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Tome I.
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CONVENTION NATIONALE (1793).

nobles y avaient conservé une grande influence ; lalangue française y étant peu répandue, les nou-velles idées révolutionnaires n’y avaient presquepas pénétré; dans un grand nombre de communes,les décrets de la convention étaient inconnus; plu-sieurs manquaient de comités révolutionnaires, et,dans presque toutes, les émigrés circulaient impu-nément. Les nobles de l’Alsace avaient suivi l’ar-mée de Wurmser en foule, et se répandaient depuisWissembourg jusqu’aux environs de Strasbourg .Dans cette dernière ville, on avait formé le com-plot de livrer la place à Wurmser . Le' comité de. salut public y envoya aussitôt Lebas et Saint-Just,pour y exercer la dictature ordinaire des commis-saires de la convention. Il nomma le jeune Hoche,<lui s’élait si fort distingué au siège de Dunkerque,général de l’armée de la Moselle; il détacha del’armée oisive des Ardennes une forte division, quifut partagée entre les deux armées de la Moselle etdu Rhin ; enfin il fit exécuter des levées en massedans tous les départements environnants, et lesdirigea sur Besançon . Ces nouvelles levées occupè-rent les places fortes, et les garnisons furent portéesen ligne. Saint-Just déploya à Strasbourg tout cequ’il avait d’énergie et d’intelligence. Il fit tremblerles malintentionnés, livra à une'commission ceuxqu’on soupçonnait d’avoir voulu livrer Strasbourg ,et les fit conduire à l’échafaud. Il communiqua auxSenéraux et aux soldats une vigueur nouvelle, ilexigea chaque jour des attaques sur toute.la ligne,afin d’exercer nos jeunes conscrits. Aussi bravequ’impitoyable, il allait lui-même au feu, et par-lait tous les dangers de la guerre. Un grand en-tliousiasme s’était emparé de l’armée et des soldats,qu’on enflammait de l’espoir de recouvrer le terrainPerdu; leur cri était : Landau ou la mort!

La véritable manœuvre à exécuter sur celtePartie des frontières consistait toujours à réunirles deux armées du Rhin et de la Moselle , et à°Pérer en masse sur un seul versant des Vosges ,l'our cela, il fallait recouvrer les passages qui cou-paient la ligne des montagnes, et que nous avionsPerdus depuis que Brunswick s’était porté auCe ntre des Vosges, et Wurmser sous les murs de^rasbourg. Le projet du comité était formé : ilv °nlait s’emparer de la chaîne même, pour sépareres Prussiens des Autrichiens. Le jeune Hoche,Plein de talent et d’ardeur, était chargé d’exécuterplan, et ses premiers mouvements à la tête dearmée de la Moselle firent espérer les plus éner-8u i«cs déterminations.

Les Prussiens, pour assurer leur position,avaient voulu enlever par une surprise le châteaude Bitclie, placé au milieu même des Vosges . Cettetentative fut déjouée par la vigilance de la garni-son, qui accourut à temps sur les remparts; etBrunswick, soit qu’il fût déconcerté par ce défautde succès, soit qu’il redoùlât l’activité et l’éner-gie de Hoche, soit aussi qu’il fût mécontent deWurmser , avec lequel il ne vivait pas d’accord, serelira d’abord à Bisingen, sur la ligne de l’Erbach ,puis à Kayserlautern, au centre des Vosges . Iln’avait pas prévenu Wurmser de ce mouvementrétrograde; et, tandis que celui-ci se trouvait en-gagé sur le versant oriental, presque à la hauteurde Strasbourg , Brunswick, sur le versant occiden-tal , se trouvait même en arrière de Wissembourg ,et à peu près à la hauteur de Landau. Hoche avaitsuivi Brunswick de très-près dans son mouvementrétrograde; et après avoir vainement essayé del’entourer à Bisingen , et même de le prévenir àKayserlautern, il forma le projet de l’attaquer àKayserlautern même, quelque grande que fût ladifficulté des lieux. Hoche avait environ trente millehommes; il se battit les 28, 29 et 30 novembre;mais les lieux étaient peu connus et peu pratica-bles. Le premier jour, le général Ambert, qui com-mandait la gauche, se trouva engagé, tandis queHoche, au centre, cherchait sa route; le jour sui-vant, Hoche se trouvait seul en présence de l’en-nemi, tandis qu’Ambert s’égarait dans les monta-gnes. Grâce aux difficultés des lieux, à sa force età l’avantage de sa position, Brunswick eut un suc-cès complet. Il ne perdit qu’environ douze hommes ;Hoche fut obligé de se retirer avec une perte d’en-viron (rois mille hommes; mais il ne fut pas décou-ragé, et vint se rallier à Pirmasens , Hornbach etDeux-Ponts. Hoche, quoique malheureux, n’enavait pas moins déployé une audace et une réso-lution qui frappèrent les représentants et l’armée.Le comité de salut public, qui, depuis l’entrée deCarnot, était assez éclairé pour être juste, et quin’était sévère qu’envers le défaut de zèle, lui écri-vit les lettres les plus encourageantes, et pour lapremière fois, donna des éloges à un général battu.Hoche, sans etre ébranlé un moment par sa défaite,forma aussitôt la résolution de se joindre à l’arméedu Rhin, pour accabler Wurmser . Celui-ci, quiétait resté en Alsace tandis que Brunswick rétro-gradait jusqu’à Kayserlautern, avait son flanc droitdécouvert. Hoche dirigea le général Taponnieravec douze mille hommes, sur Wcrdt, pour per-