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Tome I.
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NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES.

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malin au Champ de Mars , assis sur des gradins de gazonqui formaient un cirque immense, mouillés, crottés, s’ar-mant de parasols conlre les torrents d’eau qui les inon-daient, s’essuyant le visage au moindre rayon du soleil, ra-justant leurs coiffures, attendaient en riant et en causantles fédérés et l’assemblée nationale. On avait élevé un vasteamphithéâtre pour le roi, la famille royale , les ambassa-deurs et les députés. Les fédérés les premiers arrivés com-mencent à danser des farandoles; ceux qui suivent sejoignent à eux, en formant une ronde qui embrasse bientôtune partie du Champ de Mars . C’était un spectacle dignede l’observateur philosophe, que cette foule d’hommes,venus des parties les plus opposées de la France , entraînéspar l’impulsion du caractère national, bannissant tout sou-venir du passé, toute idée du présent, toute crainte del’avenir, se livrant à une délicieuse insouciance, et troiscent mille spectateurs de tout âge , de tout sexe, suivantleurs mouvements, battant la mesure avec les mains,oubliant la pluie, la faim et l’ennui d’une longue attente.Enfin tout le cortège étant entré au Champ de Mars , ladanse cesse, chaque fédéré va rejoindre sa bannière.L’évéque d’Autun se prépare à célébrer la messe à un autelà l’antique, dressé au milieu du Champ de Mars . Troiscents prêtres vêtus d’aubes blanches, coupées de largesceintures tricolores, se rangent aux quatre coins de l’autel.L’évéque d’Autun bénit l’oriflamme et les quatre-vingt-trois bannières : il entonne le Te Veum. Douze cents musi-ciens exécutent ce cantique. Lafayette, à la tête de 1 état-major de la milice parisienne et des députés des armées deterre et de mer, monte à l’autel, et jure, au nom destroupes et des fédérés, d’être fidèle à la nation, à la loi, auroi. Une décharge de quatre pièces de canon annonce à laFrance ce serment solennel. Les douze cents musiciens fontretentir l’air dechants militaires;les drapeaux, les bannièress’agitent, les sabres tirés étincellent. Le président de l’as-semblée nationale répète le même serment. Le peuple etles députés y répondent par des cris de Je le jure- Alors leroi se lève, et prononce d’une voix forte : Moi, roi desFrançais, je jure d’employer le pouvoir que m’a délé-gué l’acte constitutionnel de l’État, à maintenir laconstitution décrétée par L’assemblée nationale et ac-ceptée par moi. La reine prend le dauphin dans ses bras,le présente au peuple, et dit : Voilà mon (Us, il se réunit,ainsi gîte moi, dans ces mêmes sentiments. Ce mouve-ment inattendu fut payé par mille cris de : Vive le roi,Vive la reine, Vive M. le dauphin ! Les canons continuaientde mêler leurs sons majestueux aux sons guerriers desinstruments militaires et aux acclamations du peuple; letemps s’était éclairci : le soleil se montrait dans tout sonéclat ; il semblait que l’Élernel même voulut être témoin dece mutuel engagement, et le ratifier par sa présence...Oui, il le vit, il l’entendit ! et les maux affreux qui depuisce jour n’ont cessé de désoler la France , ô Providence tou-jours active et toujours fidèle ! sont le juste châtiment d unParjure. Tu as frappé et le monarque et les sujets qui ontviolé leur serment !

» L’enthousiasme et les fêles ne se bornèrent pas au jourde la fédération. Ce fut, pendant le séjour des lédérés àParis , une suite continuelle de repas, de danses et de joie.On alla encore au Champ de Mars ; on y but, on y chaula,On y dansa. M. de Lafayette passa en revue une partie dela garde nationale des départements et de l’armée deligne. Le roi, la reine et M. le dauphin se trouvèrent à cetterevue. ils y furent accueillis avec acclamations, La reine

donna, d’un air gracieux, sa main à baiser aux fédérés,leur montra M. le dauphin. Les fédérés, avant de quitter lacapitale, altèrent rendre leurs hommages au roi; tous luitémoignèrent le plus profond respect, le plus entier dévoue-ment. Le chef des Bretons mit un genou en terre, et pré-sentant son épée à Louis XVI : a Sire, je vous remets, pureet sacrée, l’épée des fidèles Bretons : elle ne se teindra quedu sang de vos ennemis. » — a Cette épée ne peut être ende meilleures mains que dans les mains de mes chers Bre-tons, répondit Louis XVI en relevant le chef des Bretons eten lui rendant son épée ; je n’ai jamais douté de leur ten-dresse et de leur fidélité : assurez-les que je suis le père, lefrère, l’ami de tous les Français. « Le roi , vivement ému ,serre la main du chef des Bretons et l’embrasse. Un atten-drissement mutuel prolonge quelques instants celte scèuetouchante. Le chef des Bretons reprend le premier la pa-role : « Sire , tous les Français , si j’en juge par nos cœurs,vous chérissent et vous chériront, parce que vous êtes unroi citoyen. »

» La municipalité de Paris voulut aussi donner une fêteaux fédérés. Il y eut joute sur la rivière, feu d’artifice, il-lumination, bal et refraichissemenls à la halle au blé, balsur 'emplacement de la Bastille. On lisait à rentrée del’enceinte ces mots en gros caractères : Ici l’on danse,rapprochement heureux, qui contrastait d’une manièrefrappante avec l’antique image d’horreur et de désespoirque retraçait le souvenir de celte odieuse prison. Le peupleallait et venait de l’un à l'autre endroit, sans trouble, sansembarras. La police, en défendantlacirculaliondes voilures,avait prévenu les accidents si communs dans les fêtes, etanéanti le bruit tumultueux des chevaux, des roues, des crisde Gare; bruit qui fatigue, étourdit tes citoyens, leur laisseà chaque instant la crainte d’être écrasés, et donne à lafêle la plus brillante et la mieux ordonnée l’apparence d’unefuite. Les fêles publiques sont essentiellement pour lepeuple. C’est lui seul qu’on doit envisager. Si les richesveulent en partager les plaisirs, qu’ils se fassent peuple cejour-là; ils y gagneront des sensations inconnues, et ne trou-bleront pas la joie de leurs concitoyens.

» Ce fut aux Champs-Elysées que les hommes sensiblesjouirent avec plus de satisfaction de cette charmante fêtepopulaire. Des cordons de lumière pendaient à tous lesarbres, des guirlandes de lampions les enlaçaient les unsaux autres, des pyramides de feu, placées de distance endistance, répandaient un jour pur que l’énorme masse desténèbres environnantes rendait encore plus éclatant par soncontraste. Le peuple remplissait les allées et les gazons. Lebourgois, assis avec sa femme au milieu de ses enfants,mangeait, causait, se promenait, et sentait doucement sonexistence. Ici, des jeunes filles et des jeunes garçons dan-saient au son de plusieurs orchestres disposés dans les clai-rières qu’on avait ménagées. Plus loin, quelques mariniersen gilet et en caleçon, entourés de groupes nombreux quiles regardaient avec intérêt, s’efforçaient de grimper lelong de grands mâts frottés de savon, et de gagner un prixréservé à celuiquiparviendraità enlever un drapeau tricoloreattaché à leur sommet. 11 fallait voir les rires prodigués àceux qui se voyaient contraints d’abandonner l’entreprise ,les encouragements donnés à ceux qui, plus heureux ouplus adroits, paraissaient devoir atteindre le but... Unejoie douce, sentimentale, répandue sur tous les visages ,brillant dans tous les yeux, retraçait les paisibles jouis-sances des ombres heureuses dans les Champs Élysées desanciens, Les robes blanches d’une multitude de femmes,