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Tome I.
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CONVENTION NATIONALE (1793).

avaient été les opérations insignifiantes de l’arméed’Italie.

Un intérêt plus grave appelait toute l’attentionsur Toulon. Cette place, occupée par les Anglais et les Espagnols , leur assurait un pied à terre dansle Midi , et une base pour tenter une invasion. Ilimportait donc à la France de la recouvrer au plustôt. Le comité avait donné à cet égard les ordresles plus pressants, mais les moyens de siège man-quaient entièrement. Carteaux, après avoir soumisMarseille , avait débouché avec sept ou huit milleliommes par les gorges d’Ollioules, s’en était em-paré après un léger combat, et s’était établi au dé-bouché même de ces gorges, en vue de Toulon ;le général Lapoype, détaché de l’armée d’Italieavec quatre mille hommes environ, s’était rangésur le côté opposé, vers Solliès et Lavalette. Lesdeux corps français ainsi placés, l’un au couchant,1 autre au levant, étaient si éloignés qu’ils s’aper-cevaient à peine, et ne pouvaient se prêter aucunsecours. Les assiégés, avec un peu plus d’activité,auraient pu les attaquer isolément, et les accablerl’un après l’autre. Heureusement, ils ne songèrentqu’à fortifier la place, et à la garnir de troupes. Ilsfirent débarquer huit mille Espagnols , Napolitainset Piémontais, deux régiments anglais venus deGibraltar , et portèrent la garnison à quatorze ouquinze mille hommes. Ils perfectionnèrent toutesles défenses, armèrent tous les forts, surtout ceuxde la côte, qui protégeaient la rade où leurs esca-dres étaient au mouillage. Ils s’attachèrent parti-culièrement à rendre inaccessible le fort de l’Ëguil-lette, placé à l’extrémité du promontoire qui formel-i rade intérieure, ou petite rade. Ils en rendirent1 abord tellement difficile, qu’on l’appelait, dans1 armée, lepelit Gibraltar.Les Marseillais et tousles Provençaux qui s’étaient réfugiés dans Toulon ,s employèrent eux-mêmes aux ouvrages, et mon-tèrent le plus grand zèle. Cependant l’union nePouvait durer dans l’intérieur de la place, car la^action contre la Montagne y avait fait renaîtretûtes les factions. On y était républicain ou roya-liste à tous les degrés. Les coalisés eux-mêmes n’é-l aient pas d’accord. Les Espagnols étaient offensésde la supériorité qu’affectaient les Anglais , et sed cfiaient de leurs intentions. L’amiral Hood, pro-fitant de cette désunion, dit que, puisqu’on nePouvait s’entendre, il fallait, pour le moment, nePt'oclamer aucune autorité. Il empêcha même le dé-P ar t d’une députation que les Toulonais voulaientenvoyer auprès du comte de Provence , pour en-

gager ce prince à se rendre dans leurs murs enqualité de régent. Dès cet instant, on pouvait en-trevoir la conduite des Anglais , et sentir combienavaient été aveugles et coupables ceux qui avaientlivré Toulon aux plus cruels ennemis de la marinefrançaise .

Les républicains ne pouvaient pas espérer, avecleurs moyens actuels, de reprendre Toulon . Lesreprésentants conseillaient même de replier l’ar-mée au delà de la Durance, et d’attendre la saisonsuivante. Cependant, la prise de Lyon ayant per-mis de disposer de nouvelles forces, on acheminavers Toulon des troupes et du matériel. Le généralDoppet, auquel on attribuait la prise de Lyon , futchargé de remplacer Carteaux. Bientôt Doppet lui-même fut remplacé par Dugommier, qui étaitbeaucoup plus expérimenté, et fort brave. Vingt-huit ou trente mille hommes furent réunis, et ondonna l’ordre d’achever le siège avant la campagne.

On commença par serrer la place de près, et parétablir des batteries contre les forts. Le généralLapoype, détaché de l’armée d’Italie, était toujoursau levant, et le général en chef Dugommier aucouchant, en avant d’Ollioules. Ce dernier étaitchargé de la principale attaque. Le comité de salutpublic avait fait rédiger par le comité des fortifi-cations un plan d’attaque régulière. Le général as-sembla un conseil de guerre pour discuter le planenvoyé de Paris . Ce plan était fort bien conçu, maisil s’en présentait un autre plus convenable auxcirconstances, et qui devait avoir des résultatsplus prompts.

Dans le conseil de guerre se trouvait un jeuneofficier qui commandait l’artillerie en l’absencedu chef de cette arme. Il se nommait Bonaparte ,et était originaire de Corse. Fidèle à la France , ausein de laquelle il avait été élevé, il s’était battu enCorse pour la cause de la convention contre Paoliet les Anglais ; il s’était rendu ensuite à l’arméed’Italie, et servait devant Toulon . Il montrait unegrande intelligence, une extrême activité, et cou-chait à côté de ses canons. Ce jeune officier, à l’as-pect de la place, fut frappé d’une idée, et la pro-posa au conseil de guerre. Le fort l’Éguillette,surnommé le petit Gibraltar , fermait la rade oùmouillaient les escadres coalisées. Ce fort occupé,les escadres ne pouvaient plus mouiller dans larade sans s’exposer à y être brûlées : elles ne pou-vaient pas non plus l’évacuer en y laissant une gar-nison de quinze mille hommes sans communica-tions, sans secours, et tôt au tard exposée à mettre