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NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES.
sans qui entouraient les rois Louis XVI, Louis XVIII et lesprinces de leurs maisons étaient et sont des charlatans,de vrais eunuques politiques ; que c’est à leur inertie, àleur lâcheté ou à leur trahison que l’on doit imputer tousles maux que la France a soufferts, et ceux qui menacentencore le monde entier. Si je portais un grand nom et quej’eusse été du conseil des Bourbons, je ne survivrais pas àl’idée qu’une horde de vils et de lâches brigands , dont pasun n’a montré dans aucun genre ni génie ni talent supé-rieur, soit parvenue à renverser le trône, à établir sa domi-nation dans les plus puissants États de l’Europe , à fairetrembler l’univers; et lorsque cette idée me poursuit, jem’ensevelis dans l’obscurité de mon existence, pour memellre à l’abri du blâme, comme elle m’a mis dans l’im-puissance d’arrêter les progrès de la révolution. »
NOTE 17, PAGE 72.
J’ai déjà cité quelques passages des Mémoires de Fer-rières, relativement à la première séance des états géné-raux. Comme rien n’est plus important que de constater lesvrais sentiments que la révolution excitait dans les cœurs,je crois devoir donner la description de la fédération parce même Ferrières. On y verra si l’enthousiasme était vrai,s’il était communicatif, et si cette révolution était aussihideuse qu’on a voulu la faire.
« Cependant les fédérés arrivaient de toutes les parties del’empire. On les logeait chez des particuliers, qui s’em-pressaient de fournir lits, draps, bois, et tout ce qui pouvaitcontribuer à rendre le séjour de la capitale agréable etcommode. La municipalité prit des mesures pour qu’une sigrande affluence d’étrangers ne troublât pas la tranquillitépublique. Douze mille ouvriers travaillaient sans relâche àpréparer le Champ de Mars. Quelque activité que l’on mîtà ce travail, il avançait lentement. On craignait qu’il nepût être achevé le 14 juillet, jour irrévocablement fixé pourla cérémonie, parce que c’était l’époque fameuse de l’insur-rection de Paris et de la prise de la Bastille. Dans cet em-barras, les districts invitent, au nom de la patrie, les bonscitoyens à se joindre aux ouvriers. Cette invitation civiqueélectrise toutes les têtes; les femmes partagent l’enthou-siasme et le propagent; on voit des séminaristes, desécoliers, des sœurs du pot, des chartreux vieillis dans la so-litude, quitter leurs cloîtres et courir au Champ de Mars,line pelle sur le dos, portant des bannières ornées d’em-blèmes patriotiques. Là, tous les citoyens, mêlés, confondus,forment un atelier immense et mobile dont chaque pointprésente un groupe varié : la courtisane échevelée se trouveâ côté de la citoyenne pudibonde, le capucin traîne lehaquet avec le chevalier de Saint-Louis, le porte-faix avecle petit-maître du Palais-Royal, la robuste harengèrepousse la brouette remplie par la femme élégante et àvapeurs; le peuple aisé, le peuple indigent, le peuple vêtu,le peuple en haillons, vieillards, enfants, comédiens, cent-suisses, commis, travaillant et reposant, acteurs et specta-teurs , offrent à l’œil étonné une scène pleine de vie et demouvement; des tavernes ambulantes, des boutiques por-tatives, augmentent le charme et la gaieté de ce vaste etravissant tableau; les chants, les cris de joie, le bruit des
tambours, des instruments militaires, celui des bêches, desbrouettes, les voix des travailleurs qui s’appellent, qui s’en-couragent.L’âme se sentait affaissée sous le poids d’une
délicieuse ivresse à la vue de tout un peuple redescendu auxdoux sentiments d’une fraternité primitive. Neuf heuressonnées. les groupes se démêlent. Chaque citoyen regagnel’endroit où s’est placée sa section, se rejoint à sa famille ,à ses connaissances. Les bandes se mettent en marcheau son des tambours, reviennent à Paris , précédées deflambeaux , lâchant de temps en temps des sarcasmescontre les aristocrates, et chantant le fameux air Çaira.
v Enfin le 14 juillet, jour de la fédération, arrive parmiles espérances des uns, les alarmes et les terreurs des autres.Si cette grande cérémonie n’eut pas le caractère sérieux etauguste d’une fête à la fois nationale et religieuse, caractèrepresque inconciliable avec l’esprit français , elle offrit celtedouce et vive image de la joie et de l’enthousiasme, millefois plus touchante. Les fédérés, rangés par départements,sous quatre-vingt-trois bannières, partirent de l’emplace-ment de la Bastille; les députés des troupes de ligne, destroupes de mer, la garde nationale parisienne, des tam-bours, des chœurs de musique, les drapeaux des sections,ouvraient et fermaient la marche.
» Les fédérés traversèrent les rues Saint-Martin, Saint-Denis, Saint-Honoré, et se rendirent par le Cours-la-Reineà un pont de bateaux construit sur la rivière. Ils reçurent àleur passage les acclamations d’un peuple immense répandudans les rues, aux fenêtres des maisons, sur les quais. Lapluie qui tombait à flols ne dérangea ni ne ralentit lamarche. Les fédérés, dégouttant d’eau et desueur, dansaientdes farandoles, criaient . Vivent nos frères les Parisiens ! Onleur descendait par les fenêtres du vin, des jambons , desfruits, des cervelas ; on les comblait de bénédictions. L’as-semblée nationale joignit le cortège à la place Louis XV, etmarcha entre le bataillon des vétérans et celui des jeunesélèves de la pairie : image expressive qui semblait réunir àelle seule tous les âges et tous les intérêts.
» Le chemin qui conduit au Champ de Mars était couvertde peuple qui battait des mains, qui chantait : Ca ira. L equai de Chaillot et les hauteurs de Passy présentaient u nlong amphithéâtre, où l’élégance et l'ajustement, IeScharmes, les grâces des femmes, enchantaient l’œil, et nelui laissaient pas même la faculté d’asseoir une préférence-La pluie continuait de tomber; personne ne paraissait s’enapercevoir : la gaieté française triomphait et du mauvaistemps, et des mauvais chemins, et de la longueur de 1®marche.
» M. de Lafayette, montant un superbe cheval et entour^de ses aides de camp , donnait des ordres et recevait l“ shommages du peuple et des fédérés. La sueur lui coulai 1sur le visage. Un homme , que personne ne connaît, P ercela foule, s’avance, tenant une bouteille d’une main, un verrede l’autre : Mon général, vous avez chaud, buvez n"coup! Cet homme lève sa bouteille, emplit un grand verre,le présente à M. de Lafayette. M. de Lafayette reçoit everre, regarde un moment l’inconnu, avale le vin d unseul trait. Le peuple applaudit. Lafayelte promène un sourire do complaisance et un regard bénévole et confiant sutla multitude, et ce regard semble dire : « Je ne c0 “ ce4 T.jamais aucun soupçon, je n’aurai jamais aucune inquiétu >tant que je serai au milieu de vous. »
» Cependant plus de trois cent mille hommes et fen>®^de Paris et des environs, rassemblés dès les six heures