).
perdu la Flandre hollandaise, la Belgique , lescamps de Famars et de César, les places de Condéet de Valenciennes . L’un de ses généraux avaitpassé à l’ennemi, l’autre avait été tué. Ainsi, de-puis la bataille de Jemmapes, elle n’avait fait quedes retraites, fort méritoires, il est vrai, maispeuencourageantes. Sans concevoir même le projettrop hardi d’une marche directe sur Paris , les coa-lisés pouvaient détruire ce noyau d’armée, et alorsils étaient libres de prendre toutes les placesqu’il convenait à leur égoïsme d’occuper. Mais aus-sitôt la prise de Valenciennes, les Anglais , envertu des conventions faites à Anvers , exigèrent lesiège de Dunkerque . Alors, tandis que le princede Cobourg , restant dans les environs de soncamp d’Hérin, entre la Scarpe et l’Escaut,croyait occuper les Français , et songeait à pren-dre encore le Quesnoy, le duc d’York , marchantavec l’armée anglaise et hanovrienne par Orchies ,Menin, Dixmude et Fûmes, vint s’établir devantDunkerque , entre le Langmoor et la mer. Deuxsièges à faire nous donnaient donc encore un peude répit. Houchard , envoyé à Gavarelle, y réunis-sait en hâte toutes les forces disponibles, afin devoler au secours de Dunkerque. Interdire aux An-glais un port sur le continent, battre individuel-lement nos plus grands ennemis, les priver detout avantage dans cette guerre, et fournir de nou-velles armes à l’opposition anglaise contre Pitt,telles étaient les raisons qui faisaient considérerDunkerque comme le point le plus important detout le théâtre de la guerre. « Le salut de la répu-blique est là, d écrivait à Houchard le comité desalut public; et Carnot, sentant parfaitement queles troupes réunies contre la frontière du Nord etcelle du Rhin, c’est-à-dire dans la Moselle,y étaient inutiles, fit décider qu’on en retirerait unfenfort pour l’envoyer en Flandre . Vingt ou vingt-cinq jours s’écoulèrent ainsi en préparatifs, délail vès-convenable du côté des Français , qui avaientà réunir leurs troupes dispersées à de grandes dis—l ances, mais inconcevable de la part des Anglais ,fini n’avaient que quatre ou cinq marches à fairePour se porter sous les murs de Dunkerque .
Nous avons laissé nos deux armées de la Mo-Se He et du Rhin essayant de s’avancer, mais troptard, vers Mayence , et n’empêchant pas la prisecette place. Depuis, elles s’étaient repliées surSaarbruck, Hornbach et Wissembourg . Il fautdonner une idée du théâtre de la guerre pour fairecomprendre ces divers mouvements. La frontière
française est assez singulièrement découpée aunord et à l’est, L’Escaut, la Meuse, la Moselle , lachaîne des Vosges, le Rhin , courent vers le norden formant des lignes presque parallèles. Le Rhin ,arrivé à l’extrémité des Vosges , tourne subite-ment, cesse de couler parallèlement à ces lignes,et les termine en tournant le pied des Vosges , eten recevant dans son cours la Moselle et la Meuse .Les coalisés, sur la frontière du Nord , s’étaientavancés entre l’Escaut et la Meuse ; entre la Meuse et la Moselle , ils n’avaient point fait de progrès,parce que le faible corps laissé par eux entreLuxembourg et Trêves n’avait rien pu tenter,mais ils pouvaient davantage entre la Moselle,les Vosges elle Rhin . On a vu qu’ils s’étaient placésà cheval sur les Vosges , partie sur le versantoriental, et partie sur le versant occidental. Leplan à suivre, comme nous l’avons dit précédem-ment, était assez simple. En considérant l’arêtedes Vosges comme une rivière dont il fallait cou-per les passages, on pouvait porter toutes scsmasses sur une rive , accabler l’ennemi d’un côté,puis revenir l’accabler de l’autre. Ni les Français,ni les coalisés, n’en avaient eu l’idée; et depuis laprise de Mayence , les Prussiens, placés sur lerevers occidental, faisaient face à l’armée du Rhin.Nous étions retirés dans les fameuses lignes deWissembourg . L’armée de la Moselle, au nombrede vingt mille hommes , était postée à Saarbruck ,sur la Sarre; le corps des Vosges , au nombre dedouze mille, se trouvait à Hornbach et Kettrick, etse liait dans les montagnes à l’extrême gauche del’armée du Rhin. L’armée du Rhin, forte de vingtmilles hommes, gardait la Lauter, de Wissem-bourg à Lauterbourg. Telles sont les lignes deWissembourg; la Sarre coule des Vosges à la Mo-selle, la Lauter des Vosges dans le Rhin , et toutesles deux forment une seule ligne, qui coupe pres-que perpendiculairement la Moselle, les Vosges et le Rhin . On en devient maître en occupantSaarbruck, Hornbach, Kettrick, Wissembourg et Lauterbourg. C’est ce que nous avions fait.Nous n’avions guère plus de soixante mille hom-mes sur toute celte frontière, parce qu’il avaitfallu porter des secours à Houchard . Les Prus-siens avaient mis deux mois à s’approcher de nous,et s’étaient enfin portés à Pirmasens . Renforcésde quarante mille hommes qui venaient de ter-miner le siège de Mayence , et réunis aux Autri-chiens , ils auraient pu nous accabler sur l’un oul’autre des deux versants ; mais la désunion régnait